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Bienvenue dans ce lieu virtuel qui porte le nom de l'ermitage de Charles de Foucauld à Tamarasset !

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15 novembre 2006 3 15 /11 /novembre /2006 23:43

Suite aux articles de ces derniers jours, un lecteur demande aujourd'hui à propos de Madeleine Delbrêl : qui est cette femme ? Voici une brève biographie de cette âme chrétienne du XXè siècle dont la Cause de canonisation a été ouverte et qui a contribué à sa manière au rayonnement de Charles de Foucauld :

       Madeleine Delbrêl est née le 24 octobre 1904 à Mussidan, en Dordogne, fille unique d'un père cheminot. Elle fait à 12 ans sa première communion, fervente mais sans lendemain. Car si elle rencontre dans son enfance des prêtres qui savent éveiller en elle une foi simple et profonde, elle est aussi soumise à d'autres influences, en particulier un ami de la famille, le docteur Armaingaud, « disciple de Littré, athée convaincu ».

Après une enfance itinérante due aux affectations professionnelles de son père, à 16 ans, elle arrive à Paris où elle fréquente les milieux intellectuels et athées. En 1923, alors qu'on la considère comme fiancée au jeune bordelais Jean Maydieu, celui-ci s'éloigne brusquement d'elle pour rentrer chez les Dominicains. Cette séparation marque profondément Madeleine qui tombe malade et ne se mariera jamais après. C'est aussi à cette période que son père Jules Delbrêl perd progressivement la vue, puis se mure dans une solitude farouche.

Peu après elle rencontre une bande de jeunes pleins d'entrain, des étudiants chrétiens, qui « parlaient de tout mais aussi de Dieu qui paraissait leur être indispensable comme l'air ». Elle en vient alors à s'interroger sur Dieu. Elle se convertit le 29 mars 1924, cherche sa voie et rencontre un peu plus tard un prêtre de sa paroisse Saint-Dominique d'Évry, l'abbé Lorenzo, qui devient son guide spirituel et l'amène à s'engager dans le scoutisme.

En 1926, elle reçoit le Prix Sully Prud’homme pour son recueil de poèmes « La Route ».

En 1930, dans la ligne de son engagement, elle songe à un projet de vie commune tournée vers les plus pauvres. Elle rassemble alors un groupe d'une douzaine de jeunes femmes pour réfléchir ensemble sur l'Écriture Sainte. Plusieurs se sentent appelées à mener une vie contemplative hors d'un couvent. Madeleine s'installe en 1933 avec deux amies, Hélène et Suzanne, dans la ville ouvrière d'Ivry-sur-Seine. Parallèlement, elle commence des études d'assistance sociale et s'engage dans un groupe religieux nouveau, la « Charité de Jésus », tourné vers la vie évangélique et le service des paroisses.

Elle obtient son diplôme en 1936 et travaille un temps comme assistante sociale paroissiale à Saint-Jean-Baptiste d'Ivry. En 1939, elle est embauchée comme assistante sociale à la mairie d'Ivry. C'est une ville « rouge » dirigée par un maire communiste et athée, Georges Marrane, qui sera pour elle à la fois un adversaire et un ami. Elle fera ici toute sa carrière au service des plus pauvres.

Malgré de nombreux petits accidents de santé, elle continuera jusqu'à sa mort, survenue subitement le 13 octobre 1964, à partager son temps entre correspondance, conférences, vie militante à Ivry, participation aux grandes causes, animation de son équipe de vie.

     Avec cette équipe, elle a lu et relu les écrits de Charles de Foucauld alors publiés, et elle a rédigé en novembre 1946 un article, « Pourquoi nous aimons le Père de Foucauld », pour la Vie spirituelle, la revue des PP. Dominicains. Après sa mort on a réédité ce texte dans La Joie de croire (Le Seuil, 1968, p. 33-39), livre qui regroupe des méditations écrites par Madeleine Delbrêl de 1935 à 1964.

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14 novembre 2006 2 14 /11 /novembre /2006 23:15

Quatrième partie du témoignage de Madeleine Delbrêl :

                                        Crier l’Évangile par la vie

« Demande-toi en toute chose : “Qu’aurait fait Notre-Seigneur ?” et fais-le. C’est ta seule règle, mais c’est ta règle absolue. »

Charles de Foucauld est vraiment, en plein XXème siècle, un contemporain réel de Jésus de Nazareth. Il le suit dans une imitation rustique et minutieuse. Il le contemple en s’installant délibérément au milieu des apôtres « entre la sainte Vierge et sainte Madeleine ». Il veut devenir un des familiers du Maître, il se mêle à leur vie, il écoute, de toutes ses oreilles, les enseignements du Seigneur, passant au crible toutes ses paroles pour obéir jusqu’au dernier point. C’est cette imitation jamais satisfaite qui le conduira jusqu’au sacerdoce.

À le regarder, lui, Charles de Foucauld, on apprend cette obéissance d’enfant au message évangélique, cette obéissance confiante qui ne demande pas d’explications, qui obéit, non à cause de ce qui est ordonné, mais à cause de celui qui ordonne.

L’Évangile est pour lui le tout de son apostolat visible. Il donne à ses frères une édition en images de cet Évangile, pensant que ces images de vie sont le meilleur acheminement de la grâce. A le voir incarner en lui chaque ligne de la « bonne nouvelle » nous avons compris que ce dont les hommes ont besoin c’est de lire et de regarder à la fois. Les Apôtres prêchaient et vivaient leur message, et tout leur message : la béatitude de la pauvreté comme le reste. N’est-ce pas de la dissociation de la prédication et de la vie, de la parole et de l’exemple que vient notre manque de contagion ?

De cette vie évangélique s’est dégagée pour nous aussi toute la force de la simplicité. Elle nous a montré comme possible un état d’esprit humain et chrétien où l’on se trouve, comme de plain-pied, avec tout être qu’on rencontre. Le père de Foucauld a ressuscité pour nous la figure fraternelle à tous de Jésus en Palestine, accueillant dans son cœur, au gré des routes, les ouvriers et les savants, les Juifs et les étrangers, les malades et les enfants, si simple qu’il était lisible à tous.

Il nous enseigne que, à côté d’apostolats nécessaires où l’apôtre doit se revêtir du milieu qu’il doit évangéliser et presque l’épouser, il y a un autre apostolat qui demande une simplification de tout l’être, un rejet de tout l’acquis antérieur, de tout notre moi social, une pauvreté un peu vertigineuse. Cette sorte de pauvreté évangélique ou apostolique rend totalement agile pour rejoindre sur n’importe quel terrain n’importe lequel de nos frères sans qu’aucun bagage inné ou acquis nous empêche de courir vers lui. A côté de l’apostolat spécialisé, il pose la question du tout à tous.

Lui qui, au cœur du désert, enfoui dans les populations musulmanes, fut l’ami de tout passant, soldat, savant, médecin, lui qui sut se mêler dans une proximité si profonde aux « tournées » d’un Laperrine, il nous hisse au-dessus des compartiments sociaux, au-dessus des groupes humains pour que, lisibles à tous, nous devenions comme un message universel.  

(à suivre)

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13 novembre 2006 1 13 /11 /novembre /2006 23:39

Troisième partie du témoignage de Madeleine Delbrêl :

Le cœur planté d’une croix  

 

       Le cœur planté de la croix nous a appris que cette charité totale n’est possible qu’au prix de tout ce qui paraît négatif et qui est pour ainsi dire son envers : pauvreté, obéissance, pureté, humilité…, tout ce négatif qui « rend libre pour l’amour ». Au prix aussi de ce que l’on pourrait appeler du négatif et qui est du positif et du meilleur, la croix, volontaire participation à la passion du Seigneur, qu’elle soit douleur du corps ou d’âme, qu’elle soit souffrance ou humiliation, ou selon le mot de Charles de Foucauld, abjection voulue. Dans ce domaine, le cœur planté de la croix nous apprend aussi que toutes les raisons de la raison valent peu devant les raisons du cœur.

Cette croix, elle est vraiment l’axe de son cœur, le pivot solide autour duquel son amour universel va s’ordonner. Le message que nous avons reçu de lui, c’est la nécessité de cet axe. Sans lui, notre charité restera indéfiniment anémique, inachevée, mutilée. La charité qui ne porte pas la croix en elle, bute sans cesse sur d’autres croix, elle trébuche, elle rampe. La charité qui est branchée sur la croix a comme d’avance enjambé l’obstacle.

« Iesus-Caritas » est-il écrit au-dessus et au-dessous de ce cœur et de cette croix. C’est que l’amour sans souffrance reste notre amour à nous ; l’amour sauveur, l’amour de Jésus est un amour qui souffre et c’est par la souffrance que, à travers le bien sensible, il accomplit la rédemption. Le cœur planté d’une croix est un cœur qui va plus loin que la souffrance qui vient seule, plus loin que la souffrance liée à tout ce qui est pauvreté, humilité, obéissance ; il va jusqu’à la souffrance voulue.

« Quand on peut souffrir et aimer, on peut beaucoup, on peut le plus qu’on puisse en ce monde. » Ces mots sont du Père de Foucauld, il les a écrits le 1er décembre 1916, le jour de sa mort. Ils sont une réponse à ce qui, dans notre temps, parle encore du scandale de la croix et rougit d’un christianisme où il faut souffrir et être compté pour peu de chose.

(à suivre)

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12 novembre 2006 7 12 /11 /novembre /2006 23:37

Suite du témoignage de Madeleine Delbrêl :

Le frère universel

Le père de Foucauld nous apparaît comme enraciné au carrefour de la charité. Il ne refuse aucune des démarches de l’amour. Il soude dans sa vie ces deux extrêmes de l’amour : le proche prochain et le monde entier.

 « Être un tendre frère » dit-il souvent ; et ce mot tendre revient sans cesse tout chargé d’humaine sollicitude ; être un « sauveur » dit-il aussi, et ce mot pèse de tout un poids de rédemption.

Il s’installe délibérément en vie de famille, véritablement vécue, avec tout être humain qu’il rencontre. Et cette vie de famille sera le signe nécessaire d’une autre vie de famille, sans cesse approfondie et de jour et de nuit avec tous les hommes de la terre.

Vivre cette double vie de famille, ce sera n’avoir pour clôture que des pierres posées sur le sable ; ce sera écouter beaucoup et ce sera parler un peu ; ce sera donner sa ration de nourriture ou une leçon de tricot ; emmener un chef touareg en France et s’enfoncer jusqu’à Tamanrasset ; faire collection de poésies locales et soigner ; vivre seul au milieu des musulmans et mourir tué par eux. Ce sera donner à chacun ce dont il a besoin parce que Jésus est essentiellement celui qui donne et que Charles de Jésus agit avec lui et comme lui. Ce sera ne pas avoir de programme comportant ce que l’on peut et ce que l’on ne peut pas faire ; ce sera être pour chacun ce que serait son « tendre frère ». Ce sera voir dans les pécheurs des « frères insensés » et leur garder la meilleure chaleur de notre cœur. Et tout en se livrant avec une générosité sans reprise à ces hommes qui l’entourent, ne pas se laisser annexer par eux. Savoir qu’à travers eux, la charité fuse et explose dans le monde, prépare la grâce.

« Seigneur, faites que tous les humains aillent au ciel » projette-t-il d’apprendre comme première prière aux catéchumènes qu’il n’aura jamais. Toutes les prières, toutes les pénitences de règle des Petits Frères du Sacré-Cœur sont prévues aux intentions du Souverain Pontife, c’est-à-dire à la taille même du monde.

Du père de Foucauld nous avons appris que, si pour se donner au monde entier il faut accepter de rompre toute amarre pour se laisser « mettre au large », il n’est pas nécessaire que ce large soit contenu entre les murs d’un monastère. Il peut tenir dans une clôture de pierres sèches posées à même le sable ; il peut tenir dans une caravane africaine ; il peut tenir dans une de nos maisons, dans un de nos ateliers, dans un escalier qu’on monte, dans un autobus qu’on prend ; le large, on le trouve en acceptant l’étroite, l’incessante clôture de l’amour du proche prochain. Donner à chacun de ceux que l’on approche le tout d’une charité parfaite, se laisser enchaîner par cette incessante et dévorante dépendance, vivre comme naturellement le Sermon sur la montagne, c’est la porte du large, porte étroite qui débouche sur l’universelle charité.

Il nous appris à être parfaitement contents d’être posés à un carrefour de vie, prêts à aimer qui passe et à travers lui tout ce qui, dans le monde, est souffrant, perdu ou enténébré.

 

Il nous a expliqué que dans sa magnifique gratuité réside la souveraine efficience et que consentir à ne rien voir de ce que l’on fait, mais à aimer quand même et toujours, c’est le meilleur chemin pour sauver à coup sûr quelqu’un, quelque part sur la terre.

(à suivre)

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11 novembre 2006 6 11 /11 /novembre /2006 20:08

        Article de Madeleine Delbrel (1904-1964), dont la cause de béatification est en cours, pour la revue des PP. Dominicains Vie spirituelle de novembre 1946

Pourquoi nous aimons le Père de Foucauld

 

L’influence considérable que « l’homme du désert » a eue sur notre temps a entraîné bon nombre de vocations contemporaines. La large synthèse que représente sa vie explique pourquoi des voies si dissemblables peuvent se réclamer de lui. Il est, à lui seul, la réunion de tant de contrastes !

Besoin incoercible de prière devant Dieu ; don sans mesure à tout être qui le sollicite.

Imitation candide de la vie du Christ en Palestine, de ses gestes, de ses actes ; connaissance de son entourage et adaptation.

Amour passionné du proche prochain ; amour fidèle de chaque instant pour l’humanité tout entière.

Reconstitution si tendre de la maison de Nazareth autour d’une hostie exposée ; « randonnées d’apprivoisement » à travers les pistes sahariennes.

Obstination héroïque dans une vocation rudement dessinée ; compréhension et préparation de la vocation d’autrui.

Dévotion au travail manuel ; persévérance inlassable dans un labeur d’érudition.

Désir incessant d’une famille spirituelle ; vocation divine à une solitude dont sa mort sera l’achèvement.

Comment s’étonner que dans ce carrefour de grâces que fut cette vie, tant de ceux qui se donnent actuellement à Dieu, quel que soit le mode de ce don, reconnaissent leur appel et trouvent un modèle !

Aussi, laissant à d’autres la possibilité de dire ce qui dans le Père de Foucauld les a éclairés, guidés ou confirmés sur leur route, nous voulons très simplement souligner ici les aspects de sa vie qui nous ont aidés à trouver la nôtre. 

 

En pure perte de soi-même

 

« S’exhaler devant Dieu en pure perte de soi-même », dit Charles de Foucauld en citant Bossuet. De toute sa vie se dégage un extraordinaire caractère de gratuité. Dieu, s’il est son Dieu, demeure toujours Dieu et c’est parce qu’il est Dieu, que, d’abord, Charles de Foucauld l’aime.

Charles de Foucauld est pour nous le type de ces vocations théocentriques, qui captent l’âme directement pour Dieu dans le Christ. Ces hommes-là n’ont pas de choix à faire. Dieu touche tout l’horizon. Du fait même qu’il existe, il est éminemment préféré.

« Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui : ma vocation religieuse date de la même heure que ma foi : Dieu est si grand, il y a une telle différence entre Dieu et tout ce qui n’est pas Lui ! » (Lettres à Henry de Castries, p. 97)

Pour ces hommes, l’amour de Jésus-Christ conduit à l’amour de tous nos frères comme pour d’autres la vocation à l’apostolat sera le chemin d’un don total au Christ.

Cette gratuité vis-à-vis de Dieu se retrouve en effet vis-à-vis du prochain. Charles de Foucauld lui donne sa vie de chaque jour, et l’on sait avec quelle largeur de don et de disponibilité, prêt à mourir pour lui – et il est mort pour lui – il n’attend pas les résultats, ne se trouble pas de son parfait échec, garde sa paix quand, ayant passé presque toute sa vie au désert, son seul bilan est la conversion, peu assurée, d’un Africain et celle d’une vieille femme. Il aime pour aimer, parce que Dieu est amour et que Dieu est en lui et qu’en aimant « jusqu’au bout » tous les siens, il imite, autant que faire se peut, son Seigneur.

Parce que homme d’adoration, le Père de Foucauld a été homme de solitude et de désert. Partout où va un homme, fût-ce au désert, l’homme doit faire son désert.

Le Père de Foucauld nous a vraiment éclairé d’une clarté nouvelle le premier commandement de Dieu à l’humanité : « Un seul Dieu tu adoreras ».

On a souvent comparé la prière à une respiration. À travers les écrits du Père, l’adoration se précise comme le « poids » de l’âme, comme ce qui la met en face de son Dieu dans son attitude humaine. Cette attitude de créature vis-à-vis de son créateur, nous pensons que c’est celle qu’il convient que nous prenions, et de façon urgente, dans notre monde inverti vers l’homme, détourné de sa fin. Il est indispensable que beaucoup d’entre nous s’y dévouent, c’est comme un besoin du corps mystique.

En ce moment où le Saint-Esprit pousse tant de vocations vers la poursuite des hommes perdus, où tant de chrétiens, pressés par la charité du Christ, regardent éperdument vers ceux qui sont égarés, pour se faire tout à tous – hormis le péché – pour aller les rejoindre aux limites extrêmes de leur éloignement, il en faut d’autres tournés vers Dieu ; à l’intérieur même de la pâte humaine, il faut des hommes d’adoration, si persuadés de la nécessité de leur tâche que, même privés de toute action sur leurs semblables, ils sauraient qu’ils répondent à l’essentiel de leur vocation en répétant à Dieu dans nos déserts contemporains, dans nos métros et sur nos routes, dans nos maisons et dans nos fermes : « Vous êtes celui qui est : nous sommes ceux qui ne sont pas. »

Notre temps a besoin de ces sacrifices accomplis parmi les hommes qui les ignorent ; il a besoin de voix qui « crient dans nos déserts » la phrase dont les écrits du Père de Foucauld sont pleins et sur laquelle sa vie était axée : « nous vous rendons grâce à cause de votre grande gloire », « en pure perte de nous-mêmes ».

 

(à suivre)

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10 novembre 2006 5 10 /11 /novembre /2006 23:37

  Voici ce qu’écrivait sur Nazareth et Charles de Foucauld le Cardinal-Archevêque de Munich, Joseph RATZINGER en 1976 dans « Le Dieu de Jésus-Christ », ouvrage dédié « Á mes compagnons, à l’occasion du 25ème anniversaire de notre ordination sacerdotale, 1951-1976 » :

 

L’Église ne peut ni croître ni prospérer si on lui laisse ignorer que ses racines se trouvent cachées dans l’atmosphère de Nazareth.

Au moment où le sentimentalisme autour de Nazareth était florissant, le vrai mystère de Nazareth a été découvert, de façon nouvelle, dans son contenu le plus profond, sans que les contemporains s’en aperçoivent.

Ce fut Charles de Foucauld, qui, à la recherche de la « dernière place », trouva Nazareth. Pendant son pèlerinage en Terre Sainte, c’est le lieu qui l’a le plus marqué : il ne se sentait pas appelé « à marcher à la suite de Jésus dans sa vie publique. C’est Nazareth qui le saisit au plus profond du cœur ». Il voulait suivre le Jésus silencieux, pauvre et travailleur. Il voulait accomplir à la lettre la parole de Jésus : « Lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place » (Lc 14, 10). Il savait que Jésus lui-même avait donné l’explication de cette parole en la vivant le premier ; il savait que, avant même de mourir sur la croix, nu et sans le moindre bien, Jésus avait choisi à Nazareth la dernière placeCharles de Foucauld a trouvé son Nazareth tout d’abord dans la trappe Notre-Dame-des-Neiges (1890), puis, seulement six mois plus tard, en Syrie dans une trappe encore plus pauvre, Notre-Dame-du-Sacré-Cœur. C’est de là-bas qu’il écrit à sa sœur : « Nous faisons un travail de paysans, travail infiniment salutaire pour l’âme, pendant lequel on peut prier et méditer... On comprend si bien ce qu’est un morceau de pain quand on sait par expérience quelle peine on a à le fabriquer... »

Charles de Foucauld, en marchant sur les traces des « mystères de la vie de Jésus », a trouvé le travailleur Jésus. Il a rencontré le véritable « Jésus historique ». En 1892, au moment où Charles de Foucauld travaillait à Notre-Dame-du-Sacré-Coeur, parut en Europe le livre de Martin Kähler qui fit date, Der sogenannte historische Jesus und der geschichtliche, biblische Christus ( N.d.T.: Le Jésus dit de l’histoire et le Christ historico-biblique ) Ce fut un premier sommet dans le débat sur le Jésus de l’Histoire. Frère Charles, dans sa trappe de Syrie, n’en savait rien. Mais en entrant dans l’expérience de Nazareth, il en apprit davantage que ce que cette savante discussion peut mettre en lumière.

Là-bas, dans la méditation vivante sur Jésus, une nouvelle voie s’ouvrit par là même pour l’Église. Car travailler avec le travailleur Jésus et se plonger dans “ Nazareth ”, cela servit de point de départ à l’idée comme à la réalité du prêtre au travail. Ce fut pour l’Église une redécouverte de la pauvreté.Nazareth a un message permanent pour l’Église. La Nouvelle Alliance ne commence pas au Temple, ni sur la Montagne Sainte, mais dans la petite demeure de la Vierge, dans la maison du travailleur, dans un des lieux oubliés de la « Galilée des païens », dont personne n’attendait rien de bon. Ce n’est qu’à partir de là que l’Église pourra prendre un nouveau départ et guérir. Elle ne pourra jamais fournir la vraie réponse à la révolte de notre siècle contre la puissance de la richesse, si, en son sein même, Nazareth n’est pas une réalité vécue.

 

Joseph RATZINGER, Le Dieu de Jésus-Christ

(Traduit de l’allemand par Yves et Marie-Noëlle de Torcy)

Communio-Fayard, 1977 ; extraits : p. 77-80.

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9 novembre 2006 4 09 /11 /novembre /2006 21:03

Note 8 sur son témoignage :

« Pour les enfants de l'Église, c'est, même dans des défaites apparentes, le Te Deum perpétuel, parce que Dieu est avec nous » (13 juillet 1903)

Une foi totale en Celui qu'il nomme le Maître de l'impossible permet à Charles de Foucauld de regarder toutes les situations, même catastrophiques, dans la confiance. Cette vision d'espérance est particulièrement remarquable quand il parle du témoignage à rendre à l'Évangile et de l'ampleur de la Mission. Dépassant la devise de ses jeunes années "Jamais arrière" qui peut devenir utopique, il comprend devant les épreuves de l'Église, devant l'immensité de la moisson et le manque d'ouvriers, que si la conquête apostolique est irréalisable à vues humaines, il ne faut prendre appui que sur les promesses faites par Jésus à ses Apôtres. Se souvenant de la réalisation historique du plan de Dieu, il admire comment ce plan s'est réalisé à travers des impasses : « Le manque de foi n'est pas aussi universel qu'il semble être. Elie aussi se croyait seul, et Dieu s'était réservé d'autres âmes qu'il ignorait et qui n'avaient pas fléchi le genou devant Baal » écrit-il à son ami de Castries le 14 août 1901. Souvent aussi une citation du prophète Daniel (9, 25) revient dans son analyse des événements : « c'est "in angustia temporum" qu'a été reconstruite Jérusalem ». « L'angoisse des temps » à laquelle il fait allusion pendant sa présence au Sahara et qu'il expérimente concrètement dans ses projets et ses relations, correspond aux temps difficiles vécus alors en France par les congrégations religieuses et par les diocèses. Pour Charles de Foucauld aussi, les temps sont rudes.

                                                      Bannière du Bienheureux Charles de Foucauld

                                                                       sur la façade de Saint-Pierre - 13 novembre 2005

 

Ils le seront toujours pour l'avenir de la foi, pour l'avenir de l'Église. Un siècle après lui, on ne peut que revenir aux sources où il alimentait sa confiance et qu'il exprime dans ce passage d'une lettre à de Castries où il lui décrit les confins algéro-marocains : « Puisse JÉSUS régner en ces lieux où son règne passé est si incertain ! Sur la possibilité de Son règne à venir ma foi est invincible : Il a répandu Son Sang pour tous les hommes, Sa grâce est assez puissante pour éclairer tous les hommes, "Ce qui est impossible aux humains est possible à Dieu" ; Il a commandé à ses disciples d'aller à tous les hommes : "Allez par toute la terre prêcher l'Évangile à toute créature" ; et saint Paul a ajouté "la charité espère tout"... J'espère donc de tout mon coeur pour ces musulmans, pour ces arabes, pour ces infidèles de toutes races... » (16 juin 1902). Á un monde qui hésite, à une Église qui peine et qui souffre, à des chrétiens qui seraient tentés de perdre confiance, le message de Charles de Foucauld pourrait bien être aussi celui de ne pas avoir peur ! 

  

Le Postulateur

Les responsables des groupes de la Famille Spirituelle Charles de Foucauld

Les Amitiés Charles de Foucauld

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8 novembre 2006 3 08 /11 /novembre /2006 23:49

                                    « Donnez-nous aujourd’hui

                              notre pain supersubstantiel… » (Mt 6, 11)

   Nous demandons pour aujourd’hui, et en même temps pour toute cette vie présente qui ne dure qu’un jour le pain qui est au dessus de toute autre substance, c’est à dire le pain surnaturel, le seul qui nous soit nécessaire, le seul dont nous ayons absolument besoin pour atteindre notre fin : ce seul pain nécessaire, c’est la grâce… toutefois il est un autre pain, également surnaturel, qui sans être absolument indispensable comme la grâce est indispensable pour beaucoup et est le bien des biens ; cet autre pain, dont le seul mot de pain nous donne la pensée, et qui est un bien si doux, un bien suprême, Dieu même, c’est la très saint Eucharistie : en demandant le pain surnaturel qui nous est le plus nécessaire, nous la demandons certainement… Nous demandons donc deux choses en demandant notre pain supersubstantiel : d’abord la grâce, ensuite la sainte Eucharistie… Mais par dessus tout, il faut remarquer qu’en demandant ce double pain de la grâce et de l’Eucharistie, je ne le demande pas pour moi seul, mais pour nous, c’est-à-dire pour tous les hommes… je ne fais aucune demande pour moi seul : tout ce que je demande dans le Pater, je le demande ou pour Dieu ou pour tous les hommes : m’oublier, ne penser qu’à Dieu et au prochain, et à moi seulement en vue de Dieu et dans la même mesure que les autres, comme il convient à celui qui aime Dieu par dessus tout et le prochain comme soi-même, voici ce que Notre-Seigneur me fait pratiquer à chaque demande du Pater…

(Ch. De Foucauld, L'esprit de Jésus, méditations 1898-1915, nouvelle cité, 1978, p. 31-32)

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6 novembre 2006 1 06 /11 /novembre /2006 21:17

Note n° 7 sur son témoignage :

" C’est le travail préparatoire à l’évangélisation, la mise en confiance, en amitié, apprivoisement, fraternisation…" (17 juin 1904)

 

Charles de Foucauld a choisi une terre difficile pour être missionnaire, à contre-courant d’une recherche de réussite, d’efficacité, de fécondité. Cette fécondité, il le sait, elle est dans la Croix de Jésus, dans la faiblesse des moyens humains. Il vivra la mission comme une passion, dans les deux sens de ce mot : il accepte de donner sa vie jusqu’à mourir comme le grain mis en terre, et il aime passionnément Jésus, dont il voudrait « crier l’Évangile sur les toits », et les hommes ses frères, dont il veut être sauveur avec Jésus.

Le mystère de l’Évangile auquel il se ressource souvent est celui de la Visitation. Il aime contempler cette scène : Marie, dès qu’elle a reçu Jésus en elle, va le porter chez sa cousine Élisabeth, et Jésus, encore dans le sein de sa mère, sanctifie Jean-Baptiste avant sa naissance. Charles aussi veut se rendre « en hâte » vers ceux à qui il veut faire connaître l’Amour, « comme Jésus est allé à eux en s’incarnant ». Il croit au rayonnement caché de l’Eucharistie où Jésus se donne pour la vie du monde ; il devient lui-même, par son engagement, comme une présence vivante de ce pain partagé pour nourrir les pauvres et les petits. Il imagine même un réseau fraternel de tous les baptisés : des prêtres, des religieux, des religieuses, des laïcs, qui seraient volontaires pour une vie simple selon l’Évangile, et pour une prise en charge responsable des « plus délaissés ». Il souhaite à chacune et à chacun de ces volontaires de l’Amour d’avoir un cœur de « frère universel » comme Jésus, dans l’enracinement et l’engagement concret de leur « Nazareth ».

Toutes ces priorités qu’il met en œuvre spontanément sur le terrain de sa mission saharienne peuvent fournir un nouvel élan à la vocation missionnaire aujourd’hui. Nous ne sommes plus dans le contexte historique dans lequel Charles de Foucauld voulait vivre en « frère universel », mais on peut s’inspirer de ses intuitions aujourd’hui encore,…y compris dans ces pays d’ancienne chrétienté qui sont tout autant « pays de mission ».

(à suivre)

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:06

Comme cela était annoncée ici le 14 octobre, voici le programme détaillé de la journée d'étude et d'exposition du 24 novembre 2006 :

Charles de Foucauld et l’Anjou

Lieu            Université catholique de l’Ouest

                     Amphithéatre René-Bazin

                     3, place André-Leroy

                     49008 Angers Cedex 01

 Programme :

9 h 30           Accueil.

10 h              Présentation de la Journée et introduction du thème.

10 h 15         Officiers et cavaliers : l’École de cavalerie de Saumur à l’époque de Charles de Foucauld, par Aurélien Conraux, Archiviste paléographe.

11 h              Henry de Castries (1850-1927), islamologue et géographe, correspondant de Charles de Foucauld, conseiller général du département de Maine et Loire, par Josette Fournier, Professeur des universités HC, historienne des sciences.

11 h 45         Présentation de l’exposition par les Archives départementales de Maine-et-Loire et Jean Lambert, Colonel CR, membre de l’Académie d’Angers.

Déjeuner libre.

14 h 30         La postérité sacerdotale de Charles de Foucauld : le rôle de Guy Riobé dans ses choix initiaux, par Michel Becquart, prêtre.

15 h              Le père Ludovic Girault (1853-1941) : Itinéraire d’un Père Blanc, condisciple et ami de René Bazin, Membre du Conseil général des Pères Blancs à Alger au temps de Charles de Foucauld, par Jean-Claude Ceillier, Missionnaire d’Afrique.

15 h 45         La réception dans la presse de la biographie de Charles de Foucauld par René Bazin, par Paul Fournier, Membre de l’Association française d’histoire religieuse contemporaine

16 h 30            Projection sur les lieux de vie de Charles de Foucauld.

Organisation et contacts

Université catholique de l’Ouest

avec le concours des Archives départementales de Maine-et-Loire

Patrick Barbier :

Tél. (33) (0)2 41 81 65 09 ; Fax (33) (0)2 41 81 67 58 patrick.barbier@uco.fr

           

            Josette Fournier :

            Tel/fax (33) (0)2 41 48 34 17 Josette.FOURNIER3@wanadoo.fr

Accès : à 8 minutes à pied de la gare d’Angers

Participation : sans inscription préalable ; vous pourrez contribuer librement aux frais d’organisation sur place.

Actes : il est prévu d’éditer des Actes, l’éditeur et les modalités de réservation seront indiqués au cours de la Journée.

 

 

 

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Published by Laurent Touchagues - dans Evénements
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