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25 juin 2007 1 25 /06 /juin /2007 21:37

La punition de 1881

 

 

On écrit, à propos de sa vie militaire dissipée, que Charles de Foucauld encourut en mars 1881 une punition très grave « pour indiscipline doublée d’inconduite notoire ». Ces mots, toujours cités entre guillemets, laissent entendre qu’ils sont ceux de l’autorité militaire mettant le sous-lieutenant en non-activité par retrait de son emploi au 4ème Hussards, alors en garnison à Sétif, en Algérie. 

 

Il est vrai que la punition qui fut infligée à Charles de Foucauld le 20 mars 1881 venait à la suite de son comportement qui manifestait à la fois une désobéissance, donc une indiscipline, et une conduite extérieure répréhensible. Depuis juillet 1880, où on lui avait reproché de « s’être promené en ville, étant de semaine, en tenue bourgeoise, avec une femme de mauvaise vie », il avait continué à manifester son intention de garder cette compagne. Ceci se passait à Pont-à-Mousson, mais cette obstination avait été renforcée, et devenait intolérable pour l’autorité, quand il fit venir cette personne jusqu’en Algérie au moment où son régiment, le 4ème Hussards, y avait été muté. Il persistait à vivre avec elle malgré les injonctions réitérées de son Colonel d’avoir à la quitter et malgré plusieurs punitions graves, dont la dernière fut de 30 jours de prison militaire qu’il effectua à Constantine en janvier 1881. Les mots utilisés : « pour indiscipline doublée d’inconduite notoire », employés pour caractériser la punition extrême du 20 mars, conviennent à la situation dans laquelle Foucauld s’était enfermé, mais, si l’on veut être précis, il ne faut pas les citer entre guillemets, comme étant les termes officiels du motif de la sanction.

La première fois qu’on trouve cette formule chez les biographes, c’est à la page 54 de l’ouvrage de Paul Lesourd La vraie figure du Père de Foucauld paru en 1933 chez Flammarion. René Bazin en 1921, après avoir décrit l’attitude inflexible de Foucauld, s’était contenté de cette conclusion : « se fait mettre par le ministre en non-activité temporaire » (p. 13). Paul Lesourd, comme d’ailleurs René Bazin, n’avaient pas eu accès aux documents militaires encore protégés ; ils n’ont eu sur ce point que des témoignages, celui en particulier d’un camarade proche de Charles de Foucauld, le duc de Fitz-James, sous-lieutenant lui aussi au 4ème Hussards et arrivé à Pont-à-Mousson quelques mois plus tôt. Pour décrire dans son livre la vie des joyeux sous-lieutenants du régiment, Paul Lesourd s’est servi des souvenirs rédigés par Fitz-James ; or c’est dans ces notes de Fitz-James qu’on trouve la formule si répandue et souvent recopiée désormais : « …Et Rapport au Ministre, qui met le S. Lieutenant en non activité, pour indiscipline doublée d’inconduite notoire. » Pour une telle vérification, les Archives de la Postulation possède un double de ces « Souvenirs du Duc de Fitz-James relatifs au Père de Foucauld » : on y constate que c’est là que Paul Lesourd a puisé, en citant textuellement ou en rapportant l’idée exprimée, pour ses pages 50-63, 74, 142-145, et passim pour les lettres de Foucauld à Fitz-James.

Les Rapports militaires – qui n’ont été mis en communication publique que beaucoup plus tard - signalent que cet officier a reçu l’ordre « d’avoir à se séparer de sa concubine » et insistent surtout sur le refus d’obtempérer exprimé par le sous-lieutenant. On peut lire le Rapport du Colonel de Poul du 14 février 1881 dans Lettres à un ami de lycée, Nouvelle Cité, 1982, p. 193-195. Même présentation dans le Rapport du général Osmont, Commandant le 19e Corps d’Armée au Ministre de la Guerre, daté du 22 février 1881, rendu public pour la première fois à l’Exposition sur Charles de Foucauld organisée par la Direction des Archives de France en 1958 (Catalogue n° 53) et dont voici les termes : « Mis en demeure par moi de faire connaître s’il était disposé à obéir à l’ordre qu’il avait reçu d’avoir à se séparer de sa concubine, M. de Foucauld a répondu par écrit qu’il était dans l’intention de la garder. Il importe, pour l’exemple, que cet acte d’indiscipline soit sévèrement puni. En conséquence, j’estime qu’il y a lieu de mettre en non-activité, par retrait d’emploi, l’officier dont il s’agit. » Quant au Rapport fait au Ministre de la Guerre le 7 mars 1881 par le Bureau de la Cavalerie (Catalogue, n° 54, qui reprend en commentaire la formule de Lesourd), il y est dit : « …D’après l’exposé ci-dessus, on estime qu’il importe dans l’intérêt de la discipline d’éloigner temporairement M. le sous-lieutenant de Foucauld des rangs de l’Armée. »

Conclusion : les mots « pour indiscipline doublée d’inconduite notoire » sont à citer comme commentaires d’auteur, mais n’appartiennent pas aux textes officiels

Si l’on veut, on peut aussi, en se plaçant du côté de l’intéressé, préférer cet aveu écrit, non sans bravade, à son ami Tourdes quelques mois plus tard : « Sfid, 2 octobre 1881, Mon vieux Gabriel, …J’ai, comme tu le sais, quitté le 4ème Hussards au mois d’avril (affaire de femme). J’avais d’ailleurs provoqué moi-même ma non-activité. Sétif était une vilaine garnison et le métier m’ennuyait. » (Lettres à un ami de lycée, p. 116). 

    Pierre Sourisseau, in Bulletin n° 166 des Amitiés Charles de Foucauld, avril 2007.

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Published by Laurent Touchagues - dans Textes sur le Bx
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