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Bienvenue dans ce lieu virtuel qui porte le nom de l'ermitage de Charles de Foucauld à Tamarasset !

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22 février 2008 5 22 /02 /février /2008 20:55
La construction du bordj de Tamanrasset 


undefined       Il semble intéressant de revenir sur la question du « Bordj », ce bordj qui joua un si grand rôle dans la vie de Charles de Foucauld et qui fait encore l’objet de trop de commentaires erronés. Cette question devrait être bien connue… et pourtant, n’entendons-nous pas fréquemment, dans les présentations faites aux visiteurs du bordj, qu’ « il (Charles de Foucauld) le fit construire avec le concours de la main d’œuvre militaire… » ? Ce qui est faux, mais justifie pour beaucoup que l’on parle de compromission de Charles de Foucauld avec la « Res militaris ». Or, les documents sont formellement clairs, il est bon de le rappeler une fois encore.

        1er point : en 1915, quand Charles de Foucauld envisage cette construction, il n’y a pas de militaires à Tamanrasset. Les militaires, à effectifs toujours réduits par suite de la nomadisation habituelle du Groupe du Hoggar dans l’Adrar des Ifoghas ou dans l’erg Admer, à 3 ou 400 kilomètres au Sud ou à l’Est, résident à Fort-Motylinski, à 70 kilomètres de Tamanrasset. Les menaces contre les populations sont permanentes et réelles, elles proviennent des rezzous venant des confins marocains, ou des rebelles libyens de la confrérie des Senoussi (rappelons que l’Adrar des Ifoghas, soumis en été aux bénéfices de la mousson, est une zone de pâturages très connue des tribus « touareg »).

        2ème point : c’est le 9 juin 1915 qu’on voit apparaître dans le carnet de Charles de Foucauld la mention laconique : « Commencé château (sic) ». Charles vit seul à Tamanrasset, avec Paul son employé haratin, et la population est en grande partie dans les pâturages ; ne restent à Tamanrasset que les vieillards, les femmes et les enfants. Le début de ces travaux doit correspondre à la confection des briques, travail de longue haleine puisqu’il s’agit de modeler ces briques dans un mélange d’argile et de paille, séché au soleil.

        3ème point : le 5 août, le lieutenant de la Roche, récent commandant du poste de Motylinski, passe à Tamanrasset en rejoignant le Groupe en Adrar, et note dans son journal de marche, page 176 : « Tamanghasset 8 h 30, R. P. de Foucauld ; le saint homme construit à ses frais une kasbah où les touareg pourront se réfugier en cas d’attaque. De qui ? Je l’ignore… toujours les mêmes histoires que j’écoute par respect, mais dont probablement je ne tiendrai pas compte. Pour le vénérable prêtre, le Hoggar se résume à une seule tribu, les Dag R’ali et encore, parmi eux, il n’y a qu’un homme digne d’intérêt, Ouksem » (NDLR : Ouksem, autochtone influent de Tamanrasset où d’ailleurs il se fait construire une maison, et que Charles de Foucauld, depuis 1913, voit presque chaque jour). Cette déclaration montre bien le désintérêt du lieutenant de la Roche pour la construction du bordj.

        4ème point : le 17 août, nouvelle mention laconique dans le diaire de Charles de Foucauld : « Commencé la construction en briques du château ». On n’a aucun détail sur le plan dudit château, ni son volume, ni son aspect extérieur ; bornons-nous à penser qu’il s’inspire des kasbah marocaines, bien connues de Charles. Aucune mention non plus sur la poursuite et l’achèvement des travaux ; mais notons qu’en mars-avril 1916, les événements inquiétants survenus à Djanet du fait des Senoussi ont dû faire accélérer les travaux et probablement déjà influencer Charles de Foucauld sur la destination du bordj (voir à ce sujet le Bulletin Trimestriel des Amitiés Charles de Foucauld n° 105 de janvier 1992, page 11).

        5ème point : ce n’est que le vendredi 23 juin 1916, c’est à dire un an après le début des travaux, que la construction du bordj va connaître son épilogue : « Changé de domicile. Je m’installe sur la rive droite », mention que va expliciter une longue lettre à Laperrine, dans laquelle Charles de Foucauld explique les raisons de ce déménagement et le véritable pourquoi de cette construction qui, dans son projet primitif, n’était qu’« un petit refuge, une minuscule kasbah où la population de Tamanrasset put s’abriter au cas où des coureurs marocains viendraient jusqu’ici.

        Cette lettre, très intéressante, est à connaître parfaitement par tout pèlerin arrivant à Tamanrasset, et débutant son voyage par la visite du bordj, et le lecteur curieux se doit de se reporter à son texte intégral (Bulletin Trimestriel des Amitiés Charles de Foucauld n° 105 de janvier 1992, pages 8 et 9). Elle authentifie toute la genèse de cette longue construction, qui ne doit rien à la main d’œuvre militaire, mais tout à la ténacité d’un homme seul, dont la mort, le 1er décembre 1916, infirmera le jugement du lieutenant de la Roche du 5 août 1915, cité plus haut.

        Et c’est pour cela qu’il est bon de s’en tenir à la précision des dates, des faits et de la chronologie des événements.
 
Michel de Suremain, Président des Amitiés Charles de Foucauld

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Published by Laurent Touchagues - dans La précision
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21 février 2008 4 21 /02 /février /2008 23:22
Des armes dans le magasin du bordj ?
 
     On dit que le P. de Foucauld en acceptant de recevoir des armes dans l’ermitage fortifié où il passé ses derniers mois a été en contradiction avec ce qu’il prescrivait en 1899-1901 dans son Règlement des petits frères du Sacré-Cœur de Jésus : « Il leur est à jamais interdit de se servir d’armes, d’en porter, d’en posséder : “Je vous ai envoyés comme des brebis parmi les loups” ; Jésus n’eut pas d’armes et mourut sans se défendre… » (Chapitre XXVIII. Charité, paix, humilité et courage avec tous les hommes).
     Il est vrai qu’à partir du mois d’août 1916 des fusils et/ou des carabines avec munitions correspondantes (« 14 carabines et 2 caisses de cartouches » lit-on dans une lettre de Foucauld à Laperrine du 30 septembre) avaient été mises en dépôt par l’autorité militaire du fort Motylinski dans ce qu’il est convenu d’appeler « le bordj ». Mais il faut bien enregistrer ce qu’était pour le Père de Foucauld ce domicile où il s’est installé le 23 juin précédent.

     Quand il décide cette construction, elle est dans sa pensée destinée à servir d’abri pour la population de Tamanrasset en cas de rezzou, c’est-à-dire pour protéger des pillards et des voleurs, personnes et biens, notamment les modestes récoltes locales. Un puits dans la cour permet d’y avoir l’eau à 10m de profondeur. C’est donc une bâtisse d’intérêt public, un abri communal, pourrait-on dire. Pour imaginer cette protection collective, il se rappelle avoir vu autrefois ce genre de maison commune dans le sud du Maroc, et il l’a vu aussi dans le Touat.undefined

     Ce sont ses voisins, ceux qui devaient bénéficier de ce refuge et de cet entrepôt de vivres, qui lui ont fait remarquer que, s’il fallait un jour s’y enfermer, il devait lui-même y venir, et d’autre part qu’il serait avantageux de trouver ce lieu non seulement habité mais muni de provisions, d’instruments, de remèdes, bref du nécessaire pour un hébergement plus ou moins long et important. Son plan primitif se modifia en ce sens : désormais il aurait donc là son habitation personnelle avec une chapelle et une pièce polyvalente lui servant de bibliothèque, de bureau et de chambre à coucher. Il y ferait à côté une chambre d’amis pour les hôtes de passage. Une troisième pièce serait destinée à la cuisine et surtout servirait de magasin.

     Il occupe cet ermitage fortifié à partir du 23 juin 1916. C’est dans le magasin qu’il a dû entreposer au fur et à mesure de leur arrivée les différentes « charges » qu’il mentionne dans son carnet : blé, dattes « pour les pauvres »… Et c’est là aussi qu’il réceptionne, en provenance du fort Motylinski, armes et munitions destinées aux quelques hommes de Tamanrasset capables de manier fusils ou carabines pour défendre ce « petit refuge » en cas d’attaque par une des bandes, parfois armées, de tendance senoussiste qui circulent jusque dans le Hoggar.

     En acceptant ce matériel dans le magasin du refuge, il ne faisait sans doute qu’aller dans le sens de l’idée suggérée par ses voisins. Quant à lui, il ne devait pas avoir lors des menaces d’août et septembre 1916 le sentiment de transgresser ce qu’il s’était donné comme règle quand il écrivait son Règlement en 1899-1901 en de toutes autres circonstances : le dépôt dans la partie magasin, et non dans ses appartements privés, manifeste en effet que cet armement ne comportait à ses yeux aucune appropriation personnelle.

     Certes on est là à quelques mètres près, et dans une seule et même enceinte. La distinction entre les locaux de cette « minuscule kasba » ou du « château », noms qu’il donne à son nouveau domicile, peut paraître subtile. C’est un détail, dira-t-on… Mais il peut modifier la façon de juger la conduite de Charles de Foucauld à ce moment-là. S’il est permis d’être surpris et même choqué en la comparant sans précaution à ce qu’écrivait le petit frère Charles de Jésus de 1901, on l’est moins quand on prend soin de faire cette comparaison en parlant de ces armes in situ.
 
                                Pierre Sourisseau, archiviste de la Cause de Charles de Foucauld

Sources : Lettres de Charles de Foucauld à Laperrine du 1er juillet et du 30 septembre 1916 (Lettres inédites au général Laperrine, La Colombe, 1954, p. 143-145 et p. 156) – Lettre du même à sa cousine Marie de Bondy du 15 septembre 1916 (Lettres à Madame de Bondy, Desclée de Brouwer, 1966, p. 248 ou Sur les traces du Père de Foucauld, La Colombe, 1953, p. 288) – Carnet de 1916 (Carnets de Tamanrasset 1905-1916, Nouvelle Cité, 1986, p. 393-398).
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Published by Laurent Touchagues - dans La précision
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