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Jeudi 21 février 2008
Des armes dans le magasin du bordj ?
 
     On dit que le P. de Foucauld en acceptant de recevoir des armes dans l’ermitage fortifié où il passé ses derniers mois a été en contradiction avec ce qu’il prescrivait en 1899-1901 dans son Règlement des petits frères du Sacré-Cœur de Jésus : « Il leur est à jamais interdit de se servir d’armes, d’en porter, d’en posséder : “Je vous ai envoyés comme des brebis parmi les loups” ; Jésus n’eut pas d’armes et mourut sans se défendre… » (Chapitre XXVIII. Charité, paix, humilité et courage avec tous les hommes).
     Il est vrai qu’à partir du mois d’août 1916 des fusils et/ou des carabines avec munitions correspondantes (« 14 carabines et 2 caisses de cartouches » lit-on dans une lettre de Foucauld à Laperrine du 30 septembre) avaient été mises en dépôt par l’autorité militaire du fort Motylinski dans ce qu’il est convenu d’appeler « le bordj ». Mais il faut bien enregistrer ce qu’était pour le Père de Foucauld ce domicile où il s’est installé le 23 juin précédent.

     Quand il décide cette construction, elle est dans sa pensée destinée à servir d’abri pour la population de Tamanrasset en cas de rezzou, c’est-à-dire pour protéger des pillards et des voleurs, personnes et biens, notamment les modestes récoltes locales. Un puits dans la cour permet d’y avoir l’eau à 10m de profondeur. C’est donc une bâtisse d’intérêt public, un abri communal, pourrait-on dire. Pour imaginer cette protection collective, il se rappelle avoir vu autrefois ce genre de maison commune dans le sud du Maroc, et il l’a vu aussi dans le Touat. undefined

     Ce sont ses voisins, ceux qui devaient bénéficier de ce refuge et de cet entrepôt de vivres, qui lui ont fait remarquer que, s’il fallait un jour s’y enfermer, il devait lui-même y venir, et d’autre part qu’il serait avantageux de trouver ce lieu non seulement habité mais muni de provisions, d’instruments, de remèdes, bref du nécessaire pour un hébergement plus ou moins long et important. Son plan primitif se modifia en ce sens : désormais il aurait donc là son habitation personnelle avec une chapelle et une pièce polyvalente lui servant de bibliothèque, de bureau et de chambre à coucher. Il y ferait à côté une chambre d’amis pour les hôtes de passage. Une troisième pièce serait destinée à la cuisine et surtout servirait de magasin.

     Il occupe cet ermitage fortifié à partir du 23 juin 1916. C’est dans le magasin qu’il a dû entreposer au fur et à mesure de leur arrivée les différentes « charges » qu’il mentionne dans son carnet : blé, dattes « pour les pauvres »… Et c’est là aussi qu’il réceptionne, en provenance du fort Motylinski, armes et munitions destinées aux quelques hommes de Tamanrasset capables de manier fusils ou carabines pour défendre ce « petit refuge » en cas d’attaque par une des bandes, parfois armées, de tendance senoussiste qui circulent jusque dans le Hoggar.

     En acceptant ce matériel dans le magasin du refuge, il ne faisait sans doute qu’aller dans le sens de l’idée suggérée par ses voisins. Quant à lui, il ne devait pas avoir lors des menaces d’août et septembre 1916 le sentiment de transgresser ce qu’il s’était donné comme règle quand il écrivait son Règlement en 1899-1901 en de toutes autres circonstances : le dépôt dans la partie magasin, et non dans ses appartements privés, manifeste en effet que cet armement ne comportait à ses yeux aucune appropriation personnelle.

     Certes on est là à quelques mètres près, et dans une seule et même enceinte. La distinction entre les locaux de cette « minuscule kasba » ou du « château », noms qu’il donne à son nouveau domicile, peut paraître subtile. C’est un détail, dira-t-on… Mais il peut modifier la façon de juger la conduite de Charles de Foucauld à ce moment-là. S’il est permis d’être surpris et même choqué en la comparant sans précaution à ce qu’écrivait le petit frère Charles de Jésus de 1901, on l’est moins quand on prend soin de faire cette comparaison en parlant de ces armes in situ.
 
                                Pierre Sourisseau, archiviste de la Cause de Charles de Foucauld

Sources : Lettres de Charles de Foucauld à Laperrine du 1er juillet et du 30 septembre 1916 (Lettres inédites au général Laperrine, La Colombe, 1954, p. 143-145 et p. 156) – Lettre du même à sa cousine Marie de Bondy du 15 septembre 1916 (Lettres à Madame de Bondy, Desclée de Brouwer, 1966, p. 248 ou Sur les traces du Père de Foucauld, La Colombe, 1953, p. 288) – Carnet de 1916 (Carnets de Tamanrasset 1905-1916, Nouvelle Cité, 1986, p. 393-398).
Par Laurent Touchagues - Publié dans : Questions
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Mercredi 20 février 2008
Savoir se passer du superflu
 
« Prie, médite le saint Évangile, lis la vie des martyrs, communie surtout de plus en plus souvent, va le plus que tu peux (…) devant le Très Saint sacrement : ce sont là autant de sources où l’on puise abondamment la force divine, la force de Jésus même, cette force qui nous permet, comme le pain que Dieu fit manger à Élie, de marcher pendant 40 jours – pendant toute la vie – et d’arriver jusqu’à la montagne de Dieu, le ciel.
        « Et puis apprends à tes enfants à vivre de peu, à mépriser les futilités, tous ces riens que goûte le monde et que repousse Jésus disant : « Bienheureux les pauvres ! » et choisissant pour Lui-même l’extrême pauvreté d’un pauvre ouvrier ; aimer cette chère liberté, nous délivrant de tant de soucis superflus et puérils, et l’indépendance de celui qui n’a rien à perdre et par conséquent rien à craindre. Savoir se passer de tout le superflu, c’est la suprême richesse. Rends à tes enfants le grand service de les enrichir de cette richesse-là : nulle révolution ne pourra la leur ôter ! »
 
         Bienheureux Charles de Foucauld, le 14 février 1901, in « Lettres à sa sœur Marie de Blic », éditions Le Livre Ouvert, page 100.
Par Laurent Touchagues - Publié dans : Textes du Bx
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Mardi 19 février 2008
La communauté catholique du Hoggar
 
Après la fermeture de la fraternité de Tazrouk en 2005 et de celle des petites sœurs de Jésus à Tamanrasset en 2006, divers mouvements ont eu lieu en 2007 dans la petite communauté catholique du Hoggar.
Frère Alain Raillard est parti en octobre et a laissé à l’Assekrem frère Édouard et frère Ventura qui peuvent désormais communiquer par téléphone portable. Plusieurs des ermitages ont bénéficié d’aménagements appréciés grâce au travail de frères en séjour prolongé.
Fin décembre  2007 ce fut le tour de petite sœur Marie-Thérèse, qui était à Tamanrasset depuis 1962. Beaucoup de voisins sont tristes d’avoir vu s’en aller leur « grand-mère » ! Quant à Rania, que beaucoup ont connue et entendue à Rome lors de la béatification de Charles de Foucauld, et qui, depuis plus de cinq ans, assurait l’accueil dans le Bordj, elle a décidé d’arrêter ce service pour d’autres occupations. Elle souhaite, entre autres choses, reprendre des études.
Mais il y a surtout les nouveaux venus de 2006. Marthe Lefèvre, qui occupe la maison des petites sœurs de Jésus, est disponible pour les visites de la Frégate et du Bordj. Jean-Michel et Maelys Jamet, coopérants de la Délégation Catholique pour la Coopération, tiennent le gîte diocésain ouvert à des retraitants et assurent de l’aide scolaire. Aloïs, leur premier enfant né en juillet 2007, donne à la communauté une tonalité nouvelle.         
Daniel Archambaud, prêtre de la Fraternité Jésus-Caritas (Fidéi Donum de Vendée) est arrivé en octobre 2007 pour prendre la relève de frère Antoine Chatelard, qui espère revenir dans quelques mois après une opération chirurgicale de la colonne vertébrale ; il sera alors plus libre pour continuer son travail sur Charles de Foucauld. Il se joindra à frère Taher qui garde des liens avec les gens de Tazrouk et frère Jean-Marie qui continue son travail dans un jardin au centre ville.
Enfin, est arrivée en janvier 2008 sœur Christiane Amblard, sœur de l’Alliance, qui a vécu au Mali et vient rejoindre petite sœur Martine et petite sœur Marie-Jo dans la communauté des petites sœurs du Sacré-Cœur.
Ainsi sera reformée la communauté pour une nouvelle année pleine d’espérance, malgré l’ambiance sociale et le découragement qui caractérisent ce temps, malgré les passages de subsahariens refoulés à la frontière, et grâce aussi à l’afflux grandissant des touristes et pèlerins attirés par le désert et par le Bienheureux Charles de Foucauld.
Par Laurent Touchagues - Publié dans : Famille spirituelle
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Lundi 18 février 2008
Il leur était soumis
 
Lc 2, 50-51. « Et il descendit avec eux, et il vint à Nazareth, et il leur était soumis. » - … Il descendit : toute sa vie, il n’a fait que descendre : descendre en s’incarnant, descendre en se faisant petit enfant, descendre en obéissant, descendre en se faisant… pauvre, délaissé, exilé, persécuté, supplicié, en se mettant toujours à la dernière place : « quand vous êtes invités à un festin, asseyez-vous à la dernière place », c’est ce qu’il a fait lui-même depuis son entrée au festin de la vie, jusqu’à sa mort. Il vint à Nazareth, le lieu de la vie cachée, de la vie ordinaire, de la vie de famille, de prière, de travail, d’obscurité, de vertus silencieuses, pratiquées sans autre témoin que Dieu, ses proches, des voisins, de cette vie sainte, humble, bienfaisante, obscure, qu’est celle de la plupart des humains, et dont il donna l’exemple pendant trente ans… il leur était soumis, lui Dieu, à eux humains exemple d’obéissance, d’humilité, de renoncement au sens propre, infini comme sa divinité.

      Charles de Foucauld, "Voyageur dans la nuit, notes de spiritualité 1888-1916", note quotidienne du 20 juin 1916, éditions Nouvelle Cité, page 208.
 
Par Laurent Touchagues - Publié dans : Textes du Bx
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Dimanche 17 février 2008
Suivre le Christ serviteur à la dernière place

      [Le Christ :] Voyez [mon] dévouement aux hommes, et examinez quel doit être le vôtre. Voyez cette humilité pour le bien de l'homme, et apprenez à vous abaisser pour faire le bien…, à vous faire petit pour gagner les autres, à ne pas craindre de descendre, de perdre de vos droits quand il s’agit de faire du bien, à ne pas croire qu'en descendant, on se met dans l'impuissance de faire du bien. Au contraire, en descendant, on m'imite ; en descendant, on emploie, pour l'amour des hommes, le moyen que j'ai employé moi-même ; en descendant, on marche dans ma voie, par conséquent, dans la vérité ; et on est à la meilleure place pour avoir la vie, et pour la donner aux autres... Je me mets au rang des créatures par mon incarnation, à celui des pécheurs…par mon baptême : descente, humilité... Descendez toujours, humiliez-vous toujours.
Que ceux qui sont les premiers se tiennent toujours par l'humilité et la disposition d’esprit à la dernière place, en sentiment de descente et de service. Amour des hommes, humilité, dernière place, en dernière place tant que la volonté divine ne vous appelle pas à une autre, car alors il faut obéir. L’obéissance avant tout, la conformité à la volonté de Dieu. Dans la première place, soyez à la dernière par l'esprit, par l’humilité ; occupez-la en esprit de service, en vous disant que vous n'y êtes que pour servir les autres et les conduire au salut.
 
Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916), ermite et missionnaire au Sahara. Retraite, Terre Sainte, Carême 1898
Par Laurent Touchagues - Publié dans : Textes du Bx
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