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Bienvenue dans ce lieu virtuel qui porte le nom de l'ermitage de Charles de Foucauld à Tamarasset !

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 21:01

L’église du baptême de Charles de Foucauld

 

On pense parfois que l’église du baptême de Charles de Foucauld, du nom de Saint-Pierre-le-Jeune, est l’église catholique strasbourgeoise qui porte actuellement ce nom. Mais ce n’est pas la réalité. Cette confusion a une explication toute simple mais qu’il faut connaître.

En 1858, la paroisse strasbourgeoise dont dépendaient les parents du jeune Charles avait comme église un édifice dédié à saint Pierre, édifice appelé « le Jeune » car Strasbourg avait déjà une autre église Saint-Pierre : « Saint-Pierre-le-Vieux », qui existe encore, à l’entrée de la vieille ville quand on arrive de la gare. D’après les guides historiques, l’église Saint-Pierre-le-Jeune, catholique à l’origine, passa au culte protestant dès les premières années de la Réforme. Sous Louis XIV, son chœur fut 3-place-Broglie-ou-se-trouvait-la-maison-natale.-Photo-LT.jpgrendu au culte catholique alors que sa nef demeurait vouée au culte protestant. À partir de 1895, l’église fut entièrement protestante.

Mais en 1858, la convention du « simultaneum », selon laquelle les cultes catholique et protestant pouvaient être célébrés dans un même édifice, se trouvait encore en vigueur à Strasbourg. Et c’est ainsi que, le 4 novembre 1858, en la fête de saint Charles, l’enfant, né le 15 septembre précédent et ondoyé le 17 septembre à domicile, 3 place Broglie (photo ci à gauche : la maison natale de Charles de Foucauld, devenue Banque de France ; photo ©L.Touchagues),  fut porté dans la partie catholique de l’église, devant les fonts baptismaux Fonts baptismaux St-Pierre-le-Jeune. Photo LT(photo ci-dessous : les fonts baptismaux du baptème de Charles de Foucauld ; photo © L.T.), et fut accueilli par le chanoine Œhl, curé de la paroisse, qui procéda aux cérémonies complémentaires du baptême prévues par le Rituel.

Les évènements de l’histoire tourmentée de la ville modifièrent les choses. Il fut décidé que cette église Saint-Pierre-le-Jeune, lieu du baptême de Charles de Foucauld, serait dorénavant l’église protestante de ce quartier du centre et que la paroisse catholique aurait une nouvelle église, gardant le même nom, construite dans un quartier assez proche mais plus à l’ouest, au-delà du canal, à côté du Palais de Justice. Il y a donc aujourd’hui à Strasbourg deux églises Saint-Pierre-le-Jeune, la plus récente étant l’église catholique, dont le parvis se trouve rue du Général de Castelnau.

Pour vénérer la mémoire de Charles de Foucauld, les Strasbourgeois ont choisi le site où est implantée maintenant cette église catholique Saint-Pierre-le-Jeune (photo ci-dessous : l'église catholique Saint-Pierre-le-Jeune, de nuit, avec devant elle la stèle éclairée portant la statue de Charles de Foucauld ; photo © L.T.).Strasbourg-12-14.10.2011-113.jpg Le 25 novembre 2006, une statue était inaugurée sur le parvis de Saint-Pierre-le-Jeune, et le 29 novembre 2008, pour marquer le 150ème anniversaire de la naissance de Charles de Foucauld, ce parvis recevait comme nom « Place Charles de Foucauld ». La place devant l’église protestante s’appelle, elle, « Place Saint-Pierre-le-Jeune ».

La confusion vient donc du fait que le lieu du baptême, pourtant bien établi, s’est comme déplacé, en toute clarté historique et canonique, l’acte du baptême étant conservé dans les archives paroissiales de l’église catholique Saint-Pierre-le-Jeune.

 

Laurent  Touchagues

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 19:33

À l’École Sainte-Geneviève (fin)

 

      C’est en octobre 1874 que Charles de Foucauld devient interne à Saint-Geneviève, dirigée alors par le Père du Lac. Il y arrive avec des habitudes d’indépendance et une fois religieuse ébranlée : il aura beaucoup de peine à se plier à la discipline et au règlement imposé ; son travail laissera fort à désirer.

      Dans une lettre à un ami, écrite en 1901, il ne cachera pas son appréciation sur cette période d’internat : « Vous savez ce que je pense de l’internat : bon pour beaucoup, il m’a été détestable. La liberté, au même âge, eut peut-être été pire et, en tout cas, je dois dire que j’ai retiré de cet internat une si profonde estime pour les jésuites que, même au temps où j’avais le moins de respect pour notre sainte religion, j’en conservais toujours une très profonde pour les religieux et ce n’est pas un petit bien » (1). Charles de Foucauld sera élève de Sainte-Geneviève, à Paris, jusqu’à mars 1876.

 

      Pour revenir à l’histoire de « Ginette » il faut signaler que peu d’année après le passage de Charles de Foucauld, l’école faillit fermer définitivement en 1879-1880 à cause d'un projet de loi interdisant l'enseignement aux membres de toute « congrégation religieuse non reconnue ». Les décrets de Jules Ferry des 29 et 30 mars 1880 la reprennent et imposent aux Jésuites de se disperser et d'évacuer leurs communautés et établissements scolaires.

      Les Pères jésuites sont donc expulsés de l'École en 1880. Ils reviennent à partir de 1887, mais la Loi du 1er Juillet 1901 interdit de nouveau l'enseignement aux membres des « congrégations non autorisées » et les Jésuites quittent encore une fois la rue Lhomond. Des mesures sont prises pour assurer, sans les Pères, la continuité de l'École. Le directeur est un laïc et de nombreux prêtres diocésains participent à la vie de l'institution.

      Alors qu'à la suite de la Loi de séparation de l'Église et de l'État (1905), l'École est menacée de perdre ses meubles et immeubles, elle continue néanmoins de se développer en ouvrant de nouvelles classes préparatoires. En 1912, à la fin d'une neuvaine à saint François-Xavier, est découverte, à Versailles, rue de la Vieille-Église, une propriété, dite « du Grand Montreuil », construite par les Sœurs du Cénacle et qui peut être louée à la personne qui l'avait achetée après sa confiscation en 1911 en vertu de la Loi de 1901.

      Le 21 août 1913, après plusieurs procès, l'École de « la rue des Postes » est confisquée à son tour. Le 1er octobre suivant, l’École Sainte-Geneviève est installée à Versailles.

 

      Mais, encore une fois, entre octobre 1874 et mars 1876, c’est n’est donc pas à Versailles mais à Paris, rue Lhomond, ancienne rue des Postes que Charles de Foucauld a été l’élève des Jésuites de l’École Sainte-Geneviève.

 

Laurent Touchagues



(1) Cité en note dans « Lettres à un ami de lycée, correspondance inédite avec Gabriel Tourdes », nouvelle cité, 1982, page55.

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 21:25

À l’École Sainte-Geneviève (suite)

 

      La première année s’ouvre avec 48 élèves. D’année en année, le nombre des élèves augmente. De 85 en 1855, ils passent à 110 en 1856, 202 en 1857, et plus de 300 dix ans après la fondation. Jusqu'en 1861 les « Math Élem » sont majoritaires, mais sont bientôt dépassés en nombre par les élèves de classes préparatoires. Et les résultats suivent : le premier élève reçu à Polytechnique, en 1857, a droit au chant d'un Te Deum à la Chapelle.

      La devise de l’école est « Servir ». Le premier « recteur », le père Philippe Delvaux, ne veut pas d’uniforme pour les élèves ; il institue le système des « colles », exemple qui sera suivi par les autres classes préparatoires.

      Lors de la guerre de 1870, sur 400 anciens élèves officiers à l'armée du Rhin, 86 tombent au Champ d'Honneur. L'École est transformée en service ambulancier. On y compter de 800 à 900 blessés.

      Dans la nuit du 3 au 4 avril 1871, la maison est cernée par un bataillon de fédérés de la Commune. Ils arrêtent le Recteur, le Père Marie-Léon Ducoudray, sept professeurs jésuites, quatre frères jésuites et sept employés. Le 24 mai les Pères Ducoudray et Clerc sont fusillés sur le chemin de ronde, avec l'Archevêque de Paris Mgr Darboy. Le 26 mai le Père de Bengy, professeur, est exécuté rue Haxo.

      C'est l'époque, semble-t-il, où Sainte-Geneviève devient familièrement « Ginette ». Les anciens de Ginette, dénommés également « Postards », commencent à se serrer les coudes contre les brimades anti-religieuses qui se multiplient dans les grandes Écoles. Lorsque le grand catholique social Albert de Mun y était élève, en 1860, nul n’osait communier en public, bien que la messe fût célébrée dans la chapelle tous les dimanches. Après la guerre de 1870, du fait de leur nombre (une trentaine à Polytechnique), ils ne craignent plus la mise en quarantaine des catholiques pratiquants. À Pâques 1874, 183 élèves-officiers communient en public à Saint-Cyr.

      (à suivre)

L.T.

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 18:23

À l’École Sainte-Geneviève

 

      Ayant passé, avec dispense d’âge, et réussit, avec mention, son premier baccalauréat en août 1874 à Nancy, Charles de Foucauld décide alors de se préparer à la vie militaire et opte pour l’École de Saint-Cyr. Afin de se trouver dans les meilleures conditions pour le concours, il entre chez les Jésuites de l’École Sainte-Geneviève.

      On entend dire parfois qu’il a accompli ce temps de formation à Versailles puisque cette école se trouve dans cette ville. C’est à ce sujet que nous apportons aujourd’hui une précision en rappelant quelques points de l’histoire de ce prestigieux établissement d’enseignement.

 

      La loi Falloux de 1850 ayant autorisé l'ouverture d'établissements scolaires « libres », la Compagnie de Jésus aurait désiré ouvrir des établissements d'enseignement supérieur, mais la loi ne le permettait pas. Cependant, comme les classes de préparation aux grandes Écoles relevaient juridiquement de l'Enseignement Secondaire, l'autorisation fut demandée de fonder un établissement qui n'aurait que des Mathématiques Élémentaires (dernière année du bac) et des classes préparatoires.

      Le Père Pierre-Jean Beckx (1795-1887), 22ème Supérieur Général de la Compagnie de Jésus, autorise donc l’ouverture des classes préparatoires pour Saint-Cyr, Polytechnique et Centrale, encadrées par 27 jésuites.

      Cette école naît en avril 1854, dans une maison où les Jésuites avaient auparavant installé leur noviciat, au 18 de la rue des Postes, à Paris. Cette rue, située en plein Quartier latin, existe toujours mais à changé de nom en 1859 pour devenir la rue Lhomond (1), nom qu’elle porte encore aujourd’hui.

      Situé sur les pentes de la Montagne Sainte-Geneviève, ce nouvel établissement jésuite reçoit le nom d’École Sainte-Geneviève. On entend dire aussi « Ginette », car ce nom, qui sert toujours à désigner familièrement l’école, est le diminutif de Geneviève. Les noms d’« École de la rue des Postes » ou d’« École des Postes » se lisent aussi dans certains ouvrages qui continuent d’utiliser une dénomination qui eut cours longtemps après 1859.

      (à suivre)

L.T.

 



(1) Charles-François Lhomond (1727-1794), prêtre de Paris, principal du collège d'Inville, puis professeur de sixième au collège du Cardinal Lemoine. Devenu professeur émérite de l'Université de Paris, il employa les loisirs que lui donnait sa retraite à composer plusieurs ouvrages pédagogiques élémentaires.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 19:38

                                                              La perte de la foi

 

Le 11 avril 1874, la cousine de Charles de Foucauld, Marie Moitessier, se marie et devient Vicomtesse Olivier de Bondy. Qui peut mesurer exactement, sans la réduire ni l’exagérer, la portée de cet événement dans l’âme de Charles ? Faut-il dire comme un auteur que « Marie s’éloigne et Charles se détourne de tout ce qu’elle lui faisait aimer » (Michel Carrouges, « Charles de Foucauld explorateur mystique », Le Cerf 1954, page 18) ?

Le 12 août 1874, il passe avec dispense d’âge, car il n’a pas encore l’âge requis normalement, son premier baccalauréat, devant la Faculté des Lettres de Nancy. Le jury lui décerne la mention « assez bien ». Il décide alors de se préparer à la vie militaire et opte pour l’École de Saint-Cyr.

Pour cela, il entre en octobre 1874 à l’École Sainte-Geneviève, fondée par les Pères Jésuites à Paris, rue des Postes (devenue rue Lhomond en 1859), qui prépare aux Grandes Écoles. Charles de Foucauld vient d’avoir 16 ans et il a déjà perdu la foi, à Nancy. Donc avant d’entrer à « Ginette », surnom de l’école Sainte-Geneviève.

C’est à propos de sa seconde année à Sainte-Geneviève (octobre 1875-mars 1876), qu’il écrit : « Jamais je crois n’avoir été dans un si lamentable état d’esprit. J’ai, d’une certaine manière, fait plus de mal en d’autres temps, mais quelque bien avait poussé alors à côté du mal ; à dix-sept ans, j’étais tout égoïsme, tout vanité, tout impiété, tout désir du mal, j’étais comme affolé… » (Lettre du 17 avril 1892 à Marie de Bondy, citée par Bazin, page 23).

 

Nous soulignons de temps en temps, aux Amitiés Charles de Foucauld, que l’on insiste parfois beaucoup trop sur les fautes morales de Charles de Foucauld. Dans le passé, certains auteurs ont cru qu’elles étaient la cause de la perte de sa foi. C’est pourquoi il est bon de rétablir la véritable évolution qui se produit dans le jeune Charles de Foucauld.

Il connaît d’abord une période de doutes, qui deviennent de plus en plus nombreux. Puis il subit une crise morale, violente, mais qui n’atteint pas encore le jugement de l’adolescent au point de nuire à la distinction entre le bien et le mal. Enfin, les doutes envahissent son âme au point d’amener la perte de la foi : « De foi, il n’en restait pas trace dans mon âme » (Lettre du 24 février 1893 à Marie de Bondy, citée par Bazin, page 24). C’est alors seulement qu’il manifeste un complet laisser-aller moral : « Je vivais comme on peut vivre quand la dernière étincelle de foi est éteinte » (« Lettre à Henry de Castries », 14 août 1901, page 95).

Á ce stade, atteint à la fin de 1875, Charles de Foucauld a écarté toute croyance et toute règle. L’adolescent de 17 ans est même tellement enfoncé dans cet « égoïsme », que son attitude lui paraît normale : « Lorsque je vivais le plus mal, j’étais persuadé que cela était absolument dans l’ordre et que ma vie était parfaite » (Lettre du 11 décembre 1895 à Marie de Bondy, citée par J.-F. Six, page 25).

 

Laurent Touchagues

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 23:32

                                                        La perte de la foi

 

Les textes dont nous disposons permettent d’affirmer que, pour Charles de Foucauld, la rupture avec la foi est un processus progressif. Il est « tourmenté » par de nombreuses « objections » (Lettre citée par Bazin, page 22) et se pose « fiévreusement » toutes sortes de questions. Ce n’est pas rapidement ni d’un seul coup qu’il rejette la foi, et il ne sera jamais athée ; ce qui va dominer en lui, en quelques mois, c’est le doute : « Les philosophes sont tous en désaccord : je demeurai douze ans sans rien nier et sans rien croire, désespérant de la vérité et ne croyant même pas en Dieu, aucune preuve ne me paraissant assez évidente » (« Lettres à Henry de Castries », 14 août 1901, page 95).

Sans doute, et par miséricorde divine, durant ces douze à treize années d’incrédulité, garde-t-il « le respect de la religion catholique et des religieux » (« La dernière place », page 101) ; sans doute, et il y voit une grâce de Dieu, demeure-t-il – du moins au début – lucide, même au milieu de ses désordres : « Je faisais le mal, mais je ne l’approuvais ni ne l’aimais » (ibid.) ; mais il y est habité, avant tout, par le doute extrême sur la capacité de sa raison à atteindre la vérité.

L’expression foucauldienne « désespérer de la vérité » indique précisément une attitude d’incapacité angoissante. Charles de Foucauld se dit incapable de trouver et d’atteindre la vérité, mais au fond, il désire la trouver et en analyse les preuves. Et il s’installe bien, un jour, dans le constat de l’incapacité de sa raison à conclure que Dieu existe. Il participe en cela de l’état d’esprit de nombre de ses contemporains.

 

Á quelle date exactement perd-il la foi ? « Pendant douze ans, j’ai vécu sans aucune foi », confie-t-il le 14 août 1901 à son ami Henry de Castries (« Lettre à Henry de Castries », Grasset 1938, page 94). Et à sa cousine : « Souvenez-vous que pendant treize ans, je n’ai même pas eu la foi en Dieu » (cité par J.-F. Six, page 21). La conversion ayant eu lieu en octobre 1886, la perte de la foi date donc de 1873 ou 1874. Nous savons que cette dernière a lieu durant l’année de rhétorique, où il entre en octobre 1873, car dans une méditation de retraite faite à Nazareth en 1897, découpant sa vie en quatre périodes, il délimite ainsi la première : « enfance, jusqu’à l’âge de 15 ans, où je perdis la foi » (« La dernière place », page 92). Cela permet de dire que le commencement des doutes profonds date de la fin de l’année 1873 (entrée en rhétorique) et conduit à la perte de la foi dans la première partie de 1874.

(à suivre)

L.T.

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 21:28

La perte de la foi

 

On lit parfois cette affirmation que Charles de Foucauld a perdu la foi alors qu’il préparait Saint-Cyr à Paris et principalement à cause d’une crise morale. Or cela ne correspond pas à ce qui ressort des écrits du Bienheureux lui-même. Qu’en est-il exactement ?

 

Le 28 avril 1872, Charles de Foucauld fait sa première communion et est confirmé, en la cathédrale de Nancy. Il déclarera toujours, au cours de sa vie, que sa première communion avait été bonne, « après une longue et bonne préparation », et où il fut « entouré des prières et des encouragements de toute une famille chrétienne » sous les yeux des êtres qu’il chérissait le plus au monde (« La dernière place », nouvelle cité, 1974, page 100).

Marie Moitessier, sa cousine germaine de huit ans son aînée, est venue spécialement de Paris pour assister à cette cérémonie. Á cette occasion, elle lui offre, comme cadeau, les « Élévations sur les Mystères », de Bossuet. « Demain, lui écrira-t-il de Nazareth le 27 avril 1897, vingt-cinq ans que vous êtes venue à Nancy avec tant de bonté. Vos maternelles bontés ne datent pas d’aujourd’hui : merci pour le passé, le présent, l’avenir : votre souvenir de ce jour est le premier livre chrétien que j’ai lu avant ma conversion, celui qui m’a fait entrevoir que peut-être la religion chrétienne était vraie » (cité par Jean-François Six, « Itinéraire spirituel de Charles de Foucauld », Le Seuil 1958, page 19).

 

Á la fin de 1872, Charles de Foucauld, entre en seconde, au Lycée National de Nancy, et peut lire les ouvrages de son choix, avec imprudence, sans aucun conseil ni contrôle (voir Charles de Foucauld, « Lettres à un ami de lycée », nouvelle cité 1982, page 35). Érudit précoce, le garçon de quatorze ans se jette avec avidité sur toutes sortes de livres. Il en acquiert une remarquable culture générale, mais sa foi en est vite ébranlée : « Si je travaillais un peu à Nancy, c’est qu’on me laissait mêler à mes études une foule de lectures qui m’ont donné le goût de l’étude, mais m’ont fait le mal que vous savez » (Lettre à Marie de Bondy, citée par René Bazin, « Charles de Foucauld, explorateur du Maroc, ermite au Sahara », nouvelle cité 2003, page 22).

Ces lectures se poursuivent l’année suivante (1873-1874), en « rhétorique » comme on disait à l’époque. Elles le mettent face à tant d’affirmations qui, se contredisant mutuellement, génèrent les plus graves objections philosophiques et religieuses et l’amènent à douter de tout. Ses maîtres ne sont pas mauvais mais semblent n’avoir aucune religion (« Lettres à un ami de lycée », page 32) et ne le guident aucunement : Charles en conclut qu’aucune opinion n’a plus de valeur qu’une autre et qu’on peut se passer de religion. « Je  n’ai eu aucun maître mauvais, – tous au contraire, étaient très respectueux ; – même ceux-là font du mal, en ce qu’ils sont neutres, et que la jeunesse a besoin d’être instruite non par des neutres, mais par des âmes croyantes et saintes, et en outre par des hommes savants dans les choses religieuses, sachant rendre raison de leurs croyances et inspirant aux jeunes gens une ferme confiance dans la vérité de leur foi » (Lettre du 5 mars 1901 à son beau-frère Raymond de Blic, citée par Bazin, pages 22-23). Hélas, Charles de Foucauld lycéen ne bénéficie pas de tels maîtres.

(à suivre)

                                                                                                                                                     LT

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 23:22

Précisions : pour rétablir des faits oubliés ou méconnus

 

Les 10 premiers rubriques "attention à la précision !" ont été publiées dans le Bulletin des Amitiés Charles de Foucauld entre octobre 2006 et octobre 2009.

 

Depuis lors, cinq autres précisions ont été publiées :

 

11. Les affectations du sous-lieutenant de Foucauld(janvier 2010) par Michel de Suremain

 

12. Les punitions du sous-lieutenant de Foucauld à Saumur, (juillet 2010) par Michel de Suremain

 

13. Charles de Foucauld paresseux ? (octobre 2010) par Michel de Suremain

 

14. Le frère universel(avril 2011) par Frère Antoine Chatelard

 

15. Tutelle, curatelle, émancipation, main levée. Pour Charles de Foucauld, de quoi s'agit-il ? (juillet 2011) par Michel de Suremain

 

 

Le Bulletin n° 185 de janvier 2012 contient une seizième précision :

 

16. Charles de Foucauld à Tunis - Septembre 1886, par Michel de Suremain

 

 

Et d'autres sont en préparation...

 

Bulletin des Amitiés Charles de Foucauld

56 rue du Val d'Or - 92150 SURESNES

Abonnement annuel : 30 € - 4 numéros

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 23:30

Attention à la précision !

 

Les Amitiés Charles de Foucauld, qui ont comme premier but de faire connaître Charles de Foucauld dans tous les aspects de sa personnalité et de la façon la plus fidèle possible à son histoire et au contexte qui fut le sien, publient dans leur Bulletin trimestriel la rubrique intitulée Attention à la précision !, rubrique courte, sereine et non polémique, mais concrète et pratique.

Depuis longtemps les Amitiés Charles de Foucauld ont constaté en effet que des erreurs répétitives concernant la vie du Père de Foucauld avaient cours dans les articles, dans les biographies, dans les conférences, dans les conversations, même dans les homélies, leurs auteurs se contentant de reprendre, sans vérification, ce qui avait été dit ou écrit avant eux. La plupart du temps, les conséquences ne sont pas graves et il faut les corriger par une meilleure présentation des faits ou une correction de dates ; parfois il s’agit de clichés qui vont contre la vérité historique au point de la ternir et de défigurer, souvent subtilement, l’authenticité de la personne concernée et donc son témoignage.

Le Comité de rédaction du Bulletin des Amitiés, par l’un ou l’autre de ses membres, se propose de relever des « on-dit » trop facilement véhiculés, et d’apporter, par une précision oubliée ou méconnue, un éclairage capable de renverser le sens de l’interprétation fautive et d’approcher ainsi davantage de la vérité.

 

Voici les dix premières précisions qui ont été ainsi publiées :  

 

   1 : Des armes dans le magasin du bordj, par Pierre Sourisseau

  2 : La construction du bordj de Tamanrasset, par Michel de Suremain

  3 : La punition de 1881, par Pierre Sourisseau

  4 : Les différentes oeuvres linguistiques du Père de Foucauld, par Guy Basset

  5 : Les photos de Charles de Foucauld "en civil", par Pierre Sourisseau

  6 : L'orthographe de IESUS CARITAS, par le Père André Roustan

  7 : La perte de la foi, par Laurent Touchagues

  8 : A l'école Sainte-Geneviève, par Laurent Touchagues

  9 : L'église du baptême de Charles de Foucauld, par Laurent Touchagues

10 : La vie communautaire de Charles de Foucauld, par Pierre Sourisseau

 

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24 février 2008 7 24 /02 /février /2008 13:43
L’orthographe de IESUS CARITAS

        On écrit
facilement « Jésus Caritas » comme on écrit Jésus en français. On prononce pourtant assez couramment le IESUS comme un mot latin. De quoi s’agit-il exactement ?

        1) Il faut dire d’abord que ces deux mots ont été choisis par Charles de Foucauld pour servir de devise, de sceau, d’emblème. Ceci est officialisé, pourrait-on dire, par ces dispositions des Constitutions des petits frères du Sacré Cœur de Jésus de 1899-1901 : « Les fraternités ont pour sceau un Cœur surmonté d'une Croix avec le mot IESUS au-dessus et le mot CARITAS au-dessous » (cf. Règlements et Directoire, Nouvelle Cité,  p.89-90. Voir aussi p. 269 et 286, avec en plus la précision : « le tout de couleur rouge sur fond blanc » Voir également le croquis 2, p. 314. Mêmes notations dans les Constitutions et le Règlement des petites sœurs du Sacré-Cœur de Jésus de 1902)
.
        L’emploi de cette devise, de ce sceau, de cet emblème, avec tout ce que cela comporte dans les usages sociaux et religieux, ou dans les codes héraldiques, s’il est permis d’employer cette référence pour celui qui voulait «la dernière place », a, dans la pensée de son auteur, une autre portée que les formules pieuses qu’il employait en en-tête de ses lettres quand il était à la Trappe où il utilisait généralement la devise cistercienne : J.M.J.B. (Jésus, Marie, Joseph, Bernard) ou quand il était à Nazareth, où il aimait faire suivre le nom de Jésus de la demande du Pater : Fiat Voluntas Tua.
        Á partir de sa décision de devenir prêtre-ermite (puis petit frère) du Sacré-Cœur de Jésus, il opte pour une devise qu’il conservera jusqu’à sa mort. On peut citer à ce propos ce passage de sa lettre à l’abbé Huvelin du 16 mai 1900 : « Le mieux pour moi est, il me semble, de recevoir les Saints Ordres à Jérusalem…[…] Le Patriarche lui-même me fera donner les dernières instructions, me gardera dans son Séminaire le temps qu’il jugera bon…Cela aura un autre avantage, très important : celui de me faire connaître de lui et de ses prêtres, d’établir entre nous la confiance et cette bénie charité dont je prends avec celui de Jésus le nom pour deviseLa charité…, c’est ce qui règne le moins dans le clergé et surtout entre les nombreux religieux de Terre Sainte, et toute ma vie sera employée à la resserrer avec tous et entre tous. » (Lettres à l’Abbé Huvelin, p.159).


        2) Il faut ensuite souligner que ces deux mots de la devise sont des mots latins : si on n’a pas de difficulté à le constater avec CARITAS qui n’est pas dans la langue française, il n’en est pas de même pour le nom de Jésus. Or, frère Charles de Jésus choisit pour sa devise d’écrire IESUS avec un « » majuscule, comme lettre initiale :c’était l’orthographe latine traditionnelle au lieu du « » qui donne « JESUS » en transcription française.
        L’usage du « I » latin s’est maintenu jusqu’à aujourd’hui, dans des formules où il ne viendrait l’idée à personne de le remplacer par un « J » pour « faire français » : I.N.R.I. : Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum ; I.H.S. : Iesus Hominum Salvator…
        Dans le texte latin de la Règle de St Augustin qui précède le texte des Constitutions des Petits Frères du Sacré-Cœur ainsi que dans la version latine de ces Constitutions, Charles de Foucauld lui-même écrit constamment « IESUS » « IESU » « IESUM » pour parler de Jésus. Et il précise même à l’Article VIII des Constitutions des Petits Frères : « Latinam linguam modo romano pronuntient ! » (Règlements et Directoire, p.64, et p. 80 en français : « Ils prononcent le latin à la manière romaine. »)
        Pour la même raison, le E de IESUS s’écrit sans accent, le latin n’ayant jamais d’accent et ne connaissant pas d’autre son pour le « E » que « é ».
 
        3) Allons plus loin. Charles de Foucauld veut que son latin soit celui de Rome. Il tient à cette conformité aux traditions de l’Eglise romaine, que ce soit dans le calendrier liturgique, dans la récitation du Bréviaire et des Psaumes, ou même dans l’orthographe employée. Quand sa cousine Marie de Bondy s’étonne de l’écriture de IESUS et surtout de CARITAS, il répond : « Vous (vous) demandez peut-être pourquoi cette orthographe IESUS CARITas, c’est l’orthographe romaine ; et je suis romain jusqu’au fond du cœur. »(LMB. p. 99)
 
        Dans cette manière d’orthographier IESUS et CARITAS, qu’est-ce qui pouvait surprendre Marie de Bondy ou qu’est-ce qu’il pouvait y avoir de « romain » dans l’orthographe de l’un et l’autre de ces deux mots ? On l’a vu pour IESUS. Pour CARITAS, c’est plus compliqué. En France, à cette époque- là, on employait plutôt l’orthographe « Charitas », comme en témoigne l’usage que l’on faisait de cette orthographe à Paray le Monial, où Charles de Foucauld puisait sa dévotion au Sacré-Coeur. C’est la même orthographe qu’il retrouvait d’ailleurs dans le texte de la Vulgate, dans la version qu’il utilisait. Lui-même a employé le terme « Charitas » à plusieurs reprises jusqu’en 1900, sans doute même jusqu’à son passage à Rome en septembre 1900, au retour de son séjour en Terre Sainte. Comme c’était l’orthographe « Caritas » qui prévalait alors à Rome, il se rallia à l’usage romain sans plus jamais en sortir.

        Ce IESUS CARITAS avec le Cœur et la Croix sont universellement connus et signifient, tel un logo, que nous sommes chez Charles de Foucauld, ou chez ses amis et disciples.
        Face au choix qu’a fait Charles de Foucauld de ce « sigle », un choix qu’il a mûri toute sa vie, il ne s’agit pas pour nous de faire de l’archéologisme, mais de nous souvenir du contenu et de la signification qu’il a voulu donner à ce Cœur surmonté de la Croix, à ce nom de Jésus, son bien-aimé Frère et Seigneur, à cette Caritas, qui est le nom propre de notre Dieu, « Deus Caritas est », Source de Charité, de tout Amour et de toute Fraternité, « sigle » qui est le sceau de l’Alliance qu’il nous invite à garder en mémorial.
        Une humble manière de respecter et d’honorer le choix qu’il a fait de cette forme latine pour signifier son attachement à l’Église « jusqu’au fond du cœur », c’est d’accepter jusqu’au dépaysement auquel il nous appelle en nous invitant à renoncer à imposer à « Iesus » une orthographe trop de chez nous, fusse par un simple accent aigu de trop ! Et nous n’écrirons plus Jésus Caritas !

Père André ROUSTAN, du diocèse de Viviers
    
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Published by Laurent Touchagues - dans La précision
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