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Bienvenue dans ce lieu virtuel qui porte le nom de l'ermitage de Charles de Foucauld à Tamarasset !

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 22:35

La description du Maroc par Elisée Reclus en 1886 (1)

  

    Cet article, dont la publication a commencé ici le 22 décembre, a été écrit par Guy Basset, petit-fils du savant éditeur des travaux linguistiques de Charles de Foucauld, Administrateur des Amitiés Charles de Foucauld, et publié en 2007 dans le Bulletin trimestriel des Amitiés. 

 

     Le géographe Elisée Reclus (1830-1905) a fait paraître par fascicules chez Hachette à partir de 1876 une  Nouvelle Géographie Universelle. En 1892 il recevra même la grande Médaille d'or de la Société de géographie de Paris (« à titre exceptionnel pour services rendus à la Société ») pour cet ouvrage qui, au demeurant, ne comporte pas moins de 17.293 pages et 4.290 cartes. Cette publication a suscité l'admiration de beaucoup de personnes en raison de l'étendue et de l'exactitude des informations données et des descriptions faites. Elle est également appréciée pour la qualité de son style littéraire et est souvent considérée comme une tentative de fonder scientifiquement la géographie. Dans cet ouvrage, Elisée Reclus dont l'autorité scientifique ne fait aucun doute, y utilise les résultats de l'exploration au Maroc que vient de faire le vicomte de Foucauld, « amateur éclairé » !

 

     Elisée (ou plutôt Jean Jacques Elisée) Reclus, fils d'un pasteur protestant, fit d'abord ses études dans sa ville natale, Sainte-Foy-la-Grande, avant de les terminer en Allemagne. Très jeune, il manifesta un tempérament républicain, indépendant et il fut contraint de s'exiler après le coup d'Etat de 1851. Il en profita pour voyager. A partir de 1859 il collabora d'abord à la Revue des Deux Mondes, puis à la revue Le Tour du Monde et à d'autres revues géographiques, ainsi qu'aux célèbres guides touristiques Jouanne. Engagé dans les rangs de la Garde Nationale pendant le siège de Paris, il participa à la Commune, ce qui entraîna sa condamnation à la déportation, peine qui fut commuée en bannissement. Il vécut alors dans plusieurs pays européens, revint en France, et termina sa vie en Belgique où il fut, à partir de 1892, titulaire de la chaire de Géographie comparée de l'Université de Bruxelles. Il décéda en Belgique le 4 juillet 1905. Autorité reconnue dans le domaine géographique et auteur de nombreux ouvrages dans ce domaine, il a toujours manifesté ainsi que certains autres membres de sa famille une proximité certaine par rapport aux mouvements anarchistes.

 

     Après cinq volumes sur la géographie de l'Europe, puis quatre volumes sur la géographie de l'Asie, deux tomes de sa Nouvelle Géographie Universelle sont consacrés à la géographie de l'Afrique septentrionale : les tomes X et XI. La deuxième partie couvre la Tripolitaine, la Tunisie, l'Algérie, le Maroc et le Sahara.

     Le Maroc est décrit de la page 653 à la page 783 de la 62ème série de livraison (livraisons 617 à 626).

     Après le glossaire géographique de l'Afrique septentrionale, comprenant des mots arabes, des mots berbères et des mots tibbou (région saharienne), et juste avant l'index alphabétique qui précéde les tables des cartes et des gravures positionnées avant la table des matières, une page de huit lignes précise : « A cette place je ne puis que citer les noms des personnes qui m'ont aidé dans la rédaction de ce volume par leur conversation, par l'envoi de notes ou par la correction des épreuves ; mais si le témoignage de ma reconnaissance se traduit par une simple élaboration de noms, chacun de mes collaborateurs n'est pas moins assuré de mes sentiments de profonde gratitude. Comme pour les volumes précédents, j'ai eu l'aide constante de MM. Metchnikov, Ernest Desjardins, Perron, Senso, Schiffer, Polguère ». Avant de remercier M. Giffault d'avoir revu l'index, Élisée Reclus ajoute, après les six premiers noms cités, d'autres plus spécifiques au volume. « Pour la Tunisie, MM. Montels, Delmas et Cailla; pour l'Algérie, MM. Mac-Carthy, Titre, Sabatier, G. Rolland, Foureau, Niel, Lambert, Bouvin; pour le Maroc, MM. De Foucauld et Washington Serruys ont été mes principaux informateurs ».

 

     (à suivre)

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 22:22

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (12)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     De retour à Paris, en février 1886, il s’y installe, s’enferme dans une vie de travail, met au point son ouvrage sur l’exploration du Maroc qui paraît en janvier 1888. Peu soucieux de la gloire que lui procure ce travail, il vit déjà, dans son appartement de Paris, une vie de prière et de mortification. Tout au plus, écrit-il le 24 mai 1888 à Émile Maupas : « Je m’occupe toujours vaguement de pays musulmans avec l’intention d’y voyager encore, lisant de l’arabe et étudiant en gros les contrées du Levant ; mais je n’ai aucun projet fixe et ne pense pas quitter la France cette année. »

 

     Coup de théâtre, fin novembre 1888, Charles de Foucauld s’embarque pour la Terre sainte et est de retour à Paris en mars 1889. Sans doute a-t-il rencontré le Seigneur à Emmaüs (1), car le pèlerin de Terre Sainte se replie en retraites, et devient trappiste à Notre-Dame des Neiges de 1890 à 1897.

De 1897 à 1900, il chemine à nouveau, mais en pèlerin pauvre et à pied en Terre Sainte, va à Rome en 1900, retourne à Notre-Dame des Neiges où, le 9 juin 1901, il est ordonné prêtre.

C’en est fait, Foucauld est perdu pour la science, pour l’exploration, pour l’Afrique…

 

     Non pas, ses souvenirs du Maroc le hantent. Le 23 juin, il écrit : « Le silence du cloître n’est pas celui de l’oubli… » (Lettre à Henry de Castries) et il pense à fonder une exploitation agricole trappiste, un petit ermitage, sur la frontière marocaine « entre Aïn Sefra et le Touat » (ibid.) d’autant plus que son ancien camarade Laperrine est nommé commandant supérieur des Oasis sahariennes, le 6 juillet 1901.

     Foucauld ne sera plus explorateur, ni géographe ; il est moine … mais il n’est pas perdu pour l’Afrique. Son projet est arrêté, il sollicite la permission de vivre sur les confins sud-ouest du Maroc, dans le diocèse du Sahara. On l’appellera dorénavant « Foucauld l’Africain ».

     Le 10 septembre 1901, le Père de Foucauld débarque à Alger encore une fois. Le 28 octobre, il arrive à Béni Abbès, dans une oasis importante du Sahara, à la frontière marocaine. C’est alors un ksar de 130 feux, peuplé de Chleuhs et d’Harratins, au milieu d’une forêt compacte de 6 à 7 000 palmiers. Ce qui ne gâte pas les choses pour un homme qui est resté artiste : « On y a une vue admirable sur la vallée de la Saoura, ses deux coudes, le Hamada, l’oasis, le ksar. On domine tout et c’est charmant… on a des horizons presque immenses… (qui) se perdent dans ce beau ciel du Sahara qui fait penser à l’infini et à Dieu – qui est plus grand – Allah Akbar ! » (Gorrée, Sur les traces de Charles de Foucauld, page 152).

 

     (1) NdLT : l’auteur omet de mentionner ici que Charles de Foucauld est revenu à la foi catholique à la fin du mois d’octobre 1886, dans l’Église Saint-Augustin à Paris, et dit avoir entendu immédiatement l’appel à la consécration totale à Dieu.

 

     (à suivre)

 

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 13:59

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (11)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Nous l’avons déjà dit, Foucauld a été pris par l’Afrique du Nord. La relation de son voyage au Maroc, terminée et recopiée depuis la fin de juillet 1885, notre explorateur décide de compléter ses connaissances par une étude comparée des divers types d’oasis et de chotts de l’Afrique du Nord. Le but même de cette nouvelle étude est bien géographique, rien n’est aussi suggestif que la comparaison  - elle permet de poser des problèmes, de s’efforcer de les résoudre et met sur la voie d’explications fructueuses.

     Foucauld a l’intention de traverser le Sud algérien et tunisien de l’Ouest à l’Est. C’est un beau périple en vue. Il n’est plus officier, il sera donc explorateur. Sa vocation semble fixée.

De cette belle randonnée, il ne nous reste que trois carnets de route contenant 134 croquis de l’auteur avec légendes. Ces dernières, relevées par le R.P. Gorrée, nous donnent l’itinéraire exact de notre voyageur. Le 15 septembre 1885, il débarque à nouveau à Alger, se procure deux chameaux, deux chevaux, un domestique arabe et part une deuxième fois en expédition.

     Le 22 septembre, il passe à Tiaret, traverse le Djebel Amour, atteint Laghouat, pénètre dans la région des dayas, puis dans celle des chebkha et le Mzab, arrive à Ghardaïa et Metlili, continue son voyage à travers les oasis constantinoises en compagnie du Commandant supérieur du Cercle de Ghardaïa, pénètre dans la région des gantra et celle des feidj, aperçoit les dunes du grand Erg occidental, El Goléa où il rencontre son camarade Motylinski, interprète militaire « un des hommes sachant le mieux l’arabe et le berbère qu’il y ait alors en Algérie », remonte vers le Nord, arrive à Ouargla où il met largement à contribution les connaissances étendues de son ami pour s’instruire sur la grande cité saharienne et son oasis et la visiter en détail avec lui. Il continue, guidé par un mokhazeni, vers Touggourt, poursuit seul avec son domestique arabe, par les oasis de Guemar et de Tarzout, traverse la région du Souf, visite El Oued au milieu des dunes du Grand Erg occidental, atteint l’importante palmeraie tunisienne de Nefta, passe à Tozeur sur le chott el Djerid, Gafsa, visite les ruines romaines et arrive, en janvier 1886, à Gabès, d’où il s’embarque pour la France.

     En quatre mois, il a parcouru plus de 1 600 kilomètres de dunes sableuses, d’hamada pierreuse, de fleuves fossiles, de dépressions salées, à travers un pays désolé avant d’atteindre l’eau saumâtre d’un puits ou mieux encore, le paradis terrestre d’une palmeraie.

      Étrange voyage dont nous n’avons aucune relation scientifique – ce qui est bien regrettable – mais où l’on sait qu’il aimait chevaucher seul, à deux journées de son domestique indigène, mangeant ce qu’il avait dans ses poches. Il semble hanté par le besoin de solitude et d’ascétisme, plus encore que par le souci de la recherche scientifique. Périple de dilettante ou plutôt repli sur soi-même, face à la triste grandeur du Sud.

 

     (à suivre)

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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 15:25

 

 

     Faire mon possible pour le salut des peuples infidèles de ces contrées (Maroc et Sahara) dans un oubli total de moi : (moyens : présence du Très Saint Sacrement, saint Sacrifice, prière, pénitence, bon exemple, charité, sanctification personnelle, - en employant moi-même ces moyens et en faisant mon possible pour multiplier ceux qui les emploient parmi eux et pour eux) ... In manus tuas commendo spiritum meum ; cor Jésu sacratissimum adveniat regnum tuum.

 

      (Charles de Foucauld, Voyageur dans la nuit, page 176)

 

     Note de l'archiviste de la Postulation : Ce texte est extrait du carnet où Charles de Foucauld inscrivait ses Notes et dates d'anniversaires intimes. Ce carnet remis après sa mort, selon son testament, à sa cousine Marie de Bondy a disparu dans l'incendie du château de la Barre. Il y inscrivait aussi ses résolutions de retraite. Dans son Carnet de Tamanrasset (page 63 de l'édition de Nouvelle Cité),  il y a quelques mots et détails supplémentaires qui ne manquent pas d'intérêt : "en faisant tout mon possible pour multiplier ceux qui les emploient au milieu d'eux, et ceux qui, sans être au milieu d'eux, les emploient pour eux". (PS)

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 22:14

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (10)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Comment expliquer l’allure de précurseur que l’on remarque dans la partie géographique de la « Reconnaissance au Maroc ». Par Mac Carthy ou par ses lectures personnelles en allemand – lorrain,  Foucauld avait appris l’allemand et avait obtenu de bonnes notes en cette matière à Saint-Cyr : 12 en 1ère année, 13 en 2ème année (R.P. Gorrée, Sur les traces de Charles de Foucauld, pages 32 et 33) – il a connu certainement les trois grands ouvrages fondamentaux de la géographie moderne : l’explication de la carte géologique de France par Dufrénoy et Élie de Beaumont en 1841, le « Cosmos » de l’Allemand Alexandre de Humbolt paru en 1845-1851, la « Géographie universelle comparée » du professeur allemand Karl Ritter, parue de 1817 à 1858. Son ami Émile Maupas connaissait la « Géographie des plantes » de Candolle, parue en 1855 en latin.

     Mac Carthy et Maupas l’ont initié aux théories de ces savants tendant à saisir les rapports de l’homme avec le sol et l’influence des conditions naturelles sur le développement des sociétés humaines.

*

*  *

     Au retour de ce long voyage, inconsciemment son esprit est troublé par les invocations du muezzin clamées cinq fois par jour du haut des minarets du Maroc, par les prosternations des musulmans et les psaumes des israélites – tous d’une foi religieuse intense – par les appels à Dieu mêlés à la conversation familière. À son corps défendant, il ressent tout cela si intensément qu’il pense, un moment, à se convertir à l’islamisme  (NdLT : Bazin, Charles de Foucauld, édition de 2003, page 105 : « De retour en Algérie, il avait même dit à quelques-uns de ses amis : « J’ai songé à me faire musulman ». Propos de sensibilité, que la raison n’avait pas ratifié. Au premier examen, il lui était apparu, comme il en a fait la confidence à l’un de ses intimes amis – Henry de Castries – que la religion de Mahomet ne pouvait être la véritable, « étant trop matérielle ». Mais l’inquiétude demeurait. Bénie soit-elle ! »). Ce périple à travers le Maroc, la solitude, la contemplation d’une nature dépouillée, sauvage, primitive, sont certainement à la base de sa conversion future.

     On trouve l‘écho de cette évolution psychique dans sa « Reconnaissance au Maroc », où il écrit, avec le style de Chateaubriand et de Fromentin, à propos de Tanzida : « … J’arrive ainsi jusqu’au ksar : il m’apparaît tout entier avec ses maisons de pisé blanc, étagées au pied de la paroi luisante de la montagne, dont les roches polies miroitent par cette belle nuit. La lune qui brille au milieu d’un ciel sans nuages, jette une clarté douce ; l’air est tiède, pas un souffle ne l’agite. En ce calme profond, au milieu de cette nature féerique, j’atteins mon premier gîte au Sahara. On comprend, dans le recueillement de nuits semblables, cette croyance des Arabes à une nuit mystérieuse, leïla el kedr, dans laquelle le ciel s’entr’ouvre, les anges descendent sur la terre, les eaux de la mer deviennent douces et tout ce qu’il y a d’inanité dans la nature s’incline pour adorer son Créateur » (Foucauld, Reconnaissance au Maroc, page 116).

 

     (à suivre)

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 22:14

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (9)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Dans le détail, tout cela conduit à des notations curieuses. Sa « Reconnaissance au Maroc » est une véritable encyclopédie géographique de ce pays à la fin du XIXème siècle. Il est difficile de l’ignorer pour le lecteur qui veut, par comparaison, juger l’œuvre réalisée depuis par la France.

Foucauld s’attache surtout à la description du relief, à l’extension précise des régions naturelles, à l’étude des sites urbains, des agglomérations et à la géographie politique.

     L’étude de l’Atlas marocain, auquel il consacre quelques pages de synthèse, est d’autant plus nouvelle pour l’époque qu’elle apporte des observations inédites sur le Moyen-Atlas, l’Anti-Atlas et les chaînes secondaires.

     La détermination des régions naturelles marocaines est un exemple du genre chez Foucauld. Fondée sur l’observation des contrastes locaux de relief, de végétation et d’habitat, elle commence souvent par l’étude du nom de la région et aboutit toujours à des limites précises.

     L’étude des centres urbains est particulièrement poussée. Illustrée souvent par un plan sommaire, elle passe en revue tour à tour : le site naturel, les fortifications, les maisons, les monuments, les jardins et vergers, le marché, le commerce local, l’organisation politique. Dans les agglomérations marocaines, il nous décrit les maisons en pisé ou en briques couvertes de chaume ou de tuiles de Chechaouen dans le Rif, les maisons moitié en pierre, moitié en briques, mais peintes de couleur brun rouge et couvertes en terrasses de Taza, les maisons de pisé ou de terre sèche du misérable hameau de Tlata, les demeures riches de Bou el Djab en pierres grossièrement cimentées avec portails, arcades et pourtours de fenêtres, le tout blanchi intérieurement et extérieurement, les « tirremt » ou greniers collectifs villageois du versant septentrional du Haut-Atlas, les « agadirs » ou greniers collectifs tribaux du versant occidental du Haut-Atlas et du Dra, les tentes des Zaïan et des Zemmour, les ksour des oasis sahariennes.

     Il fait également ce que nous appelons de la géographie botanique, il s’efforce de noter l’extension de telle formation végétale : les nouara hebila du Préfif, les oliviers et lentisques associés sur les premières pentes des montagnes telliennes, les jujubiers sauvages des plaines soumises au climat méditerranéenne, les gommiers du Dra, les arganiers du Sous, les graminées des steppes du Sud du Dra. Il note : l’état de la végétation en rapport avec la saison : le thym seule plante des parties incultes de la plaine au Sud de l’Atlas, en été ; la relation entre les plantes et la nature du sol comme le « taçouout » limité aux rochers des pentes septentrionales de l’Atlas et des falaises atlantiques.

     Il nous donne de précieux renseignements sur le commerce de la ville de Fès, lé décadence du commerce de Tazenakht en liaison avec la sécheresse qui y sévit depuis quatre ans, la ruine du commerce soudanais par caravanes à Tissint, par suite de la création de Tindouf en 1850.

     Déjà ethnographe, il décrit minutieusement la race et la langue, les costumes, les armes, l’alimentation, le mœurs et coutumes des Marocains avec des notations précieuses sur leur extension géographique. Les études psychologiques des musulmans t des juifs marocains sont particulièrement pénétrantes et modérées.

     Il ne néglige pas la géographie politique, si diverse alors dans ses formes au Maroc : tribus soumises du maghzen, tribus dissidentes de la rébellion, villes indépendantes, villes soumises à l’autorité mi-spirituelle mi-temporelle d’un marabout local, pays indépendant du Nord du Haut-Atlas, pays indépendant au Sud du Haut-Atlas, oasis de Chleuhs et d’Haratins tributaires des arabes Ida ou Blal.

     On trouve même, chez ce futur linguiste, d’intéressantes et brèves notes sur la toponymie ou science des noms de lieux, sur le pays Zemmour ou « Doukkala » du Gharb et le haut-Atlas occidental.

  

     (à suivre)

 

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 22:13

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (8)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Ses descriptions accrochent l’attention du lecteur, bien qu’elles procèdent de deux méthodes totalement différentes. Tantôt très simplement, au hasard de ses étapes quotidiennes, Foucauld glane des renseignements les plus divers, sur l’allure du relief, la nature du sol, la couleur des roches, les principales essences végétales, les voyageurs rencontrés, les villages traversés, les villes ou les campements où il s’arrête. Tantôt, notre explorateur brosse en artiste des tableaux pittoresques et vivants, esquissés à grands traits aussi nets et précis que ses dessins (R.P. Gorrée, Sur les traces de Charles de Foucauld). Un certain sentiment de sympathie pour la nature lui fait sentir la beauté des paysages qui s’offrent à lui.

     Analyse par touches, synthèse régionales ne se limitent pas au milieu physique, elles gagnent le milieu humain, sociologique et psychologique. Chez Foucauld, la géographie est bien – selon une définition récente – la science qui étudie les combinaisons des éléments physiques, biologiques et humains à la surface de la terre… disons du Maroc. Science descriptive, elle s’attaque à la complexité des paysages en décomposant leurs divers éléments dans un milieu bien localisé, qui est presque toujours une région naturelle ; il nous décrit l’extension, la répartition et l’association des faits minutieusement observés.

     Ce sont là les buts et les principes de la géographie moderne telle que les a esquissés, plus tard, le géographe français Vidal de la Blache dans son enseignement à la Sorbonne depuis 1889 et dans ses ouvrages. En précurseur, à propos du Maroc, Foucauld se donne les mêmes buts, suit les mêmes principes et emploie les mêmes méthodes : représentation cartographique, analyse des combinaisons, idée d’évolution.

     Ces remarques prouvent que Foucauld n’a pas une vision métaphysique du paysage, mais bien plutôt une vision géographique et ce n’est que le côté pittoresque et artistique de l’âpre beauté de la nature africaine qui lui fait admirer l’œuvre de Dieu. Et surtout, jamais il ne sépare l’homme de la nature, ses agglomérations, ses habitations, des ressources alimentaires et hydrauliques, ses mœurs, ses coutumes, son organisation sociale et politique ; sa langue, son costume, sa psychologie.

 

     (à suivre)

 

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 22:13

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (7)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Le voyage achevé, Charles de Foucauld rentre à Paris et adresse à la Société de Géographie son premier compte rendu écrit sur son "voyage d'exploration au Maroc". Quelque chose l'attire vers cette Afrique du Nord qu'il vient à peine de quitter. Dès l'été 1884, il s'installe à Alger et commence à mettre au point ses notes de voyages.

     En 1885, c'est la gloire. Le Secrétaire général de la Société de Géographie de Paris le qualifie publiquement de "voyageur d'un très grand avenir " tandis que cette société savante lui décerne une médaille d'or sur le rapport de l'explorateur Duveyrier. (Rapport Duveyrier présenté à la Société de Géographie de Paris le 26 avril 1885). Celui-ci précise que Foucauld double pour le moins la longueur des itinéraires soigneusement levés au Maroc, nous apporte les altitudes de deux cols du Haut-Atlas, permet de déterminer sur la carte la direction de cette chaîne, révèle l'existence de montagnes parallèles. Par son itinéraire, il reporte d'un degré plein vers l'Ouest le tracé du Dra.

     Il reprend, en les perfectionnant, 690 kilomètres de travaux se ses devanciers. Il ajoute, à partir de Meknès, 2 250 kilomètres nouveaux, détermine 45 longitudes, 40 latitudes et 3 000 altitudes. Ces " renseignements très nombreux, très précis, renouvellent littéralement la connaissance géographique et politique presque tout entière du Maroc ".

     Foucauld rapporte la volumineuse matière d'un gros in-quarto de 500 pages, paru en 1888, réédité dans le même format en 1934, puis en 1939 en un in-octavo de 430 pages, tous aujourd'hui épuisés. C'est la un beau succès de librairie !

     Cet ouvrage " ... a fait l'admiration des géographes et des savants et facilité plus tard notre pénétration dans l'Empire Chérifien " (R.P. Gorrée, Sur les traces de Charles de Foucauld, Arthaud, Grenoble et Paris, 1936).

     Entre autres, voici ce qu'en pense le géographe de l'Algérie et du Sahara, Emile-Félix Gautier : " Le livre de Foucauld reste encore aujourd'hui la source principale de renseignements sur le " bled es siba ". Et c'est un livre très bien fait, précis, documenté, clair ".

     Tout récemment, le jeune géographe marocain Joly écrit, à propos des explorateurs ayant parcouru le Maroc : " ... et surtout le Français Charles de Foucauld qui rapporta de ses périlleux voyages dans la région présaharienne et dans l'Atlas la plus pénétrante moisson de documents. "

     Aujourd'hui (NdLT : début 1952), à soixante-dix ans de distance, quand on lit attentivement ce gros volume, on ne sait ce qu'on doit le plus admirer : l'endurance physique, le courage, l'énergie ardente, l'austérité du voyageur ou la science de l'auteur.

 

     (à suivre)

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 21:50

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (6)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Le trajet s'effectue à dos de mulet, sans hâte, par étapes journalières de 30 à 40 kilomètres. Foucauld et Mardochée voyagent, le plus souvent, sous une escorte de un à trois hommes auxquels ils ont versé la zelata. Au départ du gîte d'étape, ou en cours de route, de pauvres israélites, des Marocains musulmans grossissent leur rang. C'est la chevauchée familière où l'on devise négligemment, où l'on pousse la curiosité, plutôt bienveillante, de s'enquérir d'où l'on vient, où l'on va, pourquoi on voyage. Chemin faisant, Foucauld pose des questions, comment s'appelle ce djebel, que cultivent les gens du pays, avec qui font-ils du commerce, que pensent-ils du Sultan ? Il répond volontiers aux questions qu'on lui pose pour obtenir, en retour, les renseignements qu'il sollicite. Il marche souvent à part, soit en tête de la caravane, soit à l'arrière pour mieux cacher ce qu'il fait.

     Un cahier de cinq centimètres carrés, dissimulé dans le creux de sa main, il prend des notes avec un crayon long de deux centimètres (Foucauld, Itinéraire au Maroc in Bulletin de la Société de Géographie de Paris. 1887). Avec quelle ténacité, quel esprit curieux, quelle précision, il consigne et dessine ce qu'il voit à droite, à gauche, à l'horizon, les changements de direction, accompagnés de visée à la boussole, les accidents de terrain avec leur hauteur altimétrique, l'heure et la minute de chaque observation. Il a eu la chance de n'être jamais découvert ; dans le cas contraire, c'était la dénonciation et la mort.

 

     Arrivé à l'étape, il s'arrête de préférence dans un village, il loge chez ses " cousins ", les Israélites, tenus par le devoir d'hospitalité de recevoir les voyageurs. Il couche parfois à même le sol, à proximité d'un campemant, d'un oued, d'un puits, rarement dans un fondouk, quelquefois dans une synagogue, à Mogador dans un hôtel israélite. Il apprécie d'avoir une chambre à part où il déchiffre ses calepins dont l'écriture tremblée décèle le balancement du mulet. Il s'applique la nuit à recopier ses précieuses notes à la lueur d'une bougie.

     Pour relever ses observations astronomiques, cela est plus difficile (Ibid.). Rarement en rase campagne, il profite de l'heure de la prière et se cache, à l'écart, derrière un buisson, un rocher, un pli de terrain. Dans les villages, Mardochée fait le guet et Foucauld se faufile sur une terrasse à l'heure lourde de la sieste, quand tout le monde somnole, mais il doit souvent interrompre ses visées au sextant.

     La plupart de ses observations ont lieu la nuit, mais les nuits d'Afrique sont claires et il ne peut passer inaperçu. Alors, il faut toujours mentir, raconter les fables les plus invraisemblables. Tour à tour, le sextant protège contre le choléra, révèle les péchés des juifs, avertit des dangers de la route.

 

     (à suivre)

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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 20:06

L'oeuvre scientifique de Charles de Foucauld (5)

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Comme le dit le Général Daugan, " il n'échappe à la mort que grâce à sa rare énergie morale et à sa vigueur physique".

     A Mrimima, sur la rive droite de l'oued Dra, le bruit se répand qu'il est chrétien et chargé d'or, deux bandes de pillards l'attendent dans la montagne. Son départ est remis pendant dix-sept jours. Il ne peut reprendre sa route que grâce à l'intervention de son ami El Hadj bou Rhin qui, prévenu, vient le chercher avec une escorte armée (Foucauld, Reconnaissance, page 165).

     Ici la famine, mauvaise conseillère, augmente l'insécurité et personne ne veut l'accompagner jusqu'au Dra. Là, la guerre qui vient d'éclater entre un village et une fraction de tribu, retarde sa marche dans la région du Dra, d'ordinaire de passage facile. Ici, il doit faire un détour par le désert ; ailleurs, il doit marcher de nuit (Ibid., pages 201 et 205), une autre fois - bien que ce soit en bled el makhzen - le Sultan autorise les Aït ou Afella (Ibid., page 237) à percevoir un droit de péage : ils en profitent pour faire payer le voyageur à deux reprises, au passge d'un col et dans la plaine.

     Sur le versant septentrional de l'Anti-Atlas, en sécurité à l'étape, son hôte ne lui cache pas qu'il l'aurait pillé sans pitié s'il l'avait rencontré sur la route (Ibid., page 205). Entre Tissint et Mogador, le seul vestige humain rencontré certain jour est une dizaine de tombes échelonnées par groupes de deux ou trois, sur le bord du sentier. Elles rappellent chacune un pillage et marquent l'endroit où ont péri des voyageurs (Ibid., page 173), moins heureux que Foucauld.

     De fait, il est attaqué, à plusieurs reprises. Dans l'Anti-Atlas, une petite caravane essaye de soudoyer les gens de sa modeste escorte qui, honnêtes, rejettent le marché, malgré les injures. En route vers la frontière algérienne, le 12 mai 1884, dans la vallée de la Moulouya, deux de ses trois Marocains d'escorte le jettent à bas de sa monture, fouillent ses habits et son maigre bagage. Les voleurs lui laissent sa mule, ses notes, ses instruments, c'est l'essentuiel, mais durant un jour et demi, il les entend discuter de sa vie ou de sa mort (Ibid., page 105). Seules, la médiocrité de la prise, sa patience et l'honnêteté inébranlable d'un de ses guides lui sauvent la vie. A deux pas du but, il a bien cru ne pas achever son périple.

 

     Malgré les obstacles accumulés, pendant onze mois, il parcourt ce pays où l'insécurité règne en maîtresse, trop heureux d'avoir réalisé son projet, fut-ce avec cinq mois de retard. Il a suivi, à peu près, l'itinéraire qu'il s'est tracé. Du nord au sud-ouest, il a traversé le Maroc, de Tanger à l'oued Dra, à la limite du Sahara marocain, - après avoir visité Tetouan et Chechaouen, dans le Rif, Fès, Taza, Sefrou et Meknès, franchi le Moyen-Atlas, escaladé les 2 634 mètres du Haut-Atlas au Tizi n'Telouet, gravi l'Anti-Atlas, circulé dans la vallée du Dra et le Bani, atteint le Sahara marocain, parcouru la vallée du Sous. Il revient ensuite du Sud au Nord/Nord-Est et du Dra à Oudjda par les oasis du Todra, l'Anti-Atlas, le Haut-Atlas par le Tizi n'Telremt à 2 182 mètres et la vallée de la Moulouya.

     Autant que possible, il a fixé son choix sur les chemins peu fréquentés, très difficiles, traversant de préférence les régions complètement inexplorées. Il fait preuve d'une ténacité inébranlable pour poursuivre sa route, malgré les obstacles de toute nature. Le sentiment de la peur lui semble étranger et il ne s'occupe jamais du danger, sauf peut-être pour le rechercher. Il risque sa vie, son argent, sa santé " mais à aucun prix, il ne veut revenir sans voir vu ce qu'il a dit qu'il verrait, sans être allé où il a dit qu'il irait " (Bazin, Charles de Foucauld, page 54).

 

     (à suivre)

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Published by Laurent Touchagues - dans Textes sur le Bx
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