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Bienvenue dans ce lieu virtuel qui porte le nom de l'ermitage de Charles de Foucauld à Tamarasset !

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12 mars 2008 3 12 /03 /mars /2008 20:18

                                                                   Vivre "au désert"

                
     Ce n’est pas en un jour que frère Charles intériorisera le mystère de cette vie de Nazareth, mais il sera un jour tellement plein de ce mystère qu’il le vivra sans s’en apercevoir, peut-on dire. De même les exigences de la vie retirée en Dieu, symbolisée par le désert, lui deviendront à ce point spontanées qu’on pourra dire à son sujet qu’il vit « au désert »… même s’il passe ses journées au contact de ses voisins, et même s’il ne sait pas clairement qu’il se ressource de ce que lui apporte effectivement cette vie au désert ! S’il dure ainsi au fin fond du Sahara, comme il aurait duré ailleurs si des circonstances lui avaient été des signes de Dieu pour y aller, ce n’est pas par attirance romantique, ni par fuite des hommes, ni par dégoût du monde, ni même par nécessité d’une purification ou d’un combat spirituel, c’est parce que c’est là qu’est sa vocation, sa mission.

En fait, pour Charles de Foucauld, comme aussi pour celui qui veut vraiment s’aventurer dans cette expérience, « l’attirance pour le désert » est fondée, comme l’écrit Jean-Yves Leloup dans Désert, déserts, « sur un appel, sur un désir d’intimité avec la transcendance perçue comme “Bien-Aimée”, comme Amant et comme Aimant, vers lesquels on se sent irrésistiblement attiré dans l’oubli de tout le reste. » (cité par Jean-Luc Maxence, op.cit., p. 184).

     (fin)

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11 mars 2008 2 11 /03 /mars /2008 23:36

                                                                                  Le désert intérieur

Il est dans le désert géographiquement parlant, mais son cœur est aux gens qui l’entourent. S’il les aime, c’est « en vue de Dieu » :
« Aimons-les en vue de Dieu, autant qu’Il le veut, comme Il le veut, non pour nous, ni pour eux, mais pour Lui ; notre amour pour eux n’en sera pas diminué mais incomparablement augmenté, puisant dans cette source de la volonté divine une force, une stabilité, un dévouement, une ardeur que n’a pas l’amour purement humain et qui ne sont que dans les cœurs qui, laissant Jésus vivre en eux, aiment par Jésus et non par eux-mêmes. Faisons donc dans nos sentiments pour le prochain et nos rapports avec lui, passer Dieu avant tout, n’ayant dans nos affections, nos pensées, nos paroles, nos actions que Dieu en vue, cherchant en tout une chose unique : être et faire ce qui est le plus agréable à Dieu. » Ces exhortations se trouvent dans le Directoire des frères et sœurs du S.C. de Jésus à l’article XX intitulé Détachement de tout ce qui n’est pas Dieu, qui est pour frère Charles sa manière de parler des bienfaits d’un passage par le désert.
Dans sa lettre au Père Jérôme, il emploie ces mots : « vider complètement cette petite maison de notre âme pour laisser toute la place à Dieu seul ». C’est là, dans cet intérieur, qu’il situe le désert.
 Cette image de « la maison de notre âme » ne se trouve pas très éloignée d’une autre image de « maison », elle aussi tout intérieure. Quand Charles de Foucauld, en effet, se demande comment et où vivre la vie de Jésus à Nazareth, l’abbé Huvelin lui fait remarquer que « Nazareth, c’est une maison qu’on se bâtit en son cœur, ou plutôt qu’on laisse bâtir en soi des mains de Jésus Enfant doux et humble de cœur ! » (2 août 1896). 

      (à suivre)
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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 11:42

Le "désert" n'est qu'une préparation

L’essentiel de la pensée de Charles de Foucauld sur le désert n’est pas tant dans ces mots, souvent cités seuls et hors contexte : « Il faut passer par le désert et y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu », que dans les lignes qui amènent et qui suivent cette phrase. Elles sont destinées au jeune Père Jérôme de Staouëli qui se prépare à Rome aux ordinations :


     « …Ce temps de préparation [où] vous êtes ; c’est une période extrêmement grave, extrêmement importante de votre vie, le temps où vous devez vous préparer par le recueillement, le silence intérieur, la solitude, l’éloignement plus grand que jamais des créatures à recevoir la grâce de Dieu et à faire le vide en vous pour qu’Il puisse vous posséder, vous remplir tout entier. “Aperi os tuum et implebo illud” [Ouvre ta bouche et je l’emplirai], pour que Dieu puisse remplir notre bouche, il faut qu’elle soit vide.[…] Plus tard l’âme produira des fruits exactement dans la mesure où l’homme intérieur se sera formé en elle. Si cette vie intérieure est nulle, il y aura beau avoir du zèle, de bonnes intentions, beaucoup de travail, les fruits seront nuls : c’est une source qui voudrait donner la sainteté aux autres mais qui ne peut ne l’ayant pas : On ne donne que ce qu’on a : et c’est dans la solitude, dans cette vie seul avec Dieu seul, dans ce recueillement profond de l’âme qui oublie tout le créé pour vivre seule dans l’union avec Dieu, que Dieu se donne tout entier à celui qui se donne ainsi tout entier à Lui. »
    Ce temps de préparation au ministère sacerdotal et à la vie au milieu des hommes et pour leur service, il l'appelle donc « désert » :
« C’est là qu’on se vide, qu’on chasse de soi tout ce qui n’est pas Dieu et qu’on vide complètement cette petite maison de notre âme pour laisser toute la place à Dieu seul. » (cf. Cette chère dernière place, Lettres à mes frères de la Trappe, Le Cerf, 1991, p. 182-183).
     Ces conseils spirituels qu’il envoie de Nazareth, il les répètent plus tard à ses amis, alors qu’il est inséré dans ces populations du désert à qui il se donne sans compter.

    (à suivre)

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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 22:22
                                                                      La grâce de la "retraite"

       
       Dans sa contemplation, Charles de Foucauld découvre « la retraite » comme une attitude, un comportement, il dira une « vertu », du Modèle Unique, car Jésus, à Nazareth et même dans sa vie d’ouvrier apostolique, prend des temps de retraite pour être tout à sa mission. Il veut dès lors suivre et imiter Jésus dans cette retraite fréquente et presque permanente, pour être tout à Dieu, puisque c’est là « la seule chose nécessaire ».
 La vie « retirée » de Jésus à Nazareth, les 40 jours de Jésus « au désert » et les « retraites » de Jésus durant sa vie publique lui sont aussi des exemples de « préparation » à une mission. En fait, c’est sans doute son temps passé comme « ermite » en Terre Sainte au service des Clarisses qui se rapproche le mieux de cette vie « au désert » comme préparation.
Ordonné prêtre, il choisira de mener cette vie de Nazareth là où il sait l’existence de frères « perdus», « malades ». Il se rappelle alors son expérience marocaine et il pense à ces gens qu’il a découverts dans les contrées désertiques du sud marocain ; c’est là qu’il voudrait mener près d’eux la vie de Nazareth. Mais les circonstances et les événements l’établiront à Beni-Abbès, assez loin encore du Maroc, et, de là, il sera conduit plus au fond encore du Sahara. Dans ces décisions, il n’y aura pas un choix pour le désert comme tel, mais toujours une option pour les populations du désert. 
 
 
Il est sûr que marcher et séjourner dans un lieu tel que le désert, loin du « divertissement » (dirait Pascal), dans des conditions de silence, de solitude, d’humble dépendance devant la nature et ses lois, ramène à l’origine et à la simplicité première où l’homme peut se refaire et renaître dans une vérité plus grande. C’est là le bienfait d’un passage par le désert. Mais si Charles de Foucauld a su répondre à cet appel vers la vérité et l’absolu, ce n’est pas parce qu’il vivait au Sahara, encore qu’il pouvait bénéficier, sans le percevoir toujours, de la cure d’âme et de la tonicité qu’apporte le désert, c’est beaucoup plus parce qu’il fut dès le moment de sa conversion et pour le reste de ses jours touché par une grâce particulière qu’il exprime par ces mots : « Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui : ma vocation religieuse date de la même heure que ma foi : Dieu est si grand ! Il y a une telle différence entre Dieu et tout ce qui n’est pas Lui !… » (à Henry de Castries, 14 août 1901). Cette grâce qui lui a été faite alors, il veut continuellement s’y conformer et la recevoir à nouveau, et pour s’y ouvrir, il essaie de vivre le plus possible dans la « retraite », aux pieds de Jésus, à l’exemple de Marie-Madeleine, la contemplative de Béthanie et l’ermite de la Sainte Baume. 

       (Source : un article de Pierre Sourisseau, archiviste de la Cause de Charles de Foucauld dans le Bulletin trimestriel des Amitiés Charles de Foucauld, n° 149 - janvier 2003)
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27 février 2008 3 27 /02 /février /2008 20:57

                                                            Mystique du désert et mystique au désert 


      Il est fréquent que le thème du désert soit associé au nom de Charles de Foucauld : expositions, livres, colloques, revues. Pendant ce temps, des voyages au Maroc ou en Algérie sur les pas de Charles de Foucauld sont programmés par des agences, et leur publicité est à peu près toujours identique : « au désert avec Charles de Foucauld », « sur les traces de Charles de Foucauld dans le djebel Saghro, désert semblable au Hoggar algérien »… S’y ajoute souvent la citation empruntée à une lettre de frère Charles au Père Jérôme : « Il faut passer par le désert et y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu…».

     Ces insistances sont-elles justifiées ? Ce thème du désert est-il bien approprié quand il est trop accolé à l’histoire de Charles de Foucauld ? De quel désert d’ailleurs parle-t-on quand on se réfère à son itinéraire personnel ?
      Il faudrait des pages et des pages pour bien traiter le sujet, et de nombreuses citations, depuis celles du jeune Foucauld voyageant au Maroc jusqu’à celles du Foucauld décrivant le panorama de l’Assekrem, en passant par celles du Foucauld converti qui ne veut vivre que pour le Seul et celles du Foucauld fondateur qui veut rassembler des frères et des sœurs recueillis aux pieds de Jésus.
      Voici quelques éléments de réflexion empruntés autant que possible à la vision même qu’il avait du désert.
      
      Le Bienheureux Charles de Foucauld  a longuement vécu et beaucoup marché dans le désert, dans celui du Sahara précisément. Il en a découvert les beautés comme aussi les rigueurs. Il en a parlé au fond assez peu, l’esthétisme n’étant pas « sa tasse de thé ».
      Il préférait rencontrer les gens qui peuplaient ce désert et partager avec eux. C’est là qu’il prenait le thé peut-être !
      Plus que le goût et l’appel du désert, ce qui le détermine et qui est sa vocation profonde, c’est l’imitation de la vie de Jésus à Nazareth. Il y voit Jésus aimant le recueillement, le silence, « la retraite » pour un entretien permanent avec son Père, attendant pour passer à la vie d’ouvrier évangélique que les signes de la Volonté du Père lui soient donnés.

      Entre cette vie cachée de Nazareth et la vie publique de prédication, Charles de Foucauld appelle « désert » le temps des 40 jours où Jésus, pour se préparer à sa mission d’évangélisation par la parole, s’est retiré seul dans le jeûne et la prière dans un lieu désertique. C’est une des « vies », la troisième, menées par le « bien-aimé Frère et Seigneur Jésus ».
      Mais, dans son désir d’imitation, de même qu’il ne se sent ni attrait, ni capacités et qu’il n’entend aucun appel pour une mission de prédicateur, il ne se voit pas non plus appelé à passer son existence dans une imitation longue de la Sainte Quarantaine, « mon corps ne pouvant vivre sans manger », note-t-il dans sa retraite de diaconat.
      Il imitera donc Jésus dans sa vie à Nazareth, en criant l’Évangile par sa vie, comme l’a fait pendant trente ans « l’Ouvrier, fils de Marie ».
      
      (à suivre) 

(Source : un article de Pierre Sourisseau, archiviste de la Cause de Charles de Foucauld, dans le Bulletin Trimestriel des Amitiés Charles de Foucauld, n° 149 - janvier 2003)
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15 novembre 2006 3 15 /11 /novembre /2006 23:43

Suite aux articles de ces derniers jours, un lecteur demande aujourd'hui à propos de Madeleine Delbrêl : qui est cette femme ? Voici une brève biographie de cette âme chrétienne du XXè siècle dont la Cause de canonisation a été ouverte et qui a contribué à sa manière au rayonnement de Charles de Foucauld :

       Madeleine Delbrêl est née le 24 octobre 1904 à Mussidan, en Dordogne, fille unique d'un père cheminot. Elle fait à 12 ans sa première communion, fervente mais sans lendemain. Car si elle rencontre dans son enfance des prêtres qui savent éveiller en elle une foi simple et profonde, elle est aussi soumise à d'autres influences, en particulier un ami de la famille, le docteur Armaingaud, « disciple de Littré, athée convaincu ».

Après une enfance itinérante due aux affectations professionnelles de son père, à 16 ans, elle arrive à Paris où elle fréquente les milieux intellectuels et athées. En 1923, alors qu'on la considère comme fiancée au jeune bordelais Jean Maydieu, celui-ci s'éloigne brusquement d'elle pour rentrer chez les Dominicains. Cette séparation marque profondément Madeleine qui tombe malade et ne se mariera jamais après. C'est aussi à cette période que son père Jules Delbrêl perd progressivement la vue, puis se mure dans une solitude farouche.

Peu après elle rencontre une bande de jeunes pleins d'entrain, des étudiants chrétiens, qui « parlaient de tout mais aussi de Dieu qui paraissait leur être indispensable comme l'air ». Elle en vient alors à s'interroger sur Dieu. Elle se convertit le 29 mars 1924, cherche sa voie et rencontre un peu plus tard un prêtre de sa paroisse Saint-Dominique d'Évry, l'abbé Lorenzo, qui devient son guide spirituel et l'amène à s'engager dans le scoutisme.

En 1926, elle reçoit le Prix Sully Prud’homme pour son recueil de poèmes « La Route ».

En 1930, dans la ligne de son engagement, elle songe à un projet de vie commune tournée vers les plus pauvres. Elle rassemble alors un groupe d'une douzaine de jeunes femmes pour réfléchir ensemble sur l'Écriture Sainte. Plusieurs se sentent appelées à mener une vie contemplative hors d'un couvent. Madeleine s'installe en 1933 avec deux amies, Hélène et Suzanne, dans la ville ouvrière d'Ivry-sur-Seine. Parallèlement, elle commence des études d'assistance sociale et s'engage dans un groupe religieux nouveau, la « Charité de Jésus », tourné vers la vie évangélique et le service des paroisses.

Elle obtient son diplôme en 1936 et travaille un temps comme assistante sociale paroissiale à Saint-Jean-Baptiste d'Ivry. En 1939, elle est embauchée comme assistante sociale à la mairie d'Ivry. C'est une ville « rouge » dirigée par un maire communiste et athée, Georges Marrane, qui sera pour elle à la fois un adversaire et un ami. Elle fera ici toute sa carrière au service des plus pauvres.

Malgré de nombreux petits accidents de santé, elle continuera jusqu'à sa mort, survenue subitement le 13 octobre 1964, à partager son temps entre correspondance, conférences, vie militante à Ivry, participation aux grandes causes, animation de son équipe de vie.

     Avec cette équipe, elle a lu et relu les écrits de Charles de Foucauld alors publiés, et elle a rédigé en novembre 1946 un article, « Pourquoi nous aimons le Père de Foucauld », pour la Vie spirituelle, la revue des PP. Dominicains. Après sa mort on a réédité ce texte dans La Joie de croire (Le Seuil, 1968, p. 33-39), livre qui regroupe des méditations écrites par Madeleine Delbrêl de 1935 à 1964.

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