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Questions

Mercredi 15 novembre 2006

Suite aux articles de ces derniers jours, un lecteur demande aujourd'hui à propos de Madeleine Delbrêl : qui est cette femme ? Voici une brève biographie de cette âme chrétienne du XXè siècle dont la Cause de canonisation a été ouverte et qui a contribué à sa manière au rayonnement de Charles de Foucauld :

       Madeleine Delbrêl est née le 24 octobre 1904 à Mussidan, en Dordogne, fille unique d'un père cheminot. Elle fait à 12 ans sa première communion, fervente mais sans lendemain. Car si elle rencontre dans son enfance des prêtres qui savent éveiller en elle une foi simple et profonde, elle est aussi soumise à d'autres influences, en particulier un ami de la famille, le docteur Armaingaud, « disciple de Littré, athée convaincu ».

Après une enfance itinérante due aux affectations professionnelles de son père, à 16 ans, elle arrive à Paris où elle fréquente les milieux intellectuels et athées. En 1923, alors qu'on la considère comme fiancée au jeune bordelais Jean Maydieu, celui-ci s'éloigne brusquement d'elle pour rentrer chez les Dominicains. Cette séparation marque profondément Madeleine qui tombe malade et ne se mariera jamais après. C'est aussi à cette période que son père Jules Delbrêl perd progressivement la vue, puis se mure dans une solitude farouche.

Peu après elle rencontre une bande de jeunes pleins d'entrain, des étudiants chrétiens, qui « parlaient de tout mais aussi de Dieu qui paraissait leur être indispensable comme l'air ». Elle en vient alors à s'interroger sur Dieu. Elle se convertit le 29 mars 1924, cherche sa voie et rencontre un peu plus tard un prêtre de sa paroisse Saint-Dominique d'Évry, l'abbé Lorenzo, qui devient son guide spirituel et l'amène à s'engager dans le scoutisme.

En 1926, elle reçoit le Prix Sully Prud’homme pour son recueil de poèmes « La Route ».

En 1930, dans la ligne de son engagement, elle songe à un projet de vie commune tournée vers les plus pauvres. Elle rassemble alors un groupe d'une douzaine de jeunes femmes pour réfléchir ensemble sur l'Écriture Sainte. Plusieurs se sentent appelées à mener une vie contemplative hors d'un couvent. Madeleine s'installe en 1933 avec deux amies, Hélène et Suzanne, dans la ville ouvrière d'Ivry-sur-Seine. Parallèlement, elle commence des études d'assistance sociale et s'engage dans un groupe religieux nouveau, la « Charité de Jésus », tourné vers la vie évangélique et le service des paroisses.

Elle obtient son diplôme en 1936 et travaille un temps comme assistante sociale paroissiale à Saint-Jean-Baptiste d'Ivry. En 1939, elle est embauchée comme assistante sociale à la mairie d'Ivry. C'est une ville « rouge » dirigée par un maire communiste et athée, Georges Marrane, qui sera pour elle à la fois un adversaire et un ami. Elle fera ici toute sa carrière au service des plus pauvres.

Malgré de nombreux petits accidents de santé, elle continuera jusqu'à sa mort, survenue subitement le 13 octobre 1964, à partager son temps entre correspondance, conférences, vie militante à Ivry, participation aux grandes causes, animation de son équipe de vie.

     Avec cette équipe, elle a lu et relu les écrits de Charles de Foucauld alors publiés, et elle a rédigé en novembre 1946 un article, « Pourquoi nous aimons le Père de Foucauld », pour la Vie spirituelle, la revue des PP. Dominicains. Après sa mort on a réédité ce texte dans La Joie de croire (Le Seuil, 1968, p. 33-39), livre qui regroupe des méditations écrites par Madeleine Delbrêl de 1935 à 1964.

Par Laurent Touchagues
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Jeudi 21 février 2008
Des armes dans le magasin du bordj ?
 
     On dit que le P. de Foucauld en acceptant de recevoir des armes dans l’ermitage fortifié où il passé ses derniers mois a été en contradiction avec ce qu’il prescrivait en 1899-1901 dans son Règlement des petits frères du Sacré-Cœur de Jésus : « Il leur est à jamais interdit de se servir d’armes, d’en porter, d’en posséder : “Je vous ai envoyés comme des brebis parmi les loups” ; Jésus n’eut pas d’armes et mourut sans se défendre… » (Chapitre XXVIII. Charité, paix, humilité et courage avec tous les hommes).
     Il est vrai qu’à partir du mois d’août 1916 des fusils et/ou des carabines avec munitions correspondantes (« 14 carabines et 2 caisses de cartouches » lit-on dans une lettre de Foucauld à Laperrine du 30 septembre) avaient été mises en dépôt par l’autorité militaire du fort Motylinski dans ce qu’il est convenu d’appeler « le bordj ». Mais il faut bien enregistrer ce qu’était pour le Père de Foucauld ce domicile où il s’est installé le 23 juin précédent.

     Quand il décide cette construction, elle est dans sa pensée destinée à servir d’abri pour la population de Tamanrasset en cas de rezzou, c’est-à-dire pour protéger des pillards et des voleurs, personnes et biens, notamment les modestes récoltes locales. Un puits dans la cour permet d’y avoir l’eau à 10m de profondeur. C’est donc une bâtisse d’intérêt public, un abri communal, pourrait-on dire. Pour imaginer cette protection collective, il se rappelle avoir vu autrefois ce genre de maison commune dans le sud du Maroc, et il l’a vu aussi dans le Touat. undefined

     Ce sont ses voisins, ceux qui devaient bénéficier de ce refuge et de cet entrepôt de vivres, qui lui ont fait remarquer que, s’il fallait un jour s’y enfermer, il devait lui-même y venir, et d’autre part qu’il serait avantageux de trouver ce lieu non seulement habité mais muni de provisions, d’instruments, de remèdes, bref du nécessaire pour un hébergement plus ou moins long et important. Son plan primitif se modifia en ce sens : désormais il aurait donc là son habitation personnelle avec une chapelle et une pièce polyvalente lui servant de bibliothèque, de bureau et de chambre à coucher. Il y ferait à côté une chambre d’amis pour les hôtes de passage. Une troisième pièce serait destinée à la cuisine et surtout servirait de magasin.

     Il occupe cet ermitage fortifié à partir du 23 juin 1916. C’est dans le magasin qu’il a dû entreposer au fur et à mesure de leur arrivée les différentes « charges » qu’il mentionne dans son carnet : blé, dattes « pour les pauvres »… Et c’est là aussi qu’il réceptionne, en provenance du fort Motylinski, armes et munitions destinées aux quelques hommes de Tamanrasset capables de manier fusils ou carabines pour défendre ce « petit refuge » en cas d’attaque par une des bandes, parfois armées, de tendance senoussiste qui circulent jusque dans le Hoggar.

     En acceptant ce matériel dans le magasin du refuge, il ne faisait sans doute qu’aller dans le sens de l’idée suggérée par ses voisins. Quant à lui, il ne devait pas avoir lors des menaces d’août et septembre 1916 le sentiment de transgresser ce qu’il s’était donné comme règle quand il écrivait son Règlement en 1899-1901 en de toutes autres circonstances : le dépôt dans la partie magasin, et non dans ses appartements privés, manifeste en effet que cet armement ne comportait à ses yeux aucune appropriation personnelle.

     Certes on est là à quelques mètres près, et dans une seule et même enceinte. La distinction entre les locaux de cette « minuscule kasba » ou du « château », noms qu’il donne à son nouveau domicile, peut paraître subtile. C’est un détail, dira-t-on… Mais il peut modifier la façon de juger la conduite de Charles de Foucauld à ce moment-là. S’il est permis d’être surpris et même choqué en la comparant sans précaution à ce qu’écrivait le petit frère Charles de Jésus de 1901, on l’est moins quand on prend soin de faire cette comparaison en parlant de ces armes in situ.
 
                                Pierre Sourisseau, archiviste de la Cause de Charles de Foucauld

Sources : Lettres de Charles de Foucauld à Laperrine du 1er juillet et du 30 septembre 1916 (Lettres inédites au général Laperrine, La Colombe, 1954, p. 143-145 et p. 156) – Lettre du même à sa cousine Marie de Bondy du 15 septembre 1916 (Lettres à Madame de Bondy, Desclée de Brouwer, 1966, p. 248 ou Sur les traces du Père de Foucauld, La Colombe, 1953, p. 288) – Carnet de 1916 (Carnets de Tamanrasset 1905-1916, Nouvelle Cité, 1986, p. 393-398).
Par Laurent Touchagues
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Vendredi 22 février 2008
La construction du bordj de Tamanrasset 


undefined        Il semble intéressant de revenir sur la question du « Bordj », ce bordj qui joua un si grand rôle dans la vie de Charles de Foucauld et qui fait encore l’objet de trop de commentaires erronés. Cette question devrait être bien connue… et pourtant, n’entendons-nous pas fréquemment, dans les présentations faites aux visiteurs du bordj, qu’ « il (Charles de Foucauld) le fit construire avec le concours de la main d’œuvre militaire… » ? Ce qui est faux, mais justifie pour beaucoup que l’on parle de compromission de Charles de Foucauld avec la « Res militaris ». Or, les documents sont formellement clairs, il est bon de le rappeler une fois encore.

        1er point : en 1915, quand Charles de Foucauld envisage cette construction, il n’y a pas de militaires à Tamanrasset. Les militaires, à effectifs toujours réduits par suite de la nomadisation habituelle du Groupe du Hoggar dans l’Adrar des Ifoghas ou dans l’erg Admer, à 3 ou 400 kilomètres au Sud ou à l’Est, résident à Fort-Motylinski, à 70 kilomètres de Tamanrasset. Les menaces contre les populations sont permanentes et réelles, elles proviennent des rezzous venant des confins marocains, ou des rebelles libyens de la confrérie des Senoussi (rappelons que l’Adrar des Ifoghas, soumis en été aux bénéfices de la mousson, est une zone de pâturages très connue des tribus « touareg »).

        2ème point : c’est le 9 juin 1915 qu’on voit apparaître dans le carnet de Charles de Foucauld la mention laconique : « Commencé château (sic) ». Charles vit seul à Tamanrasset, avec Paul son employé haratin, et la population est en grande partie dans les pâturages ; ne restent à Tamanrasset que les vieillards, les femmes et les enfants. Le début de ces travaux doit correspondre à la confection des briques, travail de longue haleine puisqu’il s’agit de modeler ces briques dans un mélange d’argile et de paille, séché au soleil.

        3ème point : le 5 août, le lieutenant de la Roche, récent commandant du poste de Motylinski, passe à Tamanrasset en rejoignant le Groupe en Adrar, et note dans son journal de marche, page 176 : « Tamanghasset 8 h 30, R. P. de Foucauld ; le saint homme construit à ses frais une kasbah où les touareg pourront se réfugier en cas d’attaque. De qui ? Je l’ignore… toujours les mêmes histoires que j’écoute par respect, mais dont probablement je ne tiendrai pas compte. Pour le vénérable prêtre, le Hoggar se résume à une seule tribu, les Dag R’ali et encore, parmi eux, il n’y a qu’un homme digne d’intérêt, Ouksem » (NDLR : Ouksem, autochtone influent de Tamanrasset où d’ailleurs il se fait construire une maison, et que Charles de Foucauld, depuis 1913, voit presque chaque jour). Cette déclaration montre bien le désintérêt du lieutenant de la Roche pour la construction du bordj.

        4ème point : le 17 août, nouvelle mention laconique dans le diaire de Charles de Foucauld : « Commencé la construction en briques du château ». On n’a aucun détail sur le plan dudit château, ni son volume, ni son aspect extérieur ; bornons-nous à penser qu’il s’inspire des kasbah marocaines, bien connues de Charles. Aucune mention non plus sur la poursuite et l’achèvement des travaux ; mais notons qu’en mars-avril 1916, les événements inquiétants survenus à Djanet du fait des Senoussi ont dû faire accélérer les travaux et probablement déjà influencer Charles de Foucauld sur la destination du bordj (voir à ce sujet le Bulletin Trimestriel des Amitiés Charles de Foucauld n° 105 de janvier 1992, page 11).

        5ème point : ce n’est que le vendredi 23 juin 1916, c’est à dire un an après le début des travaux, que la construction du bordj va connaître son épilogue : « Changé de domicile. Je m’installe sur la rive droite », mention que va expliciter une longue lettre à Laperrine, dans laquelle Charles de Foucauld explique les raisons de ce déménagement et le véritable pourquoi de cette construction qui, dans son projet primitif, n’était qu’« un petit refuge, une minuscule kasbah où la population de Tamanrasset put s’abriter au cas où des coureurs marocains viendraient jusqu’ici.

        Cette lettre, très intéressante, est à connaître parfaitement par tout pèlerin arrivant à Tamanrasset, et débutant son voyage par la visite du bordj, et le lecteur curieux se doit de se reporter à son texte intégral (Bulletin Trimestriel des Amitiés Charles de Foucauld n° 105 de janvier 1992, pages 8 et 9). Elle authentifie toute la genèse de cette longue construction, qui ne doit rien à la main d’œuvre militaire, mais tout à la ténacité d’un homme seul, dont la mort, le 1er décembre 1916, infirmera le jugement du lieutenant de la Roche du 5 août 1915, cité plus haut.

        Et c’est pour cela qu’il est bon de s’en tenir à la précision des dates, des faits et de la chronologie des événements.
 
Michel de Suremain, Président des Amitiés Charles de Foucauld
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Par Laurent Touchagues
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Dimanche 24 février 2008
L’orthographe de IESUS CARITAS

        On écrit
facilement « Jésus Caritas » comme on écrit Jésus en français. On prononce pourtant assez couramment le IESUS comme un mot latin. De quoi s’agit-il exactement ?

        1) Il faut dire d’abord que ces deux mots ont été choisis par Charles de Foucauld pour servir de devise, de sceau, d’emblème. Ceci est officialisé, pourrait-on dire, par ces dispositions des Constitutions des petits frères du Sacré Cœur de Jésus de 1899-1901 : « Les fraternités ont pour sceau un Cœur surmonté d'une Croix avec le mot IESUS au-dessus et le mot CARITAS au-dessous » (cf. Règlements et Directoire, Nouvelle Cité,  p.89-90. Voir aussi p. 269 et 286, avec en plus la précision : « le tout de couleur rouge sur fond blanc » Voir également le croquis 2, p. 314. Mêmes notations dans les Constitutions et le Règlement des petites sœurs du Sacré-Cœur de Jésus de 1902)
.
        L’emploi de cette devise, de ce sceau, de cet emblème, avec tout ce que cela comporte dans les usages sociaux et religieux, ou dans les codes héraldiques, s’il est permis d’employer cette référence pour celui qui voulait «la dernière place », a, dans la pensée de son auteur, une autre portée que les formules pieuses qu’il employait en en-tête de ses lettres quand il était à la Trappe où il utilisait généralement la devise cistercienne : J.M.J.B. (Jésus, Marie, Joseph, Bernard) ou quand il était à Nazareth, où il aimait faire suivre le nom de Jésus de la demande du Pater : Fiat Voluntas Tua.
        Á partir de sa décision de devenir prêtre-ermite (puis petit frère) du Sacré-Cœur de Jésus, il opte pour une devise qu’il conservera jusqu’à sa mort. On peut citer à ce propos ce passage de sa lettre à l’abbé Huvelin du 16 mai 1900 : « Le mieux pour moi est, il me semble, de recevoir les Saints Ordres à Jérusalem…[…] Le Patriarche lui-même me fera donner les dernières instructions, me gardera dans son Séminaire le temps qu’il jugera bon…Cela aura un autre avantage, très important : celui de me faire connaître de lui et de ses prêtres, d’établir entre nous la confiance et cette bénie charité dont je prends avec celui de Jésus le nom pour deviseLa charité…, c’est ce qui règne le moins dans le clergé et surtout entre les nombreux religieux de Terre Sainte, et toute ma vie sera employée à la resserrer avec tous et entre tous. » (Lettres à l’Abbé Huvelin, p.159).


        2) Il faut ensuite souligner que ces deux mots de la devise sont des mots latins : si on n’a pas de difficulté à le constater avec CARITAS qui n’est pas dans la langue française, il n’en est pas de même pour le nom de Jésus. Or, frère Charles de Jésus choisit pour sa devise d’écrire IESUS avec un « » majuscule, comme lettre initiale :c’était l’orthographe latine traditionnelle au lieu du « » qui donne « JESUS » en transcription française.
        L’usage du « I » latin s’est maintenu jusqu’à aujourd’hui, dans des formules où il ne viendrait l’idée à personne de le remplacer par un « J » pour « faire français » : I.N.R.I. : Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum ; I.H.S. : Iesus Hominum Salvator…
        Dans le texte latin de la Règle de St Augustin qui précède le texte des Constitutions des Petits Frères du Sacré-Cœur ainsi que dans la version latine de ces Constitutions, Charles de Foucauld lui-même écrit constamment « IESUS » « IESU » « IESUM » pour parler de Jésus. Et il précise même à l’Article VIII des Constitutions des Petits Frères : « Latinam linguam modo romano pronuntient ! » (Règlements et Directoire, p.64, et p. 80 en français : « Ils prononcent le latin à la manière romaine. »)
        Pour la même raison, le E de IESUS s’écrit sans accent, le latin n’ayant jamais d’accent et ne connaissant pas d’autre son pour le « E » que « é ».
 
        3) Allons plus loin. Charles de Foucauld veut que son latin soit celui de Rome. Il tient à cette conformité aux traditions de l’Eglise romaine, que ce soit dans le calendrier liturgique, dans la récitation du Bréviaire et des Psaumes, ou même dans l’orthographe employée. Quand sa cousine Marie de Bondy s’étonne de l’écriture de IESUS et surtout de CARITAS, il répond : « Vous (vous) demandez peut-être pourquoi cette orthographe IESUS CARITas, c’est l’orthographe romaine ; et je suis romain jusqu’au fond du cœur. »(LMB. p. 99)
 
        Dans cette manière d’orthographier IESUS et CARITAS, qu’est-ce qui pouvait surprendre Marie de Bondy ou qu’est-ce qu’il pouvait y avoir de « romain » dans l’orthographe de l’un et l’autre de ces deux mots ? On l’a vu pour IESUS. Pour CARITAS, c’est plus compliqué. En France, à cette époque- là, on employait plutôt l’orthographe « Charitas », comme en témoigne l’usage que l’on faisait de cette orthographe à Paray le Monial, où Charles de Foucauld puisait sa dévotion au Sacré-Coeur. C’est la même orthographe qu’il retrouvait d’ailleurs dans le texte de la Vulgate, dans la version qu’il utilisait. Lui-même a employé le terme « Charitas » à plusieurs reprises jusqu’en 1900, sans doute même jusqu’à son passage à Rome en septembre 1900, au retour de son séjour en Terre Sainte. Comme c’était l’orthographe « Caritas » qui prévalait alors à Rome, il se rallia à l’usage romain sans plus jamais en sortir.

        Ce IESUS CARITAS avec le Cœur et la Croix sont universellement connus et signifient, tel un logo, que nous sommes chez Charles de Foucauld, ou chez ses amis et disciples.
        Face au choix qu’a fait Charles de Foucauld de ce « sigle », un choix qu’il a mûri toute sa vie, il ne s’agit pas pour nous de faire de l’archéologisme, mais de nous souvenir du contenu et de la signification qu’il a voulu donner à ce Cœur surmonté de la Croix, à ce nom de Jésus, son bien-aimé Frère et Seigneur, à cette Caritas, qui est le nom propre de notre Dieu, « Deus Caritas est », Source de Charité, de tout Amour et de toute Fraternité, « sigle » qui est le sceau de l’Alliance qu’il nous invite à garder en mémorial.
        Une humble manière de respecter et d’honorer le choix qu’il a fait de cette forme latine pour signifier son attachement à l’Église « jusqu’au fond du cœur », c’est d’accepter jusqu’au dépaysement auquel il nous appelle en nous invitant à renoncer à imposer à « Iesus » une orthographe trop de chez nous, fusse par un simple accent aigu de trop ! Et nous n’écrirons plus Jésus Caritas !

Père André ROUSTAN, du diocèse de Viviers
    
Par Laurent Touchagues
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Mercredi 27 février 2008

                                                            Mystique du désert et mystique au désert 


      Il est fréquent que le thème du désert soit associé au nom de Charles de Foucauld : expositions, livres, colloques, revues. Pendant ce temps, des voyages au Maroc ou en Algérie sur les pas de Charles de Foucauld sont programmés par des agences, et leur publicité est à peu près toujours identique : « au désert avec Charles de Foucauld », « sur les traces de Charles de Foucauld dans le djebel Saghro, désert semblable au Hoggar algérien »… S’y ajoute souvent la citation empruntée à une lettre de frère Charles au Père Jérôme : « Il faut passer par le désert et y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu…».

     Ces insistances sont-elles justifiées ? Ce thème du désert est-il bien approprié quand il est trop accolé à l’histoire de Charles de Foucauld ? De quel désert d’ailleurs parle-t-on quand on se réfère à son itinéraire personnel ?
      Il faudrait des pages et des pages pour bien traiter le sujet, et de nombreuses citations, depuis celles du jeune Foucauld voyageant au Maroc jusqu’à celles du Foucauld décrivant le panorama de l’Assekrem, en passant par celles du Foucauld converti qui ne veut vivre que pour le Seul et celles du Foucauld fondateur qui veut rassembler des frères et des sœurs recueillis aux pieds de Jésus.
      Voici quelques éléments de réflexion empruntés autant que possible à la vision même qu’il avait du désert.
      
      Le Bienheureux Charles de Foucauld  a longuement vécu et beaucoup marché dans le désert, dans celui du Sahara précisément. Il en a découvert les beautés comme aussi les rigueurs. Il en a parlé au fond assez peu, l’esthétisme n’étant pas « sa tasse de thé ».
      Il préférait rencontrer les gens qui peuplaient ce désert et partager avec eux. C’est là qu’il prenait le thé peut-être !
      Plus que le goût et l’appel du désert, ce qui le détermine et qui est sa vocation profonde, c’est l’imitation de la vie de Jésus à Nazareth. Il y voit Jésus aimant le recueillement, le silence, « la retraite » pour un entretien permanent avec son Père, attendant pour passer à la vie d’ouvrier évangélique que les signes de la Volonté du Père lui soient donnés.

      Entre cette vie cachée de Nazareth et la vie publique de prédication, Charles de Foucauld appelle « désert » le temps des 40 jours où Jésus, pour se préparer à sa mission d’évangélisation par la parole, s’est retiré seul dans le jeûne et la prière dans un lieu désertique. C’est une des « vies », la troisième, menées par le « bien-aimé Frère et Seigneur Jésus ».
      Mais, dans son désir d’imitation, de même qu’il ne se sent ni attrait, ni capacités et qu’il n’entend aucun appel pour une mission de prédicateur, il ne se voit pas non plus appelé à passer son existence dans une imitation longue de la Sainte Quarantaine, « mon corps ne pouvant vivre sans manger », note-t-il dans sa retraite de diaconat.
      Il imitera donc Jésus dans sa vie à Nazareth, en criant l’Évangile par sa vie, comme l’a fait pendant trente ans « l’Ouvrier, fils de Marie ».
      
      (à suivre) 

(Source : un article de Pierre Sourisseau, archiviste de la Cause de Charles de Foucauld, dans le Bulletin Trimestriel des Amitiés Charles de Foucauld, n° 149 - janvier 2003)
Par Laurent Touchagues
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