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Textes sur le Bx

Samedi 7 octobre 2006

Extrait de l'homélie prononcée en français le 13 novembre 2005 par le Cardinal José Saraiva Martins, lors de la cérémonie de béatification de Charles de Foucauld dans Saint-Pierre de Rome

 

 

 " Le Saint-Père Benoît XVI rappelait récemment que « nous pouvons résumer notre foi en ces mots : Iesus Caritas, Jésus Amour » (Angelus, 25 septembre 2005, Osserv. Rom. 26-27.9.2005, p. 1.), qui sont les mots mêmes que Charles de Foucauld avait choisis comme devise qui exprimât sa spiritualité.

       " La vie aventureuse et fascinante de Charles de Foucauld offre une preuve convaincante de la vérité de ces paroles du Souverain Pontife. On peut, en effet, découvrir sans peine comme un fil rouge qui, à travers tous les changements et toutes les évolutions, pénètre de part en part l'existence du Frère Charles ; comme l'écrit, en 1889, l'abbé Huvelin au Père Abbé de Solesmes : « il fait de la religion un amour ».

" Charles lui-même révélait ainsi, à un ami de lycée resté agnostique, ce qu'il appelait « le secret de ma vie » : « L'imitation est inséparable de l'amour... J'ai perdu mon coeur pour ce Jésus de Nazareth crucifié il y a mille neuf cents ans et je passe ma vie à chercher à l'imiter autant que le peut ma faiblesse » (Mars 1902, lettre à un ami de Lycée, Gabriel Tourdes).

     " Dans la correspondance avec Louis Massignon, on peut analyser la liberté que Charles a acquise dans sa manière d'apprendre à aimer : « L'amour de Dieu, l'amour du prochain... Là est toute la religion... Comment y arriver ? pas en un jour puisque c'est la perfection même : c'est le but auquel nous devons nous rapprocher sans cesse et que nous n'atteindrons qu'au ciel » (1er novembre 1915 à Louis Massignon). "

 

La Frégate : premier ermitage de Charles de Foucauld à Tamanrasset ; voir premier article de ce blog.

Par Laurent Touchagues
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Lundi 9 octobre 2006

La courte biographie ci-dessous de Charles de Foucauld est celle que l'on trouve aujourd'hui sur le site du Vatican. Elle a les avantages et les inconvénients des raccourcis. Sa richesse principale est la suite de formules foucauldiennes (mises en italiques gras par mes soins) qu'on peut y lire.

« Charles de Foucauld (Frère Charles de Jésus) naquit à Strasbourg, en France, le 15 septembre 1858. Orphelin à six ans, il fut élevé, avec sa sœur Marie, par son grand-père, dont il suivit les déplacements dus à sa carrière militaire.

« Adolescent, il s'éloigna de la foi. Connu pour son goût de la vie facile, il révéla cependant une volonté forte et constante dans les difficultés. Il entreprit une périlleuse exploration au Maroc (1883-1884). Le témoignage de la foi des musulmans réveilla en lui la question de Dieu :  "Mon Dieu, si vous existez, faites que je vous connaisse".

 « De retour en France, touché par l'accueil affectueux et discret de sa famille profondément chrétienne, il se mit en quête. Guidé par un prêtre, l'abbé Huvelin, il retrouva Dieu en octobre 1886. Il avait 28 ans. "Aussitôt que je crus qu'il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour lui".

« Un pèlerinage en Terre Sainte lui révéla sa vocation :  suivre Jésus dans sa vie de Nazareth. Il passa sept années à la Trappe, d'abord à Notre-Dame des Neiges, puis à Akbès, en Syrie. Il vécut ensuite seul dans la prière et l'adoration près des Clarisses de Nazareth.

« Ordonné prêtre à 43 ans (1901), il partit au Sahara, d'abord à Beni-Abbès, puis à Tamanrasset parmi les Touaregs du Hoggar. Il voulait rejoindre ceux qui étaient le plus loin, "les plus délaissés, les plus abandonnés". Il voulait que chacun de ceux qui l'approchaient le considère comme un frère, "le frère universel". Il voulait "crier l'Évangile par toute sa vie" dans un grand respect de la culture et de la foi de ceux au milieu desquels il vivait. "Je voudrais être assez bon pour qu'on dise :  Si tel est le serviteur, comment donc est le Maître ?".

« Le soir du 1 décembre 1916, il fut tué pas une bande qui avait encerclé sa maison.

« Il avait toujours rêvé de partager sa vocation avec d'autres :  après avoir écrit plusieurs règles religieuses, il pensa que cette "vie de Nazareth" pouvait être vécue partout et par tous. Aujourd'hui, la "famille spirituelle de Charles de Foucauld" comprend plusieurs associations de fidèles, des communautés religieuses et des instituts séculiers de laïcs ou de prêtres. »

(http://www.vatican.va/news_services/liturgy/saints/ns_lit_doc_20051113_de-foucauld_fr.html)

La Frégate : premier ermitage de Charles de Foucauld à Tamanrasset ; voir premier article de ce blog.

Par Laurent Touchagues
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Vendredi 10 novembre 2006

  Voici ce qu’écrivait sur Nazareth et Charles de Foucauld le Cardinal-Archevêque de Munich, Joseph RATZINGER en 1976 dans « Le Dieu de Jésus-Christ », ouvrage dédié « Á mes compagnons, à l’occasion du 25ème anniversaire de notre ordination sacerdotale, 1951-1976 » :

 

L’Église ne peut ni croître ni prospérer si on lui laisse ignorer que ses racines se trouvent cachées dans l’atmosphère de Nazareth.

Au moment où le sentimentalisme autour de Nazareth était florissant, le vrai mystère de Nazareth a été découvert, de façon nouvelle, dans son contenu le plus profond, sans que les contemporains s’en aperçoivent.

Ce fut Charles de Foucauld, qui, à la recherche de la « dernière place », trouva Nazareth. Pendant son pèlerinage en Terre Sainte, c’est le lieu qui l’a le plus marqué : il ne se sentait pas appelé « à marcher à la suite de Jésus dans sa vie publique. C’est Nazareth qui le saisit au plus profond du cœur ». Il voulait suivre le Jésus silencieux, pauvre et travailleur. Il voulait accomplir à la lettre la parole de Jésus : « Lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place » (Lc 14, 10). Il savait que Jésus lui-même avait donné l’explication de cette parole en la vivant le premier ; il savait que, avant même de mourir sur la croix, nu et sans le moindre bien, Jésus avait choisi à Nazareth la dernière placeCharles de Foucauld a trouvé son Nazareth tout d’abord dans la trappe Notre-Dame-des-Neiges (1890), puis, seulement six mois plus tard, en Syrie dans une trappe encore plus pauvre, Notre-Dame-du-Sacré-Cœur. C’est de là-bas qu’il écrit à sa sœur : « Nous faisons un travail de paysans, travail infiniment salutaire pour l’âme, pendant lequel on peut prier et méditer... On comprend si bien ce qu’est un morceau de pain quand on sait par expérience quelle peine on a à le fabriquer... »

Charles de Foucauld, en marchant sur les traces des « mystères de la vie de Jésus », a trouvé le travailleur Jésus. Il a rencontré le véritable « Jésus historique ». En 1892, au moment où Charles de Foucauld travaillait à Notre-Dame-du-Sacré-Coeur, parut en Europe le livre de Martin Kähler qui fit date, Der sogenannte historische Jesus und der geschichtliche, biblische Christus ( N.d.T.: Le Jésus dit de l’histoire et le Christ historico-biblique ) Ce fut un premier sommet dans le débat sur le Jésus de l’Histoire. Frère Charles, dans sa trappe de Syrie, n’en savait rien. Mais en entrant dans l’expérience de Nazareth, il en apprit davantage que ce que cette savante discussion peut mettre en lumière.

Là-bas, dans la méditation vivante sur Jésus, une nouvelle voie s’ouvrit par là même pour l’Église. Car travailler avec le travailleur Jésus et se plonger dans “ Nazareth ”, cela servit de point de départ à l’idée comme à la réalité du prêtre au travail. Ce fut pour l’Église une redécouverte de la pauvreté.Nazareth a un message permanent pour l’Église. La Nouvelle Alliance ne commence pas au Temple, ni sur la Montagne Sainte, mais dans la petite demeure de la Vierge, dans la maison du travailleur, dans un des lieux oubliés de la « Galilée des païens », dont personne n’attendait rien de bon. Ce n’est qu’à partir de là que l’Église pourra prendre un nouveau départ et guérir. Elle ne pourra jamais fournir la vraie réponse à la révolte de notre siècle contre la puissance de la richesse, si, en son sein même, Nazareth n’est pas une réalité vécue.

 

Joseph RATZINGER, Le Dieu de Jésus-Christ

(Traduit de l’allemand par Yves et Marie-Noëlle de Torcy)

Communio-Fayard, 1977 ; extraits : p. 77-80.

Par Laurent Touchagues
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Samedi 11 novembre 2006

        Article de Madeleine Delbrel (1904-1964), dont la cause de béatification est en cours, pour la revue des PP. Dominicains Vie spirituelle de novembre 1946

Pourquoi nous aimons le Père de Foucauld

 

L’influence considérable que « l’homme du désert » a eue sur notre temps a entraîné bon nombre de vocations contemporaines. La large synthèse que représente sa vie explique pourquoi des voies si dissemblables peuvent se réclamer de lui. Il est, à lui seul, la réunion de tant de contrastes !

Besoin incoercible de prière devant Dieu ; don sans mesure à tout être qui le sollicite.

Imitation candide de la vie du Christ en Palestine, de ses gestes, de ses actes ; connaissance de son entourage et adaptation.

Amour passionné du proche prochain ; amour fidèle de chaque instant pour l’humanité tout entière.

Reconstitution si tendre de la maison de Nazareth autour d’une hostie exposée ; « randonnées d’apprivoisement » à travers les pistes sahariennes.

Obstination héroïque dans une vocation rudement dessinée ; compréhension et préparation de la vocation d’autrui.

Dévotion au travail manuel ; persévérance inlassable dans un labeur d’érudition.

Désir incessant d’une famille spirituelle ; vocation divine à une solitude dont sa mort sera l’achèvement.

Comment s’étonner que dans ce carrefour de grâces que fut cette vie, tant de ceux qui se donnent actuellement à Dieu, quel que soit le mode de ce don, reconnaissent leur appel et trouvent un modèle !

Aussi, laissant à d’autres la possibilité de dire ce qui dans le Père de Foucauld les a éclairés, guidés ou confirmés sur leur route, nous voulons très simplement souligner ici les aspects de sa vie qui nous ont aidés à trouver la nôtre. 

 

En pure perte de soi-même

 

« S’exhaler devant Dieu en pure perte de soi-même », dit Charles de Foucauld en citant Bossuet. De toute sa vie se dégage un extraordinaire caractère de gratuité. Dieu, s’il est son Dieu, demeure toujours Dieu et c’est parce qu’il est Dieu, que, d’abord, Charles de Foucauld l’aime.

Charles de Foucauld est pour nous le type de ces vocations théocentriques, qui captent l’âme directement pour Dieu dans le Christ. Ces hommes-là n’ont pas de choix à faire. Dieu touche tout l’horizon. Du fait même qu’il existe, il est éminemment préféré.

« Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui : ma vocation religieuse date de la même heure que ma foi : Dieu est si grand, il y a une telle différence entre Dieu et tout ce qui n’est pas Lui ! » (Lettres à Henry de Castries, p. 97)

Pour ces hommes, l’amour de Jésus-Christ conduit à l’amour de tous nos frères comme pour d’autres la vocation à l’apostolat sera le chemin d’un don total au Christ.

Cette gratuité vis-à-vis de Dieu se retrouve en effet vis-à-vis du prochain. Charles de Foucauld lui donne sa vie de chaque jour, et l’on sait avec quelle largeur de don et de disponibilité, prêt à mourir pour lui – et il est mort pour lui – il n’attend pas les résultats, ne se trouble pas de son parfait échec, garde sa paix quand, ayant passé presque toute sa vie au désert, son seul bilan est la conversion, peu assurée, d’un Africain et celle d’une vieille femme. Il aime pour aimer, parce que Dieu est amour et que Dieu est en lui et qu’en aimant « jusqu’au bout » tous les siens, il imite, autant que faire se peut, son Seigneur.

Parce que homme d’adoration, le Père de Foucauld a été homme de solitude et de désert. Partout où va un homme, fût-ce au désert, l’homme doit faire son désert.

Le Père de Foucauld nous a vraiment éclairé d’une clarté nouvelle le premier commandement de Dieu à l’humanité : « Un seul Dieu tu adoreras ».

On a souvent comparé la prière à une respiration. À travers les écrits du Père, l’adoration se précise comme le « poids » de l’âme, comme ce qui la met en face de son Dieu dans son attitude humaine. Cette attitude de créature vis-à-vis de son créateur, nous pensons que c’est celle qu’il convient que nous prenions, et de façon urgente, dans notre monde inverti vers l’homme, détourné de sa fin. Il est indispensable que beaucoup d’entre nous s’y dévouent, c’est comme un besoin du corps mystique.

En ce moment où le Saint-Esprit pousse tant de vocations vers la poursuite des hommes perdus, où tant de chrétiens, pressés par la charité du Christ, regardent éperdument vers ceux qui sont égarés, pour se faire tout à tous – hormis le péché – pour aller les rejoindre aux limites extrêmes de leur éloignement, il en faut d’autres tournés vers Dieu ; à l’intérieur même de la pâte humaine, il faut des hommes d’adoration, si persuadés de la nécessité de leur tâche que, même privés de toute action sur leurs semblables, ils sauraient qu’ils répondent à l’essentiel de leur vocation en répétant à Dieu dans nos déserts contemporains, dans nos métros et sur nos routes, dans nos maisons et dans nos fermes : « Vous êtes celui qui est : nous sommes ceux qui ne sont pas. »

Notre temps a besoin de ces sacrifices accomplis parmi les hommes qui les ignorent ; il a besoin de voix qui « crient dans nos déserts » la phrase dont les écrits du Père de Foucauld sont pleins et sur laquelle sa vie était axée : « nous vous rendons grâce à cause de votre grande gloire », « en pure perte de nous-mêmes ».

 

(à suivre)

Par Laurent Touchagues
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Dimanche 12 novembre 2006

Suite du témoignage de Madeleine Delbrêl :

Le frère universel

Le père de Foucauld nous apparaît comme enraciné au carrefour de la charité. Il ne refuse aucune des démarches de l’amour. Il soude dans sa vie ces deux extrêmes de l’amour : le proche prochain et le monde entier.

 « Être un tendre frère » dit-il souvent ; et ce mot tendre revient sans cesse tout chargé d’humaine sollicitude ; être un « sauveur » dit-il aussi, et ce mot pèse de tout un poids de rédemption.

Il s’installe délibérément en vie de famille, véritablement vécue, avec tout être humain qu’il rencontre. Et cette vie de famille sera le signe nécessaire d’une autre vie de famille, sans cesse approfondie et de jour et de nuit avec tous les hommes de la terre.

Vivre cette double vie de famille, ce sera n’avoir pour clôture que des pierres posées sur le sable ; ce sera écouter beaucoup et ce sera parler un peu ; ce sera donner sa ration de nourriture ou une leçon de tricot ; emmener un chef touareg en France et s’enfoncer jusqu’à Tamanrasset ; faire collection de poésies locales et soigner ; vivre seul au milieu des musulmans et mourir tué par eux. Ce sera donner à chacun ce dont il a besoin parce que Jésus est essentiellement celui qui donne et que Charles de Jésus agit avec lui et comme lui. Ce sera ne pas avoir de programme comportant ce que l’on peut et ce que l’on ne peut pas faire ; ce sera être pour chacun ce que serait son « tendre frère ». Ce sera voir dans les pécheurs des « frères insensés » et leur garder la meilleure chaleur de notre cœur. Et tout en se livrant avec une générosité sans reprise à ces hommes qui l’entourent, ne pas se laisser annexer par eux. Savoir qu’à travers eux, la charité fuse et explose dans le monde, prépare la grâce.

« Seigneur, faites que tous les humains aillent au ciel » projette-t-il d’apprendre comme première prière aux catéchumènes qu’il n’aura jamais. Toutes les prières, toutes les pénitences de règle des Petits Frères du Sacré-Cœur sont prévues aux intentions du Souverain Pontife, c’est-à-dire à la taille même du monde.

Du père de Foucauld nous avons appris que, si pour se donner au monde entier il faut accepter de rompre toute amarre pour se laisser « mettre au large », il n’est pas nécessaire que ce large soit contenu entre les murs d’un monastère. Il peut tenir dans une clôture de pierres sèches posées à même le sable ; il peut tenir dans une caravane africaine ; il peut tenir dans une de nos maisons, dans un de nos ateliers, dans un escalier qu’on monte, dans un autobus qu’on prend ; le large, on le trouve en acceptant l’étroite, l’incessante clôture de l’amour du proche prochain. Donner à chacun de ceux que l’on approche le tout d’une charité parfaite, se laisser enchaîner par cette incessante et dévorante dépendance, vivre comme naturellement le Sermon sur la montagne, c’est la porte du large, porte étroite qui débouche sur l’universelle charité.

Il nous appris à être parfaitement contents d’être posés à un carrefour de vie, prêts à aimer qui passe et à travers lui tout ce qui, dans le monde, est souffrant, perdu ou enténébré.

 

Il nous a expliqué que dans sa magnifique gratuité réside la souveraine efficience et que consentir à ne rien voir de ce que l’on fait, mais à aimer quand même et toujours, c’est le meilleur chemin pour sauver à coup sûr quelqu’un, quelque part sur la terre.

(à suivre)

Par Laurent Touchagues
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