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Bienvenue dans ce lieu virtuel qui porte le nom de l'ermitage de Charles de Foucauld à Tamarasset !

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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 22:22
                                                                      La grâce de la "retraite"

       
       Dans sa contemplation, Charles de Foucauld découvre « la retraite » comme une attitude, un comportement, il dira une « vertu », du Modèle Unique, car Jésus, à Nazareth et même dans sa vie d’ouvrier apostolique, prend des temps de retraite pour être tout à sa mission. Il veut dès lors suivre et imiter Jésus dans cette retraite fréquente et presque permanente, pour être tout à Dieu, puisque c’est là « la seule chose nécessaire ».
 La vie « retirée » de Jésus à Nazareth, les 40 jours de Jésus « au désert » et les « retraites » de Jésus durant sa vie publique lui sont aussi des exemples de « préparation » à une mission. En fait, c’est sans doute son temps passé comme « ermite » en Terre Sainte au service des Clarisses qui se rapproche le mieux de cette vie « au désert » comme préparation.
Ordonné prêtre, il choisira de mener cette vie de Nazareth là où il sait l’existence de frères « perdus», « malades ». Il se rappelle alors son expérience marocaine et il pense à ces gens qu’il a découverts dans les contrées désertiques du sud marocain ; c’est là qu’il voudrait mener près d’eux la vie de Nazareth. Mais les circonstances et les événements l’établiront à Beni-Abbès, assez loin encore du Maroc, et, de là, il sera conduit plus au fond encore du Sahara. Dans ces décisions, il n’y aura pas un choix pour le désert comme tel, mais toujours une option pour les populations du désert. 
 
 
Il est sûr que marcher et séjourner dans un lieu tel que le désert, loin du « divertissement » (dirait Pascal), dans des conditions de silence, de solitude, d’humble dépendance devant la nature et ses lois, ramène à l’origine et à la simplicité première où l’homme peut se refaire et renaître dans une vérité plus grande. C’est là le bienfait d’un passage par le désert. Mais si Charles de Foucauld a su répondre à cet appel vers la vérité et l’absolu, ce n’est pas parce qu’il vivait au Sahara, encore qu’il pouvait bénéficier, sans le percevoir toujours, de la cure d’âme et de la tonicité qu’apporte le désert, c’est beaucoup plus parce qu’il fut dès le moment de sa conversion et pour le reste de ses jours touché par une grâce particulière qu’il exprime par ces mots : « Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui : ma vocation religieuse date de la même heure que ma foi : Dieu est si grand ! Il y a une telle différence entre Dieu et tout ce qui n’est pas Lui !… » (à Henry de Castries, 14 août 1901). Cette grâce qui lui a été faite alors, il veut continuellement s’y conformer et la recevoir à nouveau, et pour s’y ouvrir, il essaie de vivre le plus possible dans la « retraite », aux pieds de Jésus, à l’exemple de Marie-Madeleine, la contemplative de Béthanie et l’ermite de la Sainte Baume. 

       (Source : un article de Pierre Sourisseau, archiviste de la Cause de Charles de Foucauld dans le Bulletin trimestriel des Amitiés Charles de Foucauld, n° 149 - janvier 2003)
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29 février 2008 5 29 /02 /février /2008 23:04
 
 
Mon Père,
je m’abandonne à Vous ;
faites de moi ce qu’il Vous plaira ;
quoi que Vous fassiez de moi,
je Vous remercie ;
je suis prêt à tout, j’accepte tout.
Pourvu que Votre Volonté se fasse en moi,
et en toutes Vos créatures ;
je ne désire rien d’autre, mon Dieu ;
je remets mon âme entre Vos mains ;
je Vous la donne, mon Dieu,
avec tout l’amour de mon cœur,
parce que je Vous aime,
et que ce m’est un besoin d’amour
de me donner,
de me remettre entre Vos mains
sans mesure,
avec une infinie confiance,
car Vous êtes mon Père.
 
 
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27 février 2008 3 27 /02 /février /2008 20:57

                                                            Mystique du désert et mystique au désert 


      Il est fréquent que le thème du désert soit associé au nom de Charles de Foucauld : expositions, livres, colloques, revues. Pendant ce temps, des voyages au Maroc ou en Algérie sur les pas de Charles de Foucauld sont programmés par des agences, et leur publicité est à peu près toujours identique : « au désert avec Charles de Foucauld », « sur les traces de Charles de Foucauld dans le djebel Saghro, désert semblable au Hoggar algérien »… S’y ajoute souvent la citation empruntée à une lettre de frère Charles au Père Jérôme : « Il faut passer par le désert et y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu…».

     Ces insistances sont-elles justifiées ? Ce thème du désert est-il bien approprié quand il est trop accolé à l’histoire de Charles de Foucauld ? De quel désert d’ailleurs parle-t-on quand on se réfère à son itinéraire personnel ?
      Il faudrait des pages et des pages pour bien traiter le sujet, et de nombreuses citations, depuis celles du jeune Foucauld voyageant au Maroc jusqu’à celles du Foucauld décrivant le panorama de l’Assekrem, en passant par celles du Foucauld converti qui ne veut vivre que pour le Seul et celles du Foucauld fondateur qui veut rassembler des frères et des sœurs recueillis aux pieds de Jésus.
      Voici quelques éléments de réflexion empruntés autant que possible à la vision même qu’il avait du désert.
      
      Le Bienheureux Charles de Foucauld  a longuement vécu et beaucoup marché dans le désert, dans celui du Sahara précisément. Il en a découvert les beautés comme aussi les rigueurs. Il en a parlé au fond assez peu, l’esthétisme n’étant pas « sa tasse de thé ».
      Il préférait rencontrer les gens qui peuplaient ce désert et partager avec eux. C’est là qu’il prenait le thé peut-être !
      Plus que le goût et l’appel du désert, ce qui le détermine et qui est sa vocation profonde, c’est l’imitation de la vie de Jésus à Nazareth. Il y voit Jésus aimant le recueillement, le silence, « la retraite » pour un entretien permanent avec son Père, attendant pour passer à la vie d’ouvrier évangélique que les signes de la Volonté du Père lui soient donnés.

      Entre cette vie cachée de Nazareth et la vie publique de prédication, Charles de Foucauld appelle « désert » le temps des 40 jours où Jésus, pour se préparer à sa mission d’évangélisation par la parole, s’est retiré seul dans le jeûne et la prière dans un lieu désertique. C’est une des « vies », la troisième, menées par le « bien-aimé Frère et Seigneur Jésus ».
      Mais, dans son désir d’imitation, de même qu’il ne se sent ni attrait, ni capacités et qu’il n’entend aucun appel pour une mission de prédicateur, il ne se voit pas non plus appelé à passer son existence dans une imitation longue de la Sainte Quarantaine, « mon corps ne pouvant vivre sans manger », note-t-il dans sa retraite de diaconat.
      Il imitera donc Jésus dans sa vie à Nazareth, en criant l’Évangile par sa vie, comme l’a fait pendant trente ans « l’Ouvrier, fils de Marie ».
      
      (à suivre) 

(Source : un article de Pierre Sourisseau, archiviste de la Cause de Charles de Foucauld, dans le Bulletin Trimestriel des Amitiés Charles de Foucauld, n° 149 - janvier 2003)
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26 février 2008 2 26 /02 /février /2008 23:59
Grandir en grâce et en sagesse
 
Lc 2, 51-52. « Il croissait en sagesse, et en âge, et en grâce ». Á mesure qu’il avançait en âge, la sagesse et l’abondance des grâces divines qui étaient en lui se manifestaient de plus en plus, apparaissaient de plus en plus aux yeux, par ses actes extérieurs… Qu’il en soit de même en nous : à mesure que nous prenons de l’âge, que la grâce reçue au baptême, celle que versent en nous les sacrements, celle dont Dieu fait don avec une abondance croissante à l’âme fidèle, paraissent de plus en plus dans nos œuvres : que chaque jour de notre vie marque un progrès en sagesse et en grâce… Pleurons, humilions-nous s’il en est autrement, surtout si par malheur nous reculons ; mais ne nous décourageons pas ; que notre arrêt ou notre recul nous rende plus humbles, plus défiants de nous, plus vigilants, plus indulgents, plus pleins de bonté pour les autres, plus doux, plus humbles, plus respectueux, plus fraternels avec notre prochain, repentants, pénétrés de notre misère et de notre ingratitude, mais toujours infiniment confiants en Dieu, toujours sûrs de son amour, l’aimant d’un amour d’autant plus attendri et plus reconnaissant, qu’il nous aime malgré nos misères, lui disant après chaque chute, comme saint Pierre : « Seigneur, vous savez que je vous aime ».
 
 
Charles de Foucauld, « Voyageur dans la nuit, notes de spiritualité 1888-1916 », note quotidienne du 21 juin 1916, éditions Nouvelle Cité, page 209.
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24 février 2008 7 24 /02 /février /2008 13:43
L’orthographe de IESUS CARITAS

        On écrit
facilement « Jésus Caritas » comme on écrit Jésus en français. On prononce pourtant assez couramment le IESUS comme un mot latin. De quoi s’agit-il exactement ?

        1) Il faut dire d’abord que ces deux mots ont été choisis par Charles de Foucauld pour servir de devise, de sceau, d’emblème. Ceci est officialisé, pourrait-on dire, par ces dispositions des Constitutions des petits frères du Sacré Cœur de Jésus de 1899-1901 : « Les fraternités ont pour sceau un Cœur surmonté d'une Croix avec le mot IESUS au-dessus et le mot CARITAS au-dessous » (cf. Règlements et Directoire, Nouvelle Cité,  p.89-90. Voir aussi p. 269 et 286, avec en plus la précision : « le tout de couleur rouge sur fond blanc » Voir également le croquis 2, p. 314. Mêmes notations dans les Constitutions et le Règlement des petites sœurs du Sacré-Cœur de Jésus de 1902)
.
        L’emploi de cette devise, de ce sceau, de cet emblème, avec tout ce que cela comporte dans les usages sociaux et religieux, ou dans les codes héraldiques, s’il est permis d’employer cette référence pour celui qui voulait «la dernière place », a, dans la pensée de son auteur, une autre portée que les formules pieuses qu’il employait en en-tête de ses lettres quand il était à la Trappe où il utilisait généralement la devise cistercienne : J.M.J.B. (Jésus, Marie, Joseph, Bernard) ou quand il était à Nazareth, où il aimait faire suivre le nom de Jésus de la demande du Pater : Fiat Voluntas Tua.
        Á partir de sa décision de devenir prêtre-ermite (puis petit frère) du Sacré-Cœur de Jésus, il opte pour une devise qu’il conservera jusqu’à sa mort. On peut citer à ce propos ce passage de sa lettre à l’abbé Huvelin du 16 mai 1900 : « Le mieux pour moi est, il me semble, de recevoir les Saints Ordres à Jérusalem…[…] Le Patriarche lui-même me fera donner les dernières instructions, me gardera dans son Séminaire le temps qu’il jugera bon…Cela aura un autre avantage, très important : celui de me faire connaître de lui et de ses prêtres, d’établir entre nous la confiance et cette bénie charité dont je prends avec celui de Jésus le nom pour deviseLa charité…, c’est ce qui règne le moins dans le clergé et surtout entre les nombreux religieux de Terre Sainte, et toute ma vie sera employée à la resserrer avec tous et entre tous. » (Lettres à l’Abbé Huvelin, p.159).


        2) Il faut ensuite souligner que ces deux mots de la devise sont des mots latins : si on n’a pas de difficulté à le constater avec CARITAS qui n’est pas dans la langue française, il n’en est pas de même pour le nom de Jésus. Or, frère Charles de Jésus choisit pour sa devise d’écrire IESUS avec un « » majuscule, comme lettre initiale :c’était l’orthographe latine traditionnelle au lieu du « » qui donne « JESUS » en transcription française.
        L’usage du « I » latin s’est maintenu jusqu’à aujourd’hui, dans des formules où il ne viendrait l’idée à personne de le remplacer par un « J » pour « faire français » : I.N.R.I. : Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum ; I.H.S. : Iesus Hominum Salvator…
        Dans le texte latin de la Règle de St Augustin qui précède le texte des Constitutions des Petits Frères du Sacré-Cœur ainsi que dans la version latine de ces Constitutions, Charles de Foucauld lui-même écrit constamment « IESUS » « IESU » « IESUM » pour parler de Jésus. Et il précise même à l’Article VIII des Constitutions des Petits Frères : « Latinam linguam modo romano pronuntient ! » (Règlements et Directoire, p.64, et p. 80 en français : « Ils prononcent le latin à la manière romaine. »)
        Pour la même raison, le E de IESUS s’écrit sans accent, le latin n’ayant jamais d’accent et ne connaissant pas d’autre son pour le « E » que « é ».
 
        3) Allons plus loin. Charles de Foucauld veut que son latin soit celui de Rome. Il tient à cette conformité aux traditions de l’Eglise romaine, que ce soit dans le calendrier liturgique, dans la récitation du Bréviaire et des Psaumes, ou même dans l’orthographe employée. Quand sa cousine Marie de Bondy s’étonne de l’écriture de IESUS et surtout de CARITAS, il répond : « Vous (vous) demandez peut-être pourquoi cette orthographe IESUS CARITas, c’est l’orthographe romaine ; et je suis romain jusqu’au fond du cœur. »(LMB. p. 99)
 
        Dans cette manière d’orthographier IESUS et CARITAS, qu’est-ce qui pouvait surprendre Marie de Bondy ou qu’est-ce qu’il pouvait y avoir de « romain » dans l’orthographe de l’un et l’autre de ces deux mots ? On l’a vu pour IESUS. Pour CARITAS, c’est plus compliqué. En France, à cette époque- là, on employait plutôt l’orthographe « Charitas », comme en témoigne l’usage que l’on faisait de cette orthographe à Paray le Monial, où Charles de Foucauld puisait sa dévotion au Sacré-Coeur. C’est la même orthographe qu’il retrouvait d’ailleurs dans le texte de la Vulgate, dans la version qu’il utilisait. Lui-même a employé le terme « Charitas » à plusieurs reprises jusqu’en 1900, sans doute même jusqu’à son passage à Rome en septembre 1900, au retour de son séjour en Terre Sainte. Comme c’était l’orthographe « Caritas » qui prévalait alors à Rome, il se rallia à l’usage romain sans plus jamais en sortir.

        Ce IESUS CARITAS avec le Cœur et la Croix sont universellement connus et signifient, tel un logo, que nous sommes chez Charles de Foucauld, ou chez ses amis et disciples.
        Face au choix qu’a fait Charles de Foucauld de ce « sigle », un choix qu’il a mûri toute sa vie, il ne s’agit pas pour nous de faire de l’archéologisme, mais de nous souvenir du contenu et de la signification qu’il a voulu donner à ce Cœur surmonté de la Croix, à ce nom de Jésus, son bien-aimé Frère et Seigneur, à cette Caritas, qui est le nom propre de notre Dieu, « Deus Caritas est », Source de Charité, de tout Amour et de toute Fraternité, « sigle » qui est le sceau de l’Alliance qu’il nous invite à garder en mémorial.
        Une humble manière de respecter et d’honorer le choix qu’il a fait de cette forme latine pour signifier son attachement à l’Église « jusqu’au fond du cœur », c’est d’accepter jusqu’au dépaysement auquel il nous appelle en nous invitant à renoncer à imposer à « Iesus » une orthographe trop de chez nous, fusse par un simple accent aigu de trop ! Et nous n’écrirons plus Jésus Caritas !

Père André ROUSTAN, du diocèse de Viviers
    
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23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 07:27

                                                                                                                                                                  

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22 février 2008 5 22 /02 /février /2008 20:55
La construction du bordj de Tamanrasset 


undefined       Il semble intéressant de revenir sur la question du « Bordj », ce bordj qui joua un si grand rôle dans la vie de Charles de Foucauld et qui fait encore l’objet de trop de commentaires erronés. Cette question devrait être bien connue… et pourtant, n’entendons-nous pas fréquemment, dans les présentations faites aux visiteurs du bordj, qu’ « il (Charles de Foucauld) le fit construire avec le concours de la main d’œuvre militaire… » ? Ce qui est faux, mais justifie pour beaucoup que l’on parle de compromission de Charles de Foucauld avec la « Res militaris ». Or, les documents sont formellement clairs, il est bon de le rappeler une fois encore.

        1er point : en 1915, quand Charles de Foucauld envisage cette construction, il n’y a pas de militaires à Tamanrasset. Les militaires, à effectifs toujours réduits par suite de la nomadisation habituelle du Groupe du Hoggar dans l’Adrar des Ifoghas ou dans l’erg Admer, à 3 ou 400 kilomètres au Sud ou à l’Est, résident à Fort-Motylinski, à 70 kilomètres de Tamanrasset. Les menaces contre les populations sont permanentes et réelles, elles proviennent des rezzous venant des confins marocains, ou des rebelles libyens de la confrérie des Senoussi (rappelons que l’Adrar des Ifoghas, soumis en été aux bénéfices de la mousson, est une zone de pâturages très connue des tribus « touareg »).

        2ème point : c’est le 9 juin 1915 qu’on voit apparaître dans le carnet de Charles de Foucauld la mention laconique : « Commencé château (sic) ». Charles vit seul à Tamanrasset, avec Paul son employé haratin, et la population est en grande partie dans les pâturages ; ne restent à Tamanrasset que les vieillards, les femmes et les enfants. Le début de ces travaux doit correspondre à la confection des briques, travail de longue haleine puisqu’il s’agit de modeler ces briques dans un mélange d’argile et de paille, séché au soleil.

        3ème point : le 5 août, le lieutenant de la Roche, récent commandant du poste de Motylinski, passe à Tamanrasset en rejoignant le Groupe en Adrar, et note dans son journal de marche, page 176 : « Tamanghasset 8 h 30, R. P. de Foucauld ; le saint homme construit à ses frais une kasbah où les touareg pourront se réfugier en cas d’attaque. De qui ? Je l’ignore… toujours les mêmes histoires que j’écoute par respect, mais dont probablement je ne tiendrai pas compte. Pour le vénérable prêtre, le Hoggar se résume à une seule tribu, les Dag R’ali et encore, parmi eux, il n’y a qu’un homme digne d’intérêt, Ouksem » (NDLR : Ouksem, autochtone influent de Tamanrasset où d’ailleurs il se fait construire une maison, et que Charles de Foucauld, depuis 1913, voit presque chaque jour). Cette déclaration montre bien le désintérêt du lieutenant de la Roche pour la construction du bordj.

        4ème point : le 17 août, nouvelle mention laconique dans le diaire de Charles de Foucauld : « Commencé la construction en briques du château ». On n’a aucun détail sur le plan dudit château, ni son volume, ni son aspect extérieur ; bornons-nous à penser qu’il s’inspire des kasbah marocaines, bien connues de Charles. Aucune mention non plus sur la poursuite et l’achèvement des travaux ; mais notons qu’en mars-avril 1916, les événements inquiétants survenus à Djanet du fait des Senoussi ont dû faire accélérer les travaux et probablement déjà influencer Charles de Foucauld sur la destination du bordj (voir à ce sujet le Bulletin Trimestriel des Amitiés Charles de Foucauld n° 105 de janvier 1992, page 11).

        5ème point : ce n’est que le vendredi 23 juin 1916, c’est à dire un an après le début des travaux, que la construction du bordj va connaître son épilogue : « Changé de domicile. Je m’installe sur la rive droite », mention que va expliciter une longue lettre à Laperrine, dans laquelle Charles de Foucauld explique les raisons de ce déménagement et le véritable pourquoi de cette construction qui, dans son projet primitif, n’était qu’« un petit refuge, une minuscule kasbah où la population de Tamanrasset put s’abriter au cas où des coureurs marocains viendraient jusqu’ici.

        Cette lettre, très intéressante, est à connaître parfaitement par tout pèlerin arrivant à Tamanrasset, et débutant son voyage par la visite du bordj, et le lecteur curieux se doit de se reporter à son texte intégral (Bulletin Trimestriel des Amitiés Charles de Foucauld n° 105 de janvier 1992, pages 8 et 9). Elle authentifie toute la genèse de cette longue construction, qui ne doit rien à la main d’œuvre militaire, mais tout à la ténacité d’un homme seul, dont la mort, le 1er décembre 1916, infirmera le jugement du lieutenant de la Roche du 5 août 1915, cité plus haut.

        Et c’est pour cela qu’il est bon de s’en tenir à la précision des dates, des faits et de la chronologie des événements.
 
Michel de Suremain, Président des Amitiés Charles de Foucauld

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21 février 2008 4 21 /02 /février /2008 23:22
Des armes dans le magasin du bordj ?
 
     On dit que le P. de Foucauld en acceptant de recevoir des armes dans l’ermitage fortifié où il passé ses derniers mois a été en contradiction avec ce qu’il prescrivait en 1899-1901 dans son Règlement des petits frères du Sacré-Cœur de Jésus : « Il leur est à jamais interdit de se servir d’armes, d’en porter, d’en posséder : “Je vous ai envoyés comme des brebis parmi les loups” ; Jésus n’eut pas d’armes et mourut sans se défendre… » (Chapitre XXVIII. Charité, paix, humilité et courage avec tous les hommes).
     Il est vrai qu’à partir du mois d’août 1916 des fusils et/ou des carabines avec munitions correspondantes (« 14 carabines et 2 caisses de cartouches » lit-on dans une lettre de Foucauld à Laperrine du 30 septembre) avaient été mises en dépôt par l’autorité militaire du fort Motylinski dans ce qu’il est convenu d’appeler « le bordj ». Mais il faut bien enregistrer ce qu’était pour le Père de Foucauld ce domicile où il s’est installé le 23 juin précédent.

     Quand il décide cette construction, elle est dans sa pensée destinée à servir d’abri pour la population de Tamanrasset en cas de rezzou, c’est-à-dire pour protéger des pillards et des voleurs, personnes et biens, notamment les modestes récoltes locales. Un puits dans la cour permet d’y avoir l’eau à 10m de profondeur. C’est donc une bâtisse d’intérêt public, un abri communal, pourrait-on dire. Pour imaginer cette protection collective, il se rappelle avoir vu autrefois ce genre de maison commune dans le sud du Maroc, et il l’a vu aussi dans le Touat.undefined

     Ce sont ses voisins, ceux qui devaient bénéficier de ce refuge et de cet entrepôt de vivres, qui lui ont fait remarquer que, s’il fallait un jour s’y enfermer, il devait lui-même y venir, et d’autre part qu’il serait avantageux de trouver ce lieu non seulement habité mais muni de provisions, d’instruments, de remèdes, bref du nécessaire pour un hébergement plus ou moins long et important. Son plan primitif se modifia en ce sens : désormais il aurait donc là son habitation personnelle avec une chapelle et une pièce polyvalente lui servant de bibliothèque, de bureau et de chambre à coucher. Il y ferait à côté une chambre d’amis pour les hôtes de passage. Une troisième pièce serait destinée à la cuisine et surtout servirait de magasin.

     Il occupe cet ermitage fortifié à partir du 23 juin 1916. C’est dans le magasin qu’il a dû entreposer au fur et à mesure de leur arrivée les différentes « charges » qu’il mentionne dans son carnet : blé, dattes « pour les pauvres »… Et c’est là aussi qu’il réceptionne, en provenance du fort Motylinski, armes et munitions destinées aux quelques hommes de Tamanrasset capables de manier fusils ou carabines pour défendre ce « petit refuge » en cas d’attaque par une des bandes, parfois armées, de tendance senoussiste qui circulent jusque dans le Hoggar.

     En acceptant ce matériel dans le magasin du refuge, il ne faisait sans doute qu’aller dans le sens de l’idée suggérée par ses voisins. Quant à lui, il ne devait pas avoir lors des menaces d’août et septembre 1916 le sentiment de transgresser ce qu’il s’était donné comme règle quand il écrivait son Règlement en 1899-1901 en de toutes autres circonstances : le dépôt dans la partie magasin, et non dans ses appartements privés, manifeste en effet que cet armement ne comportait à ses yeux aucune appropriation personnelle.

     Certes on est là à quelques mètres près, et dans une seule et même enceinte. La distinction entre les locaux de cette « minuscule kasba » ou du « château », noms qu’il donne à son nouveau domicile, peut paraître subtile. C’est un détail, dira-t-on… Mais il peut modifier la façon de juger la conduite de Charles de Foucauld à ce moment-là. S’il est permis d’être surpris et même choqué en la comparant sans précaution à ce qu’écrivait le petit frère Charles de Jésus de 1901, on l’est moins quand on prend soin de faire cette comparaison en parlant de ces armes in situ.
 
                                Pierre Sourisseau, archiviste de la Cause de Charles de Foucauld

Sources : Lettres de Charles de Foucauld à Laperrine du 1er juillet et du 30 septembre 1916 (Lettres inédites au général Laperrine, La Colombe, 1954, p. 143-145 et p. 156) – Lettre du même à sa cousine Marie de Bondy du 15 septembre 1916 (Lettres à Madame de Bondy, Desclée de Brouwer, 1966, p. 248 ou Sur les traces du Père de Foucauld, La Colombe, 1953, p. 288) – Carnet de 1916 (Carnets de Tamanrasset 1905-1916, Nouvelle Cité, 1986, p. 393-398).
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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 23:14
Savoir se passer du superflu
 
« Prie, médite le saint Évangile, lis la vie des martyrs, communie surtout de plus en plus souvent, va le plus que tu peux (…) devant le Très Saint sacrement : ce sont là autant de sources où l’on puise abondamment la force divine, la force de Jésus même, cette force qui nous permet, comme le pain que Dieu fit manger à Élie, de marcher pendant 40 jours – pendant toute la vie – et d’arriver jusqu’à la montagne de Dieu, le ciel.
        « Et puis apprends à tes enfants à vivre de peu, à mépriser les futilités, tous ces riens que goûte le monde et que repousse Jésus disant : « Bienheureux les pauvres ! » et choisissant pour Lui-même l’extrême pauvreté d’un pauvre ouvrier ; aimer cette chère liberté, nous délivrant de tant de soucis superflus et puérils, et l’indépendance de celui qui n’a rien à perdre et par conséquent rien à craindre. Savoir se passer de tout le superflu, c’est la suprême richesse. Rends à tes enfants le grand service de les enrichir de cette richesse-là : nulle révolution ne pourra la leur ôter ! »
 
         Bienheureux Charles de Foucauld, le 14 février 1901, in « Lettres à sa sœur Marie de Blic », éditions Le Livre Ouvert, page 100.
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19 février 2008 2 19 /02 /février /2008 21:14
La communauté catholique du Hoggar
 
Après la fermeture de la fraternité de Tazrouk en 2005 et de celle des petites sœurs de Jésus à Tamanrasset en 2006, divers mouvements ont eu lieu en 2007 dans la petite communauté catholique du Hoggar.
Frère Alain Raillard est parti en octobre et a laissé à l’Assekrem frère Édouard et frère Ventura qui peuvent désormais communiquer par téléphone portable. Plusieurs des ermitages ont bénéficié d’aménagements appréciés grâce au travail de frères en séjour prolongé.
Fin décembre  2007 ce fut le tour de petite sœur Marie-Thérèse, qui était à Tamanrasset depuis 1962. Beaucoup de voisins sont tristes d’avoir vu s’en aller leur « grand-mère » ! Quant à Rania, que beaucoup ont connue et entendue à Rome lors de la béatification de Charles de Foucauld, et qui, depuis plus de cinq ans, assurait l’accueil dans le Bordj, elle a décidé d’arrêter ce service pour d’autres occupations. Elle souhaite, entre autres choses, reprendre des études.
Mais il y a surtout les nouveaux venus de 2006. Marthe Lefèvre, qui occupe la maison des petites sœurs de Jésus, est disponible pour les visites de la Frégate et du Bordj. Jean-Michel et Maelys Jamet, coopérants de la Délégation Catholique pour la Coopération, tiennent le gîte diocésain ouvert à des retraitants et assurent de l’aide scolaire. Aloïs, leur premier enfant né en juillet 2007, donne à la communauté une tonalité nouvelle.         
Daniel Archambaud, prêtre de la Fraternité Jésus-Caritas (Fidéi Donum de Vendée) est arrivé en octobre 2007 pour prendre la relève de frère Antoine Chatelard, qui espère revenir dans quelques mois après une opération chirurgicale de la colonne vertébrale ; il sera alors plus libre pour continuer son travail sur Charles de Foucauld. Il se joindra à frère Taher qui garde des liens avec les gens de Tazrouk et frère Jean-Marie qui continue son travail dans un jardin au centre ville.
Enfin, est arrivée en janvier 2008 sœur Christiane Amblard, sœur de l’Alliance, qui a vécu au Mali et vient rejoindre petite sœur Martine et petite sœur Marie-Jo dans la communauté des petites sœurs du Sacré-Cœur.
Ainsi sera reformée la communauté pour une nouvelle année pleine d’espérance, malgré l’ambiance sociale et le découragement qui caractérisent ce temps, malgré les passages de subsahariens refoulés à la frontière, et grâce aussi à l’afflux grandissant des touristes et pèlerins attirés par le désert et par le Bienheureux Charles de Foucauld.
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Published by Laurent Touchagues - dans Famille spirituelle
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