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Bienvenue dans ce lieu virtuel qui porte le nom de l'ermitage de Charles de Foucauld à Tamarasset !

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 21:55

De la Trappe à Nazareth

 

Texte élaboré à partir d’une conférence donnée par

le Père René Voillaume aux Petites Sœurs de Jésus à Rome en mai 1987.

 

     L’histoire des habits de Charles de Foucauld est très significative et permet de suivre les différentes étapes de sa vie.

     Il a beaucoup aimé l’habit des Trappistes. C’était, à ses yeux, le signe de sa consécration à Dieu. Il est certain que cela lui a coûté de le quitter au début de 1897. C’est à ce moment-là et pour sa vie de serviteur à Nazareth, qu’il a choisi le vêtement que nous connaissons : une sorte de blouse qui était pour lui le signe de sa recherche de l’abjection. C’est pourquoi cet habit ne peut se définir ni comme habit laïc ni comme habit religieux. Ce n’était ni l’un ni l’autre.

     Tout le temps de son séjour en Terre Sainte, il tiendra à cet habit, malgré les propositions de la Mère abbesse de Jérusalem. On lit en effet dans les archives des Clarisses cette mention : « Notre Révérende Mère lui avait fait confectionner par une de nos sœurs, un costume convenable pour remplacer le misérable accoutrement qui le rendait ridicule et méprisable ; il ne le garda pas longtemps, le donna peu de jours après et supplia notre Mère de lui faire la charité d’une blouse bleue comme celle d’un simple ouvrier, ce qui lui fut accordé. Il y ajouta lui-même une collerette plissée, de même étoffe et cousue à grands points au fils blanc. »

     Dans une lettre à l’abbé Huvelin, le 15 octobre 1898, il évoque encore une autre proposition de la « bonne Abbesse » des Clarisses de Jérusalem : « - Nous voudrions vous faire, pour l’hiver et pour toujours, une tunique un peu longue, avec un capuchon, comme ce que portent ici les gens du pays, quelque chose qui à la fois ait quelque chose de plus recueilli, de plus religieux que votre pantalon et votre blouse de toile bleue, et qui pourtant ne soit de la couleur d’aucun ordre religieux. »

     Et Charles de répondre : « Comme je suis Français et non Syrien, ce sera toujours pour moi ou un déguisement, ce qui ne vaut rien (1) ou un vêtement religieux, vêtement d’ermite, si on veut, mais en fin vêtement religieux, que je ne puis porter qu’avec la permission de l’ordinaire (2)… La pauvreté n’y perdrait pas, mais l’abjection y perdrait : je ne « crierai pas si bien sur les toits » Jésus ouvrier à Nazareth, et je ne chanterai pas si bien ce beau poème de sa divine abjection. »

     La religieuse renvoie alors Charles de Foucauld à l’avis de son directeur, l’abbé Huvelin, sur cette question, comme sur celle qu’elle aborde alors longuement avec Charles : - Pourquoi n’êtes vous pas prêtre ?

     (à suivre)

  

     (1) En ce qui concerne sa situation à cette époque.

     (2) Ce terme canonique désigne ici l’évêque du diocèse.

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Published by Laurent Touchagues - dans Textes sur le Bx
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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 23:10

RETRAITE de NAZARETH en COMMINGES

 

     Les Petits Frères de la Moisson de Jésus-Amour recevront du 11 au 17 février 2012 les garçons pour une retraite.

 

     Implantés en Comminges à Coulédoux (Haute-Garonne), les Petits Frères de la Moisson, fondés depuis près de dix ans et reconnus canoniquement le 25 décembre 2008 dans l'archidiocèse de Toulouse, sont une famille monastique foucauldienne.

 

     Ils reçoivent depuis quelques années des jeunes dans l'esprit de Nazareth, pour leur faire partager, en compagnie d'autres jeunes, leur vie communauteire et fraternelle de moines.

 

     Cela comporte des temps de prière, d'enseignements, d'accompagnement spirituel, de services et de travaux.

 

      Renseignements :

 

Fraternité Monastique des Petits Frères de la Moisson

Monastère Bienheureux Charles de Foucauld

31160 COULEDOUX

 

tél. : + 33 (0)5 61 95 21 80

 

Les Petits Frères répondent habituellement au téléphone entre 14 heures 30 et 17 heures 45.

En dehors de cette plage, laisser un message.

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 21:00

De la conversion à la vie religieuse, quelques lettres à sa famille

 

Le 29 septembre 1889, Marie de Bondy connaît parfaitement la finalité de la démarche en cours de son cousin Charles de Foucauld, mais c’est seulement le 16 octobre que la soeur de Charles, Marie de Blic, aussi appelée Mimi, est informée d’une « perspective » de retraite, perspective confirmée par les lettres des 18, 24, 29 et 31 octobre ; et la tante Inès Moitessier, le 31 octobre. Après une ultime retraite en novembre chez les Pères jésuites de Clamart, c’est enfin la grande nouvelle, celle de l’entrée à la Trappe. Le 29 novembre, Charles écrit à son beau-frère :

« Je vais vous parler maintenant de votre autre frère, de moi ; je suis revenu hier de Clamart, et j’y ai pris enfin, en grande sécurité et en grande paix, d’après le conseil formel, entier et sans réserve du Père qui m’a dirigé, la résolution à laquelle je pense depuis si longtemps ; c’est celle d’entrer à la Trappe… c’est une chose arrêtée maintenant, j’y pensais depuis longtemps, j’ai été dans quatre monastères, avant ces deux dernières retraites, j’en avais fait deux autres, une à Pâques à Solesmes, une vers la Trinité à la Grande Trappe ; dans les quatre retraites on m’a dit que Dieu m’appelait et qu’il m’appelait à la Trappe. Mon âme m’attire vers le même lieu ; mon directeur est du même avis… C’est une chose décidée, et je vous l’annonce comme telle ; j’entrerai dans le monastère de Notre-Dame des Neiges où j’ai été il y a quelque temps… Quand ? ce n’est pas encore fixé, j’ai diverses choses à régler, j’ai surtout à aller vous dire adieu… Mais enfin cela ne sera jamais extrêmement long. En tous cas, j’irai passer quelques jours auprès de vous avant de partir.

« Ce que je vous dis, je l’ai dit aujourd’hui et hier soir à ma Tante [Ndlr : Inès Moitessier], à Catherine [de Flavigny, sa cousine], à Olivier de Bondy et à Marie de Bondy. Je ne le dirai absolument qu’à eux quatre, à vous [Raymond de Blic] et à Mimi ; en dehors de vous six, je ne le dirai à personne et même quand je partirai, j’annoncerai mon départ pour quelque voyage, sans dire en aucune façon que j’entre, ni que je pense le moins du monde entrer dans la vie religieuse.»

Puis, dans la lettre suivante, Charles dit à Raymond de Blic : « Vous me demandez, mon cher Raymond, comment ma tante a reçu ma communication et si elle m’a manifesté combien elle en prenait difficilement son parti… Oui, elle ne me l’a pas caché, elle ne m’a pas caché non plus la peine que ma détermination lui faisait… vous avez raison, je lui dois beaucoup. Je le sais mieux que personne, car elle m’a donné des preuves d’affection, de l’affection la plus tendre, innombrables. »

 

Ainsi se termine la retrospective que l'on peut faire des correspondances inter-familiales relatives à ce cheminement vers la Trappe. Le retour est-il suffisant pour bien faire sentir tout ce qu’il y a d’exceptionnel dans sa démarche de trois années de conversion ? Oui, sans doute, car il éclaire sans équivoque : d'abord l’importance qu’a eu pour lui l’accompagnement d’une famille unie, discrète et priante ; puis le rôle-clé assuré par l’abbé Huvelin, cet ami de la famille, qui a su comprendre et diriger avec fermeté le converti de 1886 jusqu’à son entrée dans la vie religieuse ; ensuite la place irremplaçable qu’a tenue Marie de Bondy, dans une exceptionnelle intimité spirituelle avec son cousin ; et enfin l’absolu de la conversion de Charles et de sa recherche pour une voie privilégiée vers le Seigneur.

 Michel de Suremain

(Source : Bulletin trimestriel des Amitiés Charles de Foucauld)

 

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 21:30

De la conversion à la vie religieuse, quelques lettres à sa famille

 

Il est à noter au sujet des lettres écrites par Charles de Foucauld à son beau-frère à l'automne 1889, qu'il en dit bien moins que ce que connaît Marie de Bondy. Car celle-ci, dès le 29 septembre, a été mise au courant de l’approche de la décision finale, dans une lettre qui relate une entrevue avec l’abbé Huvelin  : « Aujourd’hui, l’Abbé m’a dit bien des choses : nous avons cherché encore une fois pourquoi je voulais entrer dans la vie religieuse : - Pour tenir compagnie à Notre-Seigneur, autant que possible, dans ses peines. C’est être enseveli en Notre-Seigneur avec saint Paul, c’est dire elegi abjectus esse parce que Notre-Seigneur l’a été, c’est suivre l’exemple des solitaires qui se sont percé des grottes dans la montagne où Notre-Seigneur a jeûné pour jeûner toute leur vie à Ses pieds.

« Puis nous avons parcouru tous les ordres religieux. M. l’Abbé a d’abord écarté tous les ordres actifs sauf peut-être les Franciscains. Des trois ordres contemplatifs, il a écarté les Chartreux ; les Bénédictins m’attirent de moins en moins, et il a paru de plus en plus clair à M. l’Abbé comme à moi que c’était bien la Trappe qu’il fallait. M. l’Abbé ne renonce pas à Alexandrette que je ne cesse de désirer puisque les deux motifs de ma préférence ne peuvent cesser d’être. J’irai donc passer dix jours comme je vous l’ai dit à Notre-Dame des Neiges à la fois pour bien voir une dernière fois la vie des Trappistes et pour prendre tous les renseignements sur Alexandrette. À mon retour, M. l’Abbé décidera ; il m’a demandé si je désirais entrer au couvent bientôt et ne plus passer cet hiver à Paris ; je lui ai répondu que oui et il m’a dit qu’il ne me retiendrait pas ; puisque j’ai demandé à Notre-Seigneur pour mon lot de le suivre et de partager toutes ses tristesses, toute joie qui m’est propre est de trop, toute joie qui m’est propre contient un amour de moi et une tendance à oublier Ses douleurs, toute joie qui m’est propre doit être quittée le plus tôt possible, et vous savez ma chère cousine, que je n’en ai qu’une qui est de voir ceux que j’aime, c’est pour cela que je demande à vous quitter le plus tôt possible.

« Mais le bon Dieu est si bon et Il sait si bien mon extrême faiblesse qu’en me permettant de Le suivre séparé de ceux que j’aime, de corps du moins, non d’âme, car leur âme est dans son cœur, Il me fait voir avec une extrême clarté que le seul bien que je puisse leur faire est de Le suivre et d’obtenir à Ses pieds des grâces auxquelles ils auront leur juste part. »

 

C’est dans cette même lettre qu’on trouve un conseil fait à Charles par l’abbé Huvelin, et que d’aucuns pourraient trouver surprenant : « l’Abbé m’a dit de dire vaguement à Mimi [Ndlr : sa soeur Marie de Blic] lorsque je la verrai que je pensais à me consacrer à Dieu, sans lui dire de quelle manière ni que ce doit être si prochain, et en lui demandant le secret. J’aurais voulu que personne d’autre que vous ne le sut avant Olivier [Ndlr : le mari de sa cousine Marie de Bondy], je le demanderai à M. l’Abbé, je lui demanderai aussi ce qu’il faut faire pour ma tante et Catherine [Ndlr : la sœur aînée de Marie de Bondy, Catherine de Flavigny]. »

Et, plus loin : « Voici, ma cousine, le résultat de nos entretiens. Absolument rien de décidé, ni rien qui puisse l’être avant mon retour de Notre-Dame des Neiges ; mais il semble pourtant que les choses s’avancent ; espérons qu’en avançant, elles me conduiront où me veut le bon Dieu ». 

(à suivre)   

Michel de Suremain

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 21:38

De la conversion à la vie religieuse, quelques lettres à sa famille

 

Ainsi, la lettre écrite par Charles de Foucauld à sa cousine au début de septembre 1889 semble sans équivoque : Marie de Bondy connaît à présent la décision de Charles de se faire religieux et de se diriger vers la Trappe.

Mais dans le même temps, la soeur de Charles de Foucauld, Marie de Blic (surnommée Mimi) et son mari Raymond, vus à Echalot (1) début octobre par Charles semblent ne pas être mis au courant, ou en tous les cas ne connaître qu’une démarche encore incertaine vers un don total à Dieu ; témoins en sont les lettres suivantes :

16 octobre 1889 (à sa sœur Mimi) : « Pour moi, je continue ma vie paisible sans changement ; j’irai peut-être faire une retraite de quelques jours dans une maison religieuse pour me recueillir un peu. Mais, en tous cas, ce sera une très courte absence ».

18 octobre 1889 (à Raymond de Blic) : « Je me décide à partir ce soir pour faire une petite retraite, je resterai huit jours absent. Je vais faire cette retraite au couvent de Notre-Dame des Neiges (Ardèche) ; j’ai pu avoir des recommandations pour ce couvent-là ; c’est ce qui m’a décidé à faire une retraite là, plutôt qu’ailleurs ; c’est une maison de trappistes. Je reviendrai à Paris dans huit ou neuf jours ».

24 octobre 1889 (à Raymond de Blic) : « Je suis encore à Notre-Dame des Neiges jusqu’à mardi. Je n’ai rien de nouveau à vous dire pour moi, une retraite ne peut être que le calme même ».

29 octobre 1889 (à Raymond de Blic) : « Ma retraite est près de se terminer. Merci de vos affectueuses pensées, merci de vos prières ; j’en ai en effet bien besoin ; je viens d’avoir ici huit à dix jours de bonne et complète solitude ; c’est bien nécessaire de se mettre en face et aux pieds du Seigneur afin qu’Il daigne faire connaître sa volonté. Cette volonté, quelle sera-t-elle ? Je l’ignore aussi complètement que quand nous en causions. Prions pour que le la connaisse et que je la fasse ».

31 octobre 1889 (à Raymond de Blic) : « Mon séjour à Notre-Dame des Neiges s’est tranquillement terminé ; j’en suis toujours au même point, puisqu’il ne s’agissait que de me recueillir quelques temps. Ma tante et mes deux cousines, avec Olivier [de Bondy, mari de sa cousine Marie] savent seuls que j’y ai été, il était impossible de le leur cacher ; mais pour eux cela a été une retraite comme en font les gens du monde souvent. Mes autres projets, ou plutôt mes autres pensées ne sont connues que de vous et de Mimi » [ndlr : c’est nous qui soulignons ; car cela semble néanmoins être le signe d'une certaine primeur que Charles réserve à son beau-frère et à sa soeur].  

(à suivre)   

Michel de Suremain

 

(1) Propriété de famille des Blic, en Côte d'Or, à 35 kilomètres au nord de Dijon.

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 21:33

De la conversion à la vie religieuse, quelques lettres à sa famille

 

Début 1889, on peut se poser la question : que savait exactement Marie de Bondy des projets de Charles de Foucauld ? Et tante Inès Moitessier ? Certes, il est impossible de penser que les uns ou les autres aient pu rester dans l’ignorance d’une transformation difficile à cacher ; mais à quel niveau situer cette connaissance ? Il faut se garder d’une extrapolation trop hâtive qui serait contredite par les documents épistolaires, suffisants pour se faire une opinion : Charles de Foucauld est resté jusqu’au bout un homme secret, d’une grande pudeur dans tout ce qui concernait son cheminement spirituel. Il n’est pas moins certain que ce cheminement a été connu, et probablement soutenu dès 1888 par Marie de Bondy, avec laquelle Charles a établi une véritable intimité spirituelle telle que nous la découvrons dans la première des lettres en dépôt à la Postulation. Cette lettre est datée du 16 septembre 1889 ; Charles revient d’un séjour dans le Berry chez les Bondy :

« Que vous dirai-je, ma chère cousine, j’ai tant de choses à vous dire que je ne sais par où commencer. Je commencerai par ce qui me touche le plus en ce moment, par ce qui me remplit davantage. En lisant votre lettre, ce matin, Monsieur l’Abbé (1) m’a dit que vous étiez triste ; comme je voudrais pouvoir vous écrire une lettre bien affectueuse, non pas pour diminuer tant soit peu votre tristesse, j’en suis par trop incapable, mais au moins pour vous montrer un peu de sympathie et pour vous faire voir que, quels que soient vos ennuis, j’en souffre et je voudrais en souffrir infiniment plus. En vous disant cela, j’espère ne pas être indiscret, ma chère cousine, Notre-Seigneur nous permet de souffrir de ses peines, vous ne me défendrez pas ce qu’il nous permet, moi qui, tout indigne que je suis, vous suis dévoué avec un si grand respect. Et j’y ai bien quelque droit, à souffrir de votre tristesse, car les Berrichons n’avaient pas tort et ils m’ont fait plus de plaisir qu’ils ne pensaient en me disant votre enfant. Ne le suis-je pas, moi pour qui vous avez été constamment si bonne depuis vingt ans : il y a vingt ans maintenant que vous m’écriviez et que je vous écris : avez-vous jamais cessé d’être bonne pour moi, et pourtant quelles raisons vous aviez de me laisser de côté !

« Quand à Saumur je me suis fait arrêter à Tours par des gendarmes, ma tante m’a fait du mal avec de bonnes intentions, mais vous, vous m’avez écrit une lettre qui m’a fait du bien, qui m’a ému à un âge où j’étais difficile à émouvoir et a contribué plus qu’autre chose à me faire revenir à ma tante. En revenant du Maroc je ne valais pas mieux que quelques années avant et mon premier séjour à Alger n’avait été plein que de mal, vous avez été si bienveillante au Tuquet que je me suis repris à voir et à respecter le bien oublié depuis dix ans. Aussi l’année qui a suivi a-t-elle été une année moins mauvaise un peu que les précédentes, mais pourtant l’automne suivant j’avais besoin d’être sauvé de ce mariage et vous m’avez sauvé (2). Et depuis quel bien ai-je reçu que je n’aie reçu de vous ? Qui m’a ramené au bon Dieu ? Qui m’a donné à Monsieur l’Abbé ? Le premier livre religieux que j’ai relu, vous me l’aviez donné, c’est vous qui m’avez conduit à la Trappe ; vous m’avez fait connaître par son image sur votre table le Cœur de Notre-Seigneur.

« (…) Monsieur l’Abbé m’a dit (...) d’aller à Notre-Dame des Neiges passer dix jours et de revenir à Paris. À Notre-Dame des Neiges j’aurai deux choses à faire : me rendre compte complètement de la vie de la Trappe et prendre les plus complètes informations sur Alexandrette (3). Monsieur l’Abbé reste effrayé du petit nombre de religieux d’Alexandrette, mais n’y renonce pas encore cependant. Je serai donc à Paris vers le 17 octobre, au-delà tout reste dans le vague le plus absolu. Je renonce, ma chère cousine, à vous remercier. »

 

(à suivre)

 

Michel de Suremain

(1) Il s'agit de l'abbé Henri Huvelin, vicaire à Saint-Augustin (Paris) et père spirituel de Charles depuis la conversion de ce dernier en octobre 1886.

(2) Charles de Foucauld évoque encore ici ses fiançailles avec Mademoiselle Marie-Marguerite Titre, à Alger, en mai 1885, rompu dans l'été sous la pression de sa famille. Il reste encore à expliquer pourquoi, humainement, il fallait que sa famille « sauve » Charles de ce projet de mariage. Les quelques informations disponibles en font une affaire de conventions sociales (et l'on sait comme elles comptaient dans la bourgeoisie de la fin du XIXe siècle) et de dot (idem - la jeune fille, convertie du protestantisme au catholicisme, avait été de ce fait déshéritée par sa famille protestante). Il semble que Charles, étant donné les mesures judiciaires précédentes prises  à son égard par sa famille à cause de ses années de désordre, n'était pas en mesure de résister à la pression familiale contre son projet, et que cet épisode soit - même si cela n'est pas avoué - la cause de sa maladie de l'été 1885. LT

(3) Fondation en Syrie (aujourd'hui en Turquie) de l'abbaye de Notre-Dame des Neiges, dans laquelle Charles de Foucauld a tout de suite envisagé d'être envoyé après son entrée à la Trappe, pour y vivre une vie plus pauvre et cachée.

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 22:11

De la conversion à la vie religieuse, quelques lettres à sa famille

 

Il serait vain, et certainement bien présomptueux, de vouloir aller trop loin dans l’analyse des années de recherche effectuées par Charles de Foucauld, et d’essayer d’en jauger les différentes manifestations. Ne se déroulent-elles pas au plus intime de l’être ? On doit se contenter d’en énumérer les grandes étapes et d’insister une fois encore sur trois données fondamentales : l’influence essentielle de la ré-insertion de Charles de Foucauld dans un milieu familial chaleureux et discret, un foyer équilibré, et profondément très religieux ; l’admiration qu’il porte à sa « grande sœur » Marie de Bondy, mère de famille de quatre enfants, vertueuse et compréhensive ; le rôle capital de l’abbé Huvelin.

Quelles sont donc ces étapes ?

 

Charles vit à Paris depuis février 1886, une vie studieuse et rangée ; il se rend fréquemment rue d’Anjou, où il est reçu comme un fils de la maison. En septembre, il fait une période de réserve dans son ancien régiment, le 4è chasseurs d’Afrique, qui est en garnison à Tunis. Il en revient fin septembre, et c’est à son retour que le mystérieux cheminement de la grâce fait son œuvre pour trouver son épilogue en l'église Saint-Augustin da Paris, dans la rencontre bien connue entre Charles de Foucauld etl’abbé Huvelin. La conversion est totale. Elle se confirmera tout au long de l’année 1887, véritable année de « maturation » dans laquelle les proches de Charles ne sont que des témoins étonnés. La vie de ce dernier est toute « lisse », entre le petit univers de la rue de Miromesnil, de la rue d’Anjou et de Saint-Augustin, et ses activités familiales, ses séjours chez les Blic, son amitié avec Duveyrier. Il ébauche encore des projets de voyage, qui tournent court ; il se préoccupe de la levée de son conseil judiciaire, des problèmes liés à la rédaction et à la parution de son livre sur le Maroc. Mais il est surtout en pleine démarche spirituelle, il l’exprimera un jour dans une lettre à son ami Henry de Castries :

« Dans les commencements, la foi eut bien des obstacles à vaincre ; moi qui avais tant douté, je ne crus pas tout en un jour ; tantôt les miracles de l’Évangile me paraissaient incroyables ; tantôt je voulais entremêler des passages du Coran dans mes prières. Mais la grâce divine et les conseils de mon confesseur dissipèrent ces nuages » (1).

C’est à la Toussaint de 1888 que, dans une lettre à son beau-frère Raymond de Blic, on trouve évocation d’un prochain voyage en terre Sainte, pour six semaines ; et en novembre ce projet a suffisamment pris corps pour qu’il écrive : « Je suis bien près de mon départ pour Jaffa ».

Le lundi 17 décembre 1888 il annonce à sa sœur Mimi (Mme Marie de Blic) son arrivée le samedi matin précédent à Jérusalem (2), et c’est le 7 janvier 1889 qu’il exprime pour la première fois sa joie de ce voyage : « C’est une grande grâce que je reçois, mon cher Raymond, de visiter les Lieux Saints ; longtemps j’avais éprouvé peu de désir de les voir, et je crois que vous partagiez mon sentiment. Que cela change une fois qu’on est ici ; on ne peut plus se détacher des lieux qu’on avait le moins souhaité voir ! Si jamais vous pouvez faire ce pèlerinage, faites-le ».  

(à suivre)  

Michel de Suremain

 

(1) Lettre du 14 août 1901, in "Lettres à Henry de Castries", Grasset, Paris, 1938, page 97.

(2) "Lettres à sa soeur Marie de Blic", Le Livre Ouvert, Mesnil-Saint-Loup, 2005, page 32.

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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 21:00

De la conversion à la vie religieuse, quelques lettres à sa famille

 

On n’insistera jamais assez sur l’influence capitale de son milieu familial sur Charles de Foucauld, en particulier l'influence de sa tante Inès Moitessier et celle de sa grande cousine Marie de Bondy. Une grande partie de la méditation du 8 novembre 1897 à Nazareth y est consacrée (1). Cette influence, pour Charles de Foucauld, est inséparable de la recherche angoissée de la vérité, et de la marche vers la vie religieuse.

 

À ce milieu familial, vint s’ajouter l’action de l’abbé Huvelin, ami de la famille, prêtre éminent, dont le renom de directeur de conscience dépassait largement le cadre de la paroisse Saint-Augustin. C’est à son sujet que Charles de Foucauld a pu écrire : « Vous m’aviez attiré à la vertu par la beauté d’une âme [celle de Marie de Bondy] en qui la vertu m’avait paru si belle qu’elle avait irrévocablement ravi mon cœur… Vous m’attirâtes à la vérité par la beauté de cette même âme : Vous me fîtes alors quatre grâces : la première fut de m’inspirer cette pensée : "puisque cette âme est si intelligente, la religion qu’elle croit si fermement ne saurait être une folie comme je le pense", la seconde fut de m’inspirer cette autre pensée : "puisque cette religion n’est pas une folie, peut-être la vérité qui n’est sur terre dans aucune autre ni dans aucun système philosophique est-elle là" ; la troisième fut de me dire : "étudions donc cette religion : prenons un professeur de religion catholique, un prêtre instruit, et voyons ce qu’il en est, et s’il faut croire ce qu’elle dit" ;  la quatrième fut la grâce incomparable de m’adresser pour avoir ces leçons de religion à Monsieur Huvelin… En me faisant entrer dans son confessionnal, un des derniers jours d’octobre, entre le 27 et le 30, je pense, vous m’avez donné tous les biens, mon Dieu… » (2).

 

De 1886 à 1890, la place tenue par l’abbé Huvelin se fit toujours plus précise, plus instante, plus irremplaçable. Elle verra son aboutissement dans l’entrée de Charles de Foucauld à la Trappe (3) et dans la définition de ce qui sera l’essence même de sa spiritualité, telle qu’il l’exprimera lui-même : « Ce tendre et croissant amour pour vous, mon Seigneur Jésus, ce goût de la prière, cette foi en votre Parole, ce sentiment profond du devoir de l’aumône, ce désir de vous imiter, cette parole de Monsieur Huvelin dans un sermon "Que vous aviez tellement pris la dernière place que jamais personne n’avait pu vous la ravir" si inviolablement gravée dans mon âme, cette soif de vous faire le plus grand sacrifice qu’il me fut possible de vous faire en quittant pour toujours une famille qui faisait tout mon bonheur et en allant bien loin d’elle vivre et mourir… » (4).   

(à suivre)   

Michel de Suremain



 

(1) Cette méditation se trouve aux pages 92 à 117 de « La dernière place », nouvelle cité, 1974 ; aux pages 74 à 84 des « Écrits spirituels de Charles de Foucauld, ermite au Sahara, apôtre des Touaregs » présentés par René Bazin, J. de Gigord, 1923 ; et aux pages 16 à 25  de « Charles de Foucauld, Lettres et Carnets », présenté par Jean-François Six et dont la dernière édition, au Seuil, date de février 1995.

(2) Méditation du 8 novembre 1897, « La dernière place », p. 105-106.

(3) Le 16 janvier 1890, Charles de Foucauld se présentait à l'Abbaye cistersienne de Notre-Dame des Neiges, située sur la commune de Saint-Laurent-les-Bains (Ardèche). Le 26 janvier, il y recevait l'habit des novices de choeur et le nom de Frère Marie-Albéric.

(4) Ibid., p. 107.

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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 21:10

De la conversion à la vie religieuse, quelques lettres à sa famille

 

 

     Il est important d’apprécier à sa juste valeur le cadre familial dans lequel s'est replongé Charles de Foucauld à son retour d'Algérie. Voici ce qu’il en dira dans ses Méditations : « Oh ! mon Dieu, comme vous aviez la main sur moi, et comme je la sentais peu ! Que Vous êtes bon ! (…) Et pendant que vous me gardiez ainsi, le temps se passait ; vous jugiez que le moment approchait de me faire rentrer au bercail… vous dénouâtes malgré moi toutes les liaisons mauvaises qui m’auraient tenu éloigné de vous… vous dénouâtes même tous les liens bons (1) qui m’eussent empêché de rentrer dans le sein de cette famille où vous vouliez me faire trouver le salut, et qui m’auraient empêché d’être un jour tout à vous… » et, plus loin : « Vous m’aviez ramené dans cette famille, objet de l’attachement passionné de mes jeunes années, de mon enfance… Vous m’y faisiez retrouver pour ces mêmes âmes l’admiration d’autrefois, et à elles vous inspiriez de me recevoir comme l’enfant prodigue à qui on ne faisait même pas sentir qu’il eût jamais abandonné le toit paternel, vous leur donniez pour moi la même bonté que j’eusse pu attendre si je n’avais jamais failli… Je me serrais de plus en plus contre cette famille bien aimée… j’y vivais dans un tel air de vertu que ma vie revenait à vue d’œil, c’était le printemps rendant la vie à la terre après l’hiver… » (2).

 

 

Quel mystérieux cheminement de la grâce, sous l’influence d’un foyer chaleureux, profondément religieux, dans lequel la tante Inès Moitessier, sa fille Marie de Bondy, par leur exemple, n’étaient qu’un révélateur, probablement d’ailleurs à leur insu ! Marie de Bondy, lors de l’enquête canonique diligentée par les autorités ecclésiastiques dans le cadre de l’ouverture du Procès de béatification, n’a-t-elle pas déclaré :

« Je ne me suis aperçu en rien de l’évolution proprement religieuse de Charles de Foucauld jusqu’au jour où il m’a dit incidemment : « Que vous êtes heureuse de croire ! Je cherche la lumière et je ne la trouve pas ». Je lui répondis : « Croyez-vous que ce soit un bon moyen de chercher tout seul ? », et il a vu l’abbé Huvelin qu’il avait déjà rencontré dans la famille. Cette scène se passait en octobre 1886 ; c’est tout ce que je fis pour sa conversion, dont je n’ai été qu’un instrument très indirect ; ce n’est que plus tard que le Serviteur de Dieu, dans une lettre, m’attribua à moi-même sa conversion, et il me dit que « les Élévations sur les Mystères » (3), dont je lui avais fait cadeau pour sa première communion (4), étaient un des premiers livres de religion qu’il ait lus à ce moment » (Summarium, Archives de la postulation).

 

(à suivre)

Michel de Suremain

 

(1) Il s’agit du projet de fiançailles avec Mademoiselle Titre.

(2) Méditation du 8/11/1897, « La dernière place, retraites en terre sainte », Nouvelle Cité, p. 102-105.

(3) Ouvrage de Bossuet.

(4) Le 28 avril 1872, en la cathédrale de Nancy. Charles de Foucauld a été d'ailleurs confirmé le même jour par Mgr Foulon, futur cardinal-archevêque de Lyon.

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 23:01

De la conversion à la vie religieuse, quelques lettres à sa famille

 

Si l’existence et la personnalité de Charles de Foucauld sont connues dans leurs grandes lignes, l’ignorance est quasi totale sur les détails, même importants, de sa vie. Bien des choses, par exemple, ont été écrites sur la longue période qui, de 1873 à 1886, est marquée par son abandon de la religion, les péripéties de sa vie militaire, sa démission de l’armée, son exploration du Maroc et son retour à Paris en 1886. Pourtant, évoquer sa perte de la foi, son retour à la religion, sa décision de vie religieuse, suscite de nombreuses questions, toujours très intéressantes, pour  comprendre ce cheminement. Il semble donc pertinent de lire quelques lettres à sa famille et de les rapprocher d’autres documents (1), pour suivre Charles de Foucauld dans cette démarche essentielle qui, de 1886 à 1889, va le conduire à sa décision d’entrer à la Trappe. Nous en donnerons de larges extraits pour permettre de mieux cerner les relations familiales qui sous-tendent cette période et situent Charles de Foucauld tant par rapport à sa cousine Marie de Bondy, fille d’Inés Moitessier, sœur de son père, que par rapport au ménage de sa sœur Marie et de son beau-frère Raymond de Blic.

  

À son retour du Maroc, en 1884, Charles va passer encore deux années à Alger pour y travailler au compte rendu de son expédition. On sait peu de chose sur cette période, si ce n’est deux événements majeurs : au printemps 1885, il ébauche le projet de fiançailles avec Mademoiselle Titre, la fille d’un officier géographe ami membre de la Société de géographie d’Alger (devant les réticences de sa famille, ce projet sera abandonné dans le courant de l’été) ; et, en septembre 1885, il fait un ultime voyage dans le Sud algéro-marocain pour y compléter certains enseignements de son expérience marocaine. Au retour de ce voyage, sans repasser par Alger, il vient s’installer à Paris, au n° 50 de la rue de Miromesnil, à deux pas de la rue d’Anjou où habitent son oncle et sa tante Moitessier et le ménage de sa cousine Marie de Bondy. Il vit seul et se consacre à la rédaction de son livre « Reconnaissance au Maroc » ; mais il a renoué avec sa famille et se rend fréquemment rue d’Anjou, où il est reçu chaleureusement et où il rencontre les nombreux habitués de ces foyers accueillants. Parmi ceux-ci, un homme exceptionnel, l’abbé Huvelin, vicaire de la paroisse Saint-Augustin.

      Cette proximité explique sans doute pourquoi, parallèlement aux nombreuses lettres connues échangées avec sa soeur Marie de Blic ou son mari Raymond, qui vivent en province, on ne dispose que de rares lettres écrites à Marie de Bondy, et encore tardivement, à partir de septembre 1889. On se trouve donc devant un « blanc » documentaire qui pourrait permettre toutes les interprétations. Ce déséquilibre littéraire reste pourtant très relatif, car il est comblé par les « Méditations » que Charles écrira en 1897, dans la solitude de son ermitage de Nazareth, véritable confession qui éclaire sans équivoque l’influence de sa famille dans son cheminement spirituel, et complète l’important courrier échangé avec Raymond et Marie de Blic. (à suivre)

 

Michel de Suremain, Président des Amitiés Charles de Foucauld

 


(1) Lettres et documents déjà publiés ou encore inédits, mais connus par la Postulation de la Cause de canonisation.

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