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Bienvenue dans ce lieu virtuel qui porte le nom de l'ermitage de Charles de Foucauld à Tamarasset !

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 21:50

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (6)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Le trajet s'effectue à dos de mulet, sans hâte, par étapes journalières de 30 à 40 kilomètres. Foucauld et Mardochée voyagent, le plus souvent, sous une escorte de un à trois hommes auxquels ils ont versé la zelata. Au départ du gîte d'étape, ou en cours de route, de pauvres israélites, des Marocains musulmans grossissent leur rang. C'est la chevauchée familière où l'on devise négligemment, où l'on pousse la curiosité, plutôt bienveillante, de s'enquérir d'où l'on vient, où l'on va, pourquoi on voyage. Chemin faisant, Foucauld pose des questions, comment s'appelle ce djebel, que cultivent les gens du pays, avec qui font-ils du commerce, que pensent-ils du Sultan ? Il répond volontiers aux questions qu'on lui pose pour obtenir, en retour, les renseignements qu'il sollicite. Il marche souvent à part, soit en tête de la caravane, soit à l'arrière pour mieux cacher ce qu'il fait.

     Un cahier de cinq centimètres carrés, dissimulé dans le creux de sa main, il prend des notes avec un crayon long de deux centimètres (Foucauld, Itinéraire au Maroc in Bulletin de la Société de Géographie de Paris. 1887). Avec quelle ténacité, quel esprit curieux, quelle précision, il consigne et dessine ce qu'il voit à droite, à gauche, à l'horizon, les changements de direction, accompagnés de visée à la boussole, les accidents de terrain avec leur hauteur altimétrique, l'heure et la minute de chaque observation. Il a eu la chance de n'être jamais découvert ; dans le cas contraire, c'était la dénonciation et la mort.

 

     Arrivé à l'étape, il s'arrête de préférence dans un village, il loge chez ses " cousins ", les Israélites, tenus par le devoir d'hospitalité de recevoir les voyageurs. Il couche parfois à même le sol, à proximité d'un campemant, d'un oued, d'un puits, rarement dans un fondouk, quelquefois dans une synagogue, à Mogador dans un hôtel israélite. Il apprécie d'avoir une chambre à part où il déchiffre ses calepins dont l'écriture tremblée décèle le balancement du mulet. Il s'applique la nuit à recopier ses précieuses notes à la lueur d'une bougie.

     Pour relever ses observations astronomiques, cela est plus difficile (Ibid.). Rarement en rase campagne, il profite de l'heure de la prière et se cache, à l'écart, derrière un buisson, un rocher, un pli de terrain. Dans les villages, Mardochée fait le guet et Foucauld se faufile sur une terrasse à l'heure lourde de la sieste, quand tout le monde somnole, mais il doit souvent interrompre ses visées au sextant.

     La plupart de ses observations ont lieu la nuit, mais les nuits d'Afrique sont claires et il ne peut passer inaperçu. Alors, il faut toujours mentir, raconter les fables les plus invraisemblables. Tour à tour, le sextant protège contre le choléra, révèle les péchés des juifs, avertit des dangers de la route.

 

     (à suivre)

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Published by Laurent Touchagues - dans Textes sur le Bx
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