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24 février 2008 7 24 /02 /février /2008 13:43
L’orthographe de IESUS CARITAS

        On écrit
facilement « Jésus Caritas » comme on écrit Jésus en français. On prononce pourtant assez couramment le IESUS comme un mot latin. De quoi s’agit-il exactement ?

        1) Il faut dire d’abord que ces deux mots ont été choisis par Charles de Foucauld pour servir de devise, de sceau, d’emblème. Ceci est officialisé, pourrait-on dire, par ces dispositions des Constitutions des petits frères du Sacré Cœur de Jésus de 1899-1901 : « Les fraternités ont pour sceau un Cœur surmonté d'une Croix avec le mot IESUS au-dessus et le mot CARITAS au-dessous » (cf. Règlements et Directoire, Nouvelle Cité,  p.89-90. Voir aussi p. 269 et 286, avec en plus la précision : « le tout de couleur rouge sur fond blanc » Voir également le croquis 2, p. 314. Mêmes notations dans les Constitutions et le Règlement des petites sœurs du Sacré-Cœur de Jésus de 1902)
.
        L’emploi de cette devise, de ce sceau, de cet emblème, avec tout ce que cela comporte dans les usages sociaux et religieux, ou dans les codes héraldiques, s’il est permis d’employer cette référence pour celui qui voulait «la dernière place », a, dans la pensée de son auteur, une autre portée que les formules pieuses qu’il employait en en-tête de ses lettres quand il était à la Trappe où il utilisait généralement la devise cistercienne : J.M.J.B. (Jésus, Marie, Joseph, Bernard) ou quand il était à Nazareth, où il aimait faire suivre le nom de Jésus de la demande du Pater : Fiat Voluntas Tua.
        Á partir de sa décision de devenir prêtre-ermite (puis petit frère) du Sacré-Cœur de Jésus, il opte pour une devise qu’il conservera jusqu’à sa mort. On peut citer à ce propos ce passage de sa lettre à l’abbé Huvelin du 16 mai 1900 : « Le mieux pour moi est, il me semble, de recevoir les Saints Ordres à Jérusalem…[…] Le Patriarche lui-même me fera donner les dernières instructions, me gardera dans son Séminaire le temps qu’il jugera bon…Cela aura un autre avantage, très important : celui de me faire connaître de lui et de ses prêtres, d’établir entre nous la confiance et cette bénie charité dont je prends avec celui de Jésus le nom pour deviseLa charité…, c’est ce qui règne le moins dans le clergé et surtout entre les nombreux religieux de Terre Sainte, et toute ma vie sera employée à la resserrer avec tous et entre tous. » (Lettres à l’Abbé Huvelin, p.159).


        2) Il faut ensuite souligner que ces deux mots de la devise sont des mots latins : si on n’a pas de difficulté à le constater avec CARITAS qui n’est pas dans la langue française, il n’en est pas de même pour le nom de Jésus. Or, frère Charles de Jésus choisit pour sa devise d’écrire IESUS avec un « » majuscule, comme lettre initiale :c’était l’orthographe latine traditionnelle au lieu du « » qui donne « JESUS » en transcription française.
        L’usage du « I » latin s’est maintenu jusqu’à aujourd’hui, dans des formules où il ne viendrait l’idée à personne de le remplacer par un « J » pour « faire français » : I.N.R.I. : Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum ; I.H.S. : Iesus Hominum Salvator…
        Dans le texte latin de la Règle de St Augustin qui précède le texte des Constitutions des Petits Frères du Sacré-Cœur ainsi que dans la version latine de ces Constitutions, Charles de Foucauld lui-même écrit constamment « IESUS » « IESU » « IESUM » pour parler de Jésus. Et il précise même à l’Article VIII des Constitutions des Petits Frères : « Latinam linguam modo romano pronuntient ! » (Règlements et Directoire, p.64, et p. 80 en français : « Ils prononcent le latin à la manière romaine. »)
        Pour la même raison, le E de IESUS s’écrit sans accent, le latin n’ayant jamais d’accent et ne connaissant pas d’autre son pour le « E » que « é ».
 
        3) Allons plus loin. Charles de Foucauld veut que son latin soit celui de Rome. Il tient à cette conformité aux traditions de l’Eglise romaine, que ce soit dans le calendrier liturgique, dans la récitation du Bréviaire et des Psaumes, ou même dans l’orthographe employée. Quand sa cousine Marie de Bondy s’étonne de l’écriture de IESUS et surtout de CARITAS, il répond : « Vous (vous) demandez peut-être pourquoi cette orthographe IESUS CARITas, c’est l’orthographe romaine ; et je suis romain jusqu’au fond du cœur. »(LMB. p. 99)
 
        Dans cette manière d’orthographier IESUS et CARITAS, qu’est-ce qui pouvait surprendre Marie de Bondy ou qu’est-ce qu’il pouvait y avoir de « romain » dans l’orthographe de l’un et l’autre de ces deux mots ? On l’a vu pour IESUS. Pour CARITAS, c’est plus compliqué. En France, à cette époque- là, on employait plutôt l’orthographe « Charitas », comme en témoigne l’usage que l’on faisait de cette orthographe à Paray le Monial, où Charles de Foucauld puisait sa dévotion au Sacré-Coeur. C’est la même orthographe qu’il retrouvait d’ailleurs dans le texte de la Vulgate, dans la version qu’il utilisait. Lui-même a employé le terme « Charitas » à plusieurs reprises jusqu’en 1900, sans doute même jusqu’à son passage à Rome en septembre 1900, au retour de son séjour en Terre Sainte. Comme c’était l’orthographe « Caritas » qui prévalait alors à Rome, il se rallia à l’usage romain sans plus jamais en sortir.

        Ce IESUS CARITAS avec le Cœur et la Croix sont universellement connus et signifient, tel un logo, que nous sommes chez Charles de Foucauld, ou chez ses amis et disciples.
        Face au choix qu’a fait Charles de Foucauld de ce « sigle », un choix qu’il a mûri toute sa vie, il ne s’agit pas pour nous de faire de l’archéologisme, mais de nous souvenir du contenu et de la signification qu’il a voulu donner à ce Cœur surmonté de la Croix, à ce nom de Jésus, son bien-aimé Frère et Seigneur, à cette Caritas, qui est le nom propre de notre Dieu, « Deus Caritas est », Source de Charité, de tout Amour et de toute Fraternité, « sigle » qui est le sceau de l’Alliance qu’il nous invite à garder en mémorial.
        Une humble manière de respecter et d’honorer le choix qu’il a fait de cette forme latine pour signifier son attachement à l’Église « jusqu’au fond du cœur », c’est d’accepter jusqu’au dépaysement auquel il nous appelle en nous invitant à renoncer à imposer à « Iesus » une orthographe trop de chez nous, fusse par un simple accent aigu de trop ! Et nous n’écrirons plus Jésus Caritas !

Père André ROUSTAN, du diocèse de Viviers
    

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Published by Laurent Touchagues - dans La précision
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