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Bienvenue dans ce lieu virtuel qui porte le nom de l'ermitage de Charles de Foucauld à Tamarasset !

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 23:32

                                                        La perte de la foi

 

Les textes dont nous disposons permettent d’affirmer que, pour Charles de Foucauld, la rupture avec la foi est un processus progressif. Il est « tourmenté » par de nombreuses « objections » (Lettre citée par Bazin, page 22) et se pose « fiévreusement » toutes sortes de questions. Ce n’est pas rapidement ni d’un seul coup qu’il rejette la foi, et il ne sera jamais athée ; ce qui va dominer en lui, en quelques mois, c’est le doute : « Les philosophes sont tous en désaccord : je demeurai douze ans sans rien nier et sans rien croire, désespérant de la vérité et ne croyant même pas en Dieu, aucune preuve ne me paraissant assez évidente » (« Lettres à Henry de Castries », 14 août 1901, page 95).

Sans doute, et par miséricorde divine, durant ces douze à treize années d’incrédulité, garde-t-il « le respect de la religion catholique et des religieux » (« La dernière place », page 101) ; sans doute, et il y voit une grâce de Dieu, demeure-t-il – du moins au début – lucide, même au milieu de ses désordres : « Je faisais le mal, mais je ne l’approuvais ni ne l’aimais » (ibid.) ; mais il y est habité, avant tout, par le doute extrême sur la capacité de sa raison à atteindre la vérité.

L’expression foucauldienne « désespérer de la vérité » indique précisément une attitude d’incapacité angoissante. Charles de Foucauld se dit incapable de trouver et d’atteindre la vérité, mais au fond, il désire la trouver et en analyse les preuves. Et il s’installe bien, un jour, dans le constat de l’incapacité de sa raison à conclure que Dieu existe. Il participe en cela de l’état d’esprit de nombre de ses contemporains.

 

Á quelle date exactement perd-il la foi ? « Pendant douze ans, j’ai vécu sans aucune foi », confie-t-il le 14 août 1901 à son ami Henry de Castries (« Lettre à Henry de Castries », Grasset 1938, page 94). Et à sa cousine : « Souvenez-vous que pendant treize ans, je n’ai même pas eu la foi en Dieu » (cité par J.-F. Six, page 21). La conversion ayant eu lieu en octobre 1886, la perte de la foi date donc de 1873 ou 1874. Nous savons que cette dernière a lieu durant l’année de rhétorique, où il entre en octobre 1873, car dans une méditation de retraite faite à Nazareth en 1897, découpant sa vie en quatre périodes, il délimite ainsi la première : « enfance, jusqu’à l’âge de 15 ans, où je perdis la foi » (« La dernière place », page 92). Cela permet de dire que le commencement des doutes profonds date de la fin de l’année 1873 (entrée en rhétorique) et conduit à la perte de la foi dans la première partie de 1874.

(à suivre)

L.T.

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 21:28

La perte de la foi

 

On lit parfois cette affirmation que Charles de Foucauld a perdu la foi alors qu’il préparait Saint-Cyr à Paris et principalement à cause d’une crise morale. Or cela ne correspond pas à ce qui ressort des écrits du Bienheureux lui-même. Qu’en est-il exactement ?

 

Le 28 avril 1872, Charles de Foucauld fait sa première communion et est confirmé, en la cathédrale de Nancy. Il déclarera toujours, au cours de sa vie, que sa première communion avait été bonne, « après une longue et bonne préparation », et où il fut « entouré des prières et des encouragements de toute une famille chrétienne » sous les yeux des êtres qu’il chérissait le plus au monde (« La dernière place », nouvelle cité, 1974, page 100).

Marie Moitessier, sa cousine germaine de huit ans son aînée, est venue spécialement de Paris pour assister à cette cérémonie. Á cette occasion, elle lui offre, comme cadeau, les « Élévations sur les Mystères », de Bossuet. « Demain, lui écrira-t-il de Nazareth le 27 avril 1897, vingt-cinq ans que vous êtes venue à Nancy avec tant de bonté. Vos maternelles bontés ne datent pas d’aujourd’hui : merci pour le passé, le présent, l’avenir : votre souvenir de ce jour est le premier livre chrétien que j’ai lu avant ma conversion, celui qui m’a fait entrevoir que peut-être la religion chrétienne était vraie » (cité par Jean-François Six, « Itinéraire spirituel de Charles de Foucauld », Le Seuil 1958, page 19).

 

Á la fin de 1872, Charles de Foucauld, entre en seconde, au Lycée National de Nancy, et peut lire les ouvrages de son choix, avec imprudence, sans aucun conseil ni contrôle (voir Charles de Foucauld, « Lettres à un ami de lycée », nouvelle cité 1982, page 35). Érudit précoce, le garçon de quatorze ans se jette avec avidité sur toutes sortes de livres. Il en acquiert une remarquable culture générale, mais sa foi en est vite ébranlée : « Si je travaillais un peu à Nancy, c’est qu’on me laissait mêler à mes études une foule de lectures qui m’ont donné le goût de l’étude, mais m’ont fait le mal que vous savez » (Lettre à Marie de Bondy, citée par René Bazin, « Charles de Foucauld, explorateur du Maroc, ermite au Sahara », nouvelle cité 2003, page 22).

Ces lectures se poursuivent l’année suivante (1873-1874), en « rhétorique » comme on disait à l’époque. Elles le mettent face à tant d’affirmations qui, se contredisant mutuellement, génèrent les plus graves objections philosophiques et religieuses et l’amènent à douter de tout. Ses maîtres ne sont pas mauvais mais semblent n’avoir aucune religion (« Lettres à un ami de lycée », page 32) et ne le guident aucunement : Charles en conclut qu’aucune opinion n’a plus de valeur qu’une autre et qu’on peut se passer de religion. « Je  n’ai eu aucun maître mauvais, – tous au contraire, étaient très respectueux ; – même ceux-là font du mal, en ce qu’ils sont neutres, et que la jeunesse a besoin d’être instruite non par des neutres, mais par des âmes croyantes et saintes, et en outre par des hommes savants dans les choses religieuses, sachant rendre raison de leurs croyances et inspirant aux jeunes gens une ferme confiance dans la vérité de leur foi » (Lettre du 5 mars 1901 à son beau-frère Raymond de Blic, citée par Bazin, pages 22-23). Hélas, Charles de Foucauld lycéen ne bénéficie pas de tels maîtres.

(à suivre)

                                                                                                                                                     LT

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 23:22

Précisions : pour rétablir des faits oubliés ou méconnus

 

Les 10 premiers rubriques "attention à la précision !" ont été publiées dans le Bulletin des Amitiés Charles de Foucauld entre octobre 2006 et octobre 2009.

 

Depuis lors, cinq autres précisions ont été publiées :

 

11. Les affectations du sous-lieutenant de Foucauld(janvier 2010) par Michel de Suremain

 

12. Les punitions du sous-lieutenant de Foucauld à Saumur, (juillet 2010) par Michel de Suremain

 

13. Charles de Foucauld paresseux ? (octobre 2010) par Michel de Suremain

 

14. Le frère universel(avril 2011) par Frère Antoine Chatelard

 

15. Tutelle, curatelle, émancipation, main levée. Pour Charles de Foucauld, de quoi s'agit-il ? (juillet 2011) par Michel de Suremain

 

 

Le Bulletin n° 185 de janvier 2012 contient une seizième précision :

 

16. Charles de Foucauld à Tunis - Septembre 1886, par Michel de Suremain

 

 

Et d'autres sont en préparation...

 

Bulletin des Amitiés Charles de Foucauld

56 rue du Val d'Or - 92150 SURESNES

Abonnement annuel : 30 € - 4 numéros

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 23:30

Attention à la précision !

 

Les Amitiés Charles de Foucauld, qui ont comme premier but de faire connaître Charles de Foucauld dans tous les aspects de sa personnalité et de la façon la plus fidèle possible à son histoire et au contexte qui fut le sien, publient dans leur Bulletin trimestriel la rubrique intitulée Attention à la précision !, rubrique courte, sereine et non polémique, mais concrète et pratique.

Depuis longtemps les Amitiés Charles de Foucauld ont constaté en effet que des erreurs répétitives concernant la vie du Père de Foucauld avaient cours dans les articles, dans les biographies, dans les conférences, dans les conversations, même dans les homélies, leurs auteurs se contentant de reprendre, sans vérification, ce qui avait été dit ou écrit avant eux. La plupart du temps, les conséquences ne sont pas graves et il faut les corriger par une meilleure présentation des faits ou une correction de dates ; parfois il s’agit de clichés qui vont contre la vérité historique au point de la ternir et de défigurer, souvent subtilement, l’authenticité de la personne concernée et donc son témoignage.

Le Comité de rédaction du Bulletin des Amitiés, par l’un ou l’autre de ses membres, se propose de relever des « on-dit » trop facilement véhiculés, et d’apporter, par une précision oubliée ou méconnue, un éclairage capable de renverser le sens de l’interprétation fautive et d’approcher ainsi davantage de la vérité.

 

Voici les dix premières précisions qui ont été ainsi publiées :  

 

   1 : Des armes dans le magasin du bordj, par Pierre Sourisseau

  2 : La construction du bordj de Tamanrasset, par Michel de Suremain

  3 : La punition de 1881, par Pierre Sourisseau

  4 : Les différentes oeuvres linguistiques du Père de Foucauld, par Guy Basset

  5 : Les photos de Charles de Foucauld "en civil", par Pierre Sourisseau

  6 : L'orthographe de IESUS CARITAS, par le Père André Roustan

  7 : La perte de la foi, par Laurent Touchagues

  8 : A l'école Sainte-Geneviève, par Laurent Touchagues

  9 : L'église du baptême de Charles de Foucauld, par Laurent Touchagues

10 : La vie communautaire de Charles de Foucauld, par Pierre Sourisseau

 

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 23:45

                           Grandir en grâce et en sagesse

 

Lc 2, 51-52. « Il croissait en sagesse, et en âge, et en grâce ». Á mesure qu’il avançait en âge, la sagesse et l’abondance des grâces divines qui étaient en lui se manifestaient de plus en plus, apparaissaient de plus en plus aux yeux, par ses actes extérieurs…

« Qu’il en soit de même en nous : à mesure que nous prenons de l’âge, que la grâce reçue au baptême, celle que versent en nous les sacrements, celle dont Dieu fait don avec une abondance croissante à l’âme fidèle, paraissent de plus en plus dans nos œuvres : que chaque jour de notre vie marque un progrès en sagesse et en grâce…

« Pleurons, humilions-nous s’il en est autrement, surtout si par malheur nous reculons ; mais ne nous décourageons pas ; que notre arrêt ou notre recul nous rende plus humbles, plus défiants de nous, plus vigilants, plus indulgents, plus pleins de bonté pour les autres, plus doux, plus humbles, plus respectueux, plus fraternels avec notre prochain, repentants, pénétrés de notre misère et de notre ingratitude, mais toujours infiniment confiants en Dieu, toujours sûrs de son amour, l’aimant d’un amour d’autant plus attendri et plus reconnaissant, qu’il nous aime malgré nos misères, lui disant après chaque chute, comme saint Pierre : « Seigneur, vous savez que je vous aime ».

 

 

Charles de Foucauld, « Voyageur dans la nuit, notes de spiritualité 1888-1916 », note quotidienne du 21 juin 1916, éditions Nouvelle Cité, page 209.

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 21:45

Aux abonnés du Bulletin trimestriel des Amitiés Charles de Foucauld

 

Chers abonnés,

le mois de février vient de commencer et vous n'avez pas encore reçu le Bulletin des Amitiés n° 185, daté de janvier.

Que cela ne vous inquiète plus si c'était le cas.

Car, d'une certaine manière, ce retard est "normal" et explicable.

A cause, en particulier, d'un changement imprévu d'imprimeur, pour cause de cessation d'activité de notre imprimeur historique, ce bulletin de janvier a pris un peu de retard.

Nous sommes en train de faire les mises au point nécessaire avec un nouvel imprimeur et avec les services de la Poste pour les questions de dépôt.

Dans quelques jours, le Bulletin pourra être mis en fabrication (sur la base du sommaire ci-dessous), juste avant de vous être envoyé.

Nous vous remercions de votre fidélité.

Laurent Touchagues, Directeur de la Publication

 

BULLETIN TRIMESTRIEL DES

AMITIÉS CHARLES DE FOUCAULD

Numéro 185                                                                                         Janvier 2012 - 8 €

SOMMAIRE

 

Vœux de la Postulation  …………………….………………..……...................................................... 1

Souvenirs de Marie de Bondy, à la fin de sa vie, à propos de son cousin …….................….…….. 3

Charles de Foucauld, prêtre diocésain (A. Fournier-Bidoz) …….........................................………. 7

Attention à la précision ! n° 16 : Charles de Foucauld à Tunis - septembre 1886 (M. de Suremain) .......... 13

Bibliographie : Charles de Foucauld explorateur malgré lui (P. Sourisseau) …………………………..…….. 16

 

***

Amitiés Charles de Foucauld - 56 rue du Val d'Or -  F 92150 SURESNES.                           Abonnement annuel : 30 €.

 

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 20:30

Sur la route de Tamanrasset 

  

  

      Le 22 juillet 1905, Charles de Foucauld est en route pour Tamanrasset où il arrivera le 11 août.

      Le 25 juin, au cours d’une tournée dans l’Adrar des Iforas, Charles de Foucauld a rencontré pour la première fois Moussa ag Amastan, Aménokal des Touaregs du Hoggar, qui avait fait la paix avec les Français en février 1904. Moussa a donné son accord pour que Foucauld s’installe au Hoggar, et il a conseillé de choisir Tamanrasset.

      Le 21 juillet, Charles de Foucauld a fini de remplir le carnet dont il se servait depuis 1901 pour la tenue de son diaire, le « Carnet de Benis Abbès ».

  

      Ce 22 juillet 1905, donc, en la fête de sainte Marie-Madeleine qui lui est si chère, n’ayant pas dans son bagage le papier suffisant pour confectionner un fascicule supplémentaire, il prend un des deux carnets qu’il portait toujours sur lui. L’un, qui contient les Évangiles en latin, lui sert à noter les anniversaires, ses vœux, promesses et résolutions. L’autre, contenant l’Évangile selon saint Matthieu en arabe, va lui servir désormais d’agenda pour noter les itinéraires, les intentions de messe, et quelquefois des remarques personnelles ou des notes spirituelles. Il l’utilisera pendant sept ans et demi. C’est le premier des « Carnets de Tamanrasset ».

     

Et ce 22 juillet 1905, qui est un samedi, il écrit cette méditation :

      « (…) Jésus t’a établi pour toujours dans la vie de Nazareth : les vies de missions et de solitude ne sont, pour toi comme pour lui, que des exceptions : pratique-les chaque fois que sa volonté l’indique clairement : dès que cela n’est plus indiqué, rentre dans la vie de Nazareth – Souhaite l’établissement des Petits-Frères et des Petites-Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus. Suis-en le règlement comme on suit un directoire sans t’en faire un devoir strict, et seulement en ce qui n’est pas contraire à la vie de Nazareth ; prends, (...) pour objectif la vie de Nazareth, en tout et pour tout, dans sa simplicité et sa largeur, en ne te servant du règlement que comme d’un Directoire t’aidant pour certaines choses à entrer dans le vie de Nazareth (par exemple jusqu’à ce que les Petits-Frères et les Petites-Sœurs soient dûment établis, pas de costume – comme Jésus à Nazareth - ; pas de clôture – comme Jésus à Nazareth - ; pas d’habitation loin de tout lieu habité, mais près d’un village, - comme Jésus à Nazareth, - ; pas moins de 8 heures de travail par jour (manuel ou autre, autant que possible manuel) – comme Jésus de Nazareth - ; ni grande terre, ni grande habitation, ni grandes dépenses, ni même larges aumônes, mais extrême pauvreté en tout – comme Jésus à Nazareth… - En un mot en tout : Jésus à Nazareth. Sers-toi du règlement des Petits-Frères pour t’aider à mener cette vie, comme d’un livre pieux ; écarte-t’en résolument pour tout ce qui ne sert pas l’imitation parfaite de cette vie (…) »

      Charles de Foucauld va donc porter à Tamanrasset un habit blanc qui n’est pas celui des petits Frères du Sacré-Cœur.

      (à suivre)

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 22:27

Porter ou ne pas porter l'habit des Petits Frères du Sacré-Coeur ?

 

      Le 28 avril 1902, dans une lettre à sa cousine Marie de Bondy, Charles de Foucauld annonce qu’il vient de recevoir de Mgr Guérin, Préfet apostolique du Sahara, la permission de fonder les Petits Frères du Sacré-Cœur. Il en prend alors l’habit et se dit « le premier petit frère ».

      Il va garder cet habit un certain temps seulement, peu d’années en réalité. La raison n’est pas facile à déterminer, et le Père René Voillaume croit qu’il y  en a deux.

      La première serait le scrupule de Charles de Foucauld à continuer de porter l’habit religieux alors qu’aucun frère ne l’a rejoint et que sa règle n’est pas approuvée. Or, lorsqu’il quitte Béni Abbès pour le Hoggar en 1905, il a pratiquement renoncé pour un temps à fonder les Petits Frères du Sacré-Cœur, dont Béni Abbès aurait été la première fraternité.

      La seconde raison serait l’effet de la persécution officielle en France contre les congrégations religieuses à cette époque. Du fait de son administration militaire, le Sahara est un territoire particulier où l’on ne peut résider sans une permission toute spéciale des autorités. Même pour Charles de Foucauld, cette autorisation n’a pas été si facile à obtenir. Il a fallu mettre en avant son passé, sa personnalité et le fait qu’il connaissait personnellement certains officiers du territoire. Mais lorsque survient la persécution religieuse contre les congrégations, la situation devient très délicate.

      Dans sa correspondance avec Mgr Guérin on sent bien ce qu’est le climat de cette époque. Les Pères Blancs s’attendent à être expulsés. Mgr Guérin écrit le 30 août 1904 : « Les nouvelles de France sont de plus en plus mauvaises. On peut s’attendre à tout : les expulsions continuent et le pays paraît s’y habituer, comme il s’habitue à tout. » Et il déclare ne pas savoir combien de temps les Pères Blancs pourront rester en Algérie.

      Charles de Foucauld commence alors une période de grande discrétion dans sa correspondance, qu’il code même parfois par crainte qu’elle soit ouverte. C’est une période de méfiance vis à vis des autorités. Foucauld conseille à Louis Massignon, qui envisage de venir le rejoindre, de le faire « incognito ».

      Et parallèlement il demande que l’on ne mette plus « frère Charles de Jésus » comme adresse pour son courrier, mais « Charles de Foucauld ». Le but est d’enlever tout signe qui pourrait faire penser qu’il y a, là où il se trouve, une implantation religieuse. Et l’abandon de l’habit des Petits Frères du Sacré-Cœur ferait partie de cette stratégie.

      (à suivre)

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 21:48

De la Terre Sainte à Alger, en passant par Notre-Dame des Neiges

  

      Durant toute l’année 1899 et une bonne partie de l’année 1900, Charles de Foucauld est peu à peu envahi par l’idée de fonder une nouvelle famille monastique, celle des Ermites du Sacré Cœur. Ce projet lui fait écrire dans une lettre du 1er juin 1900 : « Oui, je dois demander l’habit d’ermite, malgré mon amour pour ma bien-aimée blouse, car il est faux qu’on ne puisse aussi bien imiter Jésus sous l’habit religieux que sous l’habit laïc. »

      Quand il rédige la règle des Ermites du Sacré-Cœur, il en décrit l’habit. C’est une blouse blanche avec l’insigne du Sacré-Cœur. Il est pressé de porter cet habit parce que ce sera le signe que sa fondation est acceptée et qu’il peut s’appeler « ermite du Sacré-Cœur ». Plusieurs lettres à l’abbé Huvelin, le 26 avril, le 16 mai et le 1er juin 1900, soumettent cette demande de façon insistante. Il voudrait que l’abbé Huvelin en obtienne pour lui la permission du pape Léon XIII lui-même, en juin 1900, pour le premier anniversaire de la consécration du monde au Sacré-Cœur, en passant par l’intermédiaire du cardinal Richard, archevêque de Paris, le « Cardinal du Sacré-Cœur » dit Charles de Foucauld, à cause de Montmartre.

      Mais tant qu’il ne reçoit pas la permission, il garde sa blouse bleue, et c’est dans cet habit que, le 22 juin, fête du Sacré-Cœur, il se rend auprès du Patriarche latin de Jérusalem, Monseigneur Piavi, pour lui demander l’approbation de sa règle. Il se présente sans introduction. On lui promet de réfléchir et on lui demande de se retirer… C’est la fin d’un projet.

      Il décide donc de quitter la Terre Sainte en août, de revenir à Paris revoir l’abbé Huvelin, après un passage à Rome pour le service des Clarisses ; finalement il va s'installer à Notre-Dame des Neiges, où il arrive le 29 septembre 1900. Là il va passer huit mois à se préparer au sacerdoce. Il reprend alors l’habit de novice trappiste.

      Le 9 juin 1901, Frère Charles de Jésus est ordonné prêtre dans la chapelle du Grand Séminaire de Viviers. Il a déjà en tête le projet d’aller s’établir sur les confins du Maroc et de l’Algérie. Le 10 septembre il débarque à Alger et se rend auprès du Supérieur des Pères Blancs, Mgr Guérin, pour obtenir de lui la permission de s’établir sur son vicariat. À ce moment, Charles de Foucauld porte la gandoura des Pères Blancs, mais sans leur insigne qui est le rosaire. Il attend que Mgr Guérin lui donne l’autorisation de fonder les Petits Frères du Sacré-Cœur.

      (à suivre)

 

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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 20:18

Quel habit, pour quelle fondation ?

 

      À Nazareth, ayant refusé de porter l’habit que les Clarisses lui avait préparé, afin de demeurer dans « l’abjection » d’une tenue de pauvre ouvrier, Charles de Foucauld réfléchit néanmoins à un projet de fondation. Il s’en ouvre à son directeur, l’abbé Henri Huvelin, dans cette lettre du 15 octobre 1898 citée précédemment. Et la question de l’habit religieux se pose immédiatement. On sent qu’au fond il le désire.  Mais, comme la Mère Abbesse le lui avait suggéré, il s’en remet à l’avis de l’abbé Huvelin :

      «  C’est donc à vous à décider toute la question, à faire connaître la volonté de Notre-Seigneur à mon égard. Si je dois rester comme je suis, ou si je dois accepter la proposition de la bonne Mère…  En tous cas il me semble que si je reste comme je suis, je dois aussi garder, à l’exemple de Jésus, ce béni vêtement d’ouvrier qui était le sien à Nazareth… C’est seulement si vous décidez que je dois un jour recevoir les Saints Ordres qu’il y a lieu de changer d’habit ; et dans ce cas, je désire échanger ma chère blouse non contre un vêtement quelconque, semi-religieux et de fantaisie, mais contre l’habit bénédictin, que tout évêque peut permettre à n’importe qui de porter, puisque tout le monde peut faire profession de la règle bénédictine sans appartenir à aucune des nombreuses congrégations bénédictines existantes ; ce changement d’habit serait donc une chose grave, équivalent à une profession, et qui se ferait comme et quand vous le voudriez, mais pourtant avant de recevoir les Ordres Mineurs, ou en même temps à ce qu’il me semble. Je serai très content si vous me dites de rester comme je suis ; très content encore si vous me dites autre chose (…) »

 

      Mais dès le 22 octobre, Charles de Foucauld reprend la plume et écrit à l’abbé Huvelin : « Quand je vous disais que je désirais l’habit bénédictin, que j’avais un secret désir, si Dieu envoie des âmes, de former une petite communauté bénédictine en Terre Sainte, j’ai mal dit : c’est l’habit monastique, une communauté monastique que j’aurais dû dire : non encore que je suive le règlement de journée bénédictin, je ne voudrais reprendre ni l’habit ni la Règle bénédictine ; je les vénère et les admire… Mais d’une part cette Règle est faite pour de grandes communautés et non pour de « petits troupeaux », d’autre part et surtout, la reprendre serait se jeter de nouveau dans ces interprétations de textes et d’esprit et de lettre, dans lesquelles on se noie, et qui portent de belles âmes à passer leur temps à penser à des riens au lieu de l’employer à aimer Dieu… »

      Dans une lettre du 22 janvier 1899 se lit une autre allusion : « … ne porter ni le nom, ni l’habit d’ermite tant que vous ne me donnerez pas l’ordre de faire les démarches à ce sujet ». Et de nouveau, à la fin de cette même lettre : « … concernant le nom d’ermite, et l’habit religieux que je ne porterai que quand vous jugerez le moment venu (si toutefois il vient jamais) ».

      (à suivre)

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