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Bienvenue dans ce lieu virtuel qui porte le nom de l'ermitage de Charles de Foucauld à Tamarasset !

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 20:55

Cinq résidences en tout

 

1) Même après son installation dans le Hoggar, Charles de Foucauld conserve sa première résidence, celle de Beni-Abbès, où il entretient d'ailleurs un jardinier auquel il abandonne les récoltes du jardin de la fraternité du Sacré-Cœur.

 

2) Ensuite, à Insalah, il a acheté et fait aménager dans le Ksar el Arab une maison qui comporte une chapelle.

 

3) En août 1905 il s'est installé à Tamanrasset où a été construite d'abord une petite maison et plusieurs huttes en roseaux.

 

4) À partir de juillet 1911, il disposera de son ermitage de l'Asekrem, ayant également d'une chapelle.

 

5) Enfin, il bâtira en 1916, avec les habitants de Tamanrasset, sur la rive droite de l'oued, le fameux fortin ou "bordj" à la porte duquel il sera tué après y avoir résidé quelques mois.

 

Cinq lieux un peu retirés pour pouvoir respecter autant que possible sa règle religieuse, mais assez proches de la population pour pouvoir exercer son apostolat.

 

Cinq lieux destinés non pas à fuir le monde ou la compagnie des hommes mais au contraire à se trouver là où ils sont et à vivre l'Évangile sous leurs yeux.

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 20:30

Sur la route de Tamanrasset 

  

  

      Le 22 juillet 1905, Charles de Foucauld est en route pour Tamanrasset où il arrivera le 11 août.

      Le 25 juin, au cours d’une tournée dans l’Adrar des Iforas, Charles de Foucauld a rencontré pour la première fois Moussa ag Amastan, Aménokal des Touaregs du Hoggar, qui avait fait la paix avec les Français en février 1904. Moussa a donné son accord pour que Foucauld s’installe au Hoggar, et il a conseillé de choisir Tamanrasset.

      Le 21 juillet, Charles de Foucauld a fini de remplir le carnet dont il se servait depuis 1901 pour la tenue de son diaire, le « Carnet de Benis Abbès ».

  

      Ce 22 juillet 1905, donc, en la fête de sainte Marie-Madeleine qui lui est si chère, n’ayant pas dans son bagage le papier suffisant pour confectionner un fascicule supplémentaire, il prend un des deux carnets qu’il portait toujours sur lui. L’un, qui contient les Évangiles en latin, lui sert à noter les anniversaires, ses vœux, promesses et résolutions. L’autre, contenant l’Évangile selon saint Matthieu en arabe, va lui servir désormais d’agenda pour noter les itinéraires, les intentions de messe, et quelquefois des remarques personnelles ou des notes spirituelles. Il l’utilisera pendant sept ans et demi. C’est le premier des « Carnets de Tamanrasset ».

     

Et ce 22 juillet 1905, qui est un samedi, il écrit cette méditation :

      « (…) Jésus t’a établi pour toujours dans la vie de Nazareth : les vies de missions et de solitude ne sont, pour toi comme pour lui, que des exceptions : pratique-les chaque fois que sa volonté l’indique clairement : dès que cela n’est plus indiqué, rentre dans la vie de Nazareth – Souhaite l’établissement des Petits-Frères et des Petites-Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus. Suis-en le règlement comme on suit un directoire sans t’en faire un devoir strict, et seulement en ce qui n’est pas contraire à la vie de Nazareth ; prends, (...) pour objectif la vie de Nazareth, en tout et pour tout, dans sa simplicité et sa largeur, en ne te servant du règlement que comme d’un Directoire t’aidant pour certaines choses à entrer dans le vie de Nazareth (par exemple jusqu’à ce que les Petits-Frères et les Petites-Sœurs soient dûment établis, pas de costume – comme Jésus à Nazareth - ; pas de clôture – comme Jésus à Nazareth - ; pas d’habitation loin de tout lieu habité, mais près d’un village, - comme Jésus à Nazareth, - ; pas moins de 8 heures de travail par jour (manuel ou autre, autant que possible manuel) – comme Jésus de Nazareth - ; ni grande terre, ni grande habitation, ni grandes dépenses, ni même larges aumônes, mais extrême pauvreté en tout – comme Jésus à Nazareth… - En un mot en tout : Jésus à Nazareth. Sers-toi du règlement des Petits-Frères pour t’aider à mener cette vie, comme d’un livre pieux ; écarte-t’en résolument pour tout ce qui ne sert pas l’imitation parfaite de cette vie (…) »

      Charles de Foucauld va donc porter à Tamanrasset un habit blanc qui n’est pas celui des petits Frères du Sacré-Cœur.

      (à suivre)

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 22:27

Porter ou ne pas porter l'habit des Petits Frères du Sacré-Coeur ?

 

      Le 28 avril 1902, dans une lettre à sa cousine Marie de Bondy, Charles de Foucauld annonce qu’il vient de recevoir de Mgr Guérin, Préfet apostolique du Sahara, la permission de fonder les Petits Frères du Sacré-Cœur. Il en prend alors l’habit et se dit « le premier petit frère ».

      Il va garder cet habit un certain temps seulement, peu d’années en réalité. La raison n’est pas facile à déterminer, et le Père René Voillaume croit qu’il y  en a deux.

      La première serait le scrupule de Charles de Foucauld à continuer de porter l’habit religieux alors qu’aucun frère ne l’a rejoint et que sa règle n’est pas approuvée. Or, lorsqu’il quitte Béni Abbès pour le Hoggar en 1905, il a pratiquement renoncé pour un temps à fonder les Petits Frères du Sacré-Cœur, dont Béni Abbès aurait été la première fraternité.

      La seconde raison serait l’effet de la persécution officielle en France contre les congrégations religieuses à cette époque. Du fait de son administration militaire, le Sahara est un territoire particulier où l’on ne peut résider sans une permission toute spéciale des autorités. Même pour Charles de Foucauld, cette autorisation n’a pas été si facile à obtenir. Il a fallu mettre en avant son passé, sa personnalité et le fait qu’il connaissait personnellement certains officiers du territoire. Mais lorsque survient la persécution religieuse contre les congrégations, la situation devient très délicate.

      Dans sa correspondance avec Mgr Guérin on sent bien ce qu’est le climat de cette époque. Les Pères Blancs s’attendent à être expulsés. Mgr Guérin écrit le 30 août 1904 : « Les nouvelles de France sont de plus en plus mauvaises. On peut s’attendre à tout : les expulsions continuent et le pays paraît s’y habituer, comme il s’habitue à tout. » Et il déclare ne pas savoir combien de temps les Pères Blancs pourront rester en Algérie.

      Charles de Foucauld commence alors une période de grande discrétion dans sa correspondance, qu’il code même parfois par crainte qu’elle soit ouverte. C’est une période de méfiance vis à vis des autorités. Foucauld conseille à Louis Massignon, qui envisage de venir le rejoindre, de le faire « incognito ».

      Et parallèlement il demande que l’on ne mette plus « frère Charles de Jésus » comme adresse pour son courrier, mais « Charles de Foucauld ». Le but est d’enlever tout signe qui pourrait faire penser qu’il y a, là où il se trouve, une implantation religieuse. Et l’abandon de l’habit des Petits Frères du Sacré-Cœur ferait partie de cette stratégie.

      (à suivre)

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 21:48

De la Terre Sainte à Alger, en passant par Notre-Dame des Neiges

  

      Durant toute l’année 1899 et une bonne partie de l’année 1900, Charles de Foucauld est peu à peu envahi par l’idée de fonder une nouvelle famille monastique, celle des Ermites du Sacré Cœur. Ce projet lui fait écrire dans une lettre du 1er juin 1900 : « Oui, je dois demander l’habit d’ermite, malgré mon amour pour ma bien-aimée blouse, car il est faux qu’on ne puisse aussi bien imiter Jésus sous l’habit religieux que sous l’habit laïc. »

      Quand il rédige la règle des Ermites du Sacré-Cœur, il en décrit l’habit. C’est une blouse blanche avec l’insigne du Sacré-Cœur. Il est pressé de porter cet habit parce que ce sera le signe que sa fondation est acceptée et qu’il peut s’appeler « ermite du Sacré-Cœur ». Plusieurs lettres à l’abbé Huvelin, le 26 avril, le 16 mai et le 1er juin 1900, soumettent cette demande de façon insistante. Il voudrait que l’abbé Huvelin en obtienne pour lui la permission du pape Léon XIII lui-même, en juin 1900, pour le premier anniversaire de la consécration du monde au Sacré-Cœur, en passant par l’intermédiaire du cardinal Richard, archevêque de Paris, le « Cardinal du Sacré-Cœur » dit Charles de Foucauld, à cause de Montmartre.

      Mais tant qu’il ne reçoit pas la permission, il garde sa blouse bleue, et c’est dans cet habit que, le 22 juin, fête du Sacré-Cœur, il se rend auprès du Patriarche latin de Jérusalem, Monseigneur Piavi, pour lui demander l’approbation de sa règle. Il se présente sans introduction. On lui promet de réfléchir et on lui demande de se retirer… C’est la fin d’un projet.

      Il décide donc de quitter la Terre Sainte en août, de revenir à Paris revoir l’abbé Huvelin, après un passage à Rome pour le service des Clarisses ; finalement il va s'installer à Notre-Dame des Neiges, où il arrive le 29 septembre 1900. Là il va passer huit mois à se préparer au sacerdoce. Il reprend alors l’habit de novice trappiste.

      Le 9 juin 1901, Frère Charles de Jésus est ordonné prêtre dans la chapelle du Grand Séminaire de Viviers. Il a déjà en tête le projet d’aller s’établir sur les confins du Maroc et de l’Algérie. Le 10 septembre il débarque à Alger et se rend auprès du Supérieur des Pères Blancs, Mgr Guérin, pour obtenir de lui la permission de s’établir sur son vicariat. À ce moment, Charles de Foucauld porte la gandoura des Pères Blancs, mais sans leur insigne qui est le rosaire. Il attend que Mgr Guérin lui donne l’autorisation de fonder les Petits Frères du Sacré-Cœur.

      (à suivre)

 

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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 20:18

Quel habit, pour quelle fondation ?

 

      À Nazareth, ayant refusé de porter l’habit que les Clarisses lui avait préparé, afin de demeurer dans « l’abjection » d’une tenue de pauvre ouvrier, Charles de Foucauld réfléchit néanmoins à un projet de fondation. Il s’en ouvre à son directeur, l’abbé Henri Huvelin, dans cette lettre du 15 octobre 1898 citée précédemment. Et la question de l’habit religieux se pose immédiatement. On sent qu’au fond il le désire.  Mais, comme la Mère Abbesse le lui avait suggéré, il s’en remet à l’avis de l’abbé Huvelin :

      «  C’est donc à vous à décider toute la question, à faire connaître la volonté de Notre-Seigneur à mon égard. Si je dois rester comme je suis, ou si je dois accepter la proposition de la bonne Mère…  En tous cas il me semble que si je reste comme je suis, je dois aussi garder, à l’exemple de Jésus, ce béni vêtement d’ouvrier qui était le sien à Nazareth… C’est seulement si vous décidez que je dois un jour recevoir les Saints Ordres qu’il y a lieu de changer d’habit ; et dans ce cas, je désire échanger ma chère blouse non contre un vêtement quelconque, semi-religieux et de fantaisie, mais contre l’habit bénédictin, que tout évêque peut permettre à n’importe qui de porter, puisque tout le monde peut faire profession de la règle bénédictine sans appartenir à aucune des nombreuses congrégations bénédictines existantes ; ce changement d’habit serait donc une chose grave, équivalent à une profession, et qui se ferait comme et quand vous le voudriez, mais pourtant avant de recevoir les Ordres Mineurs, ou en même temps à ce qu’il me semble. Je serai très content si vous me dites de rester comme je suis ; très content encore si vous me dites autre chose (…) »

 

      Mais dès le 22 octobre, Charles de Foucauld reprend la plume et écrit à l’abbé Huvelin : « Quand je vous disais que je désirais l’habit bénédictin, que j’avais un secret désir, si Dieu envoie des âmes, de former une petite communauté bénédictine en Terre Sainte, j’ai mal dit : c’est l’habit monastique, une communauté monastique que j’aurais dû dire : non encore que je suive le règlement de journée bénédictin, je ne voudrais reprendre ni l’habit ni la Règle bénédictine ; je les vénère et les admire… Mais d’une part cette Règle est faite pour de grandes communautés et non pour de « petits troupeaux », d’autre part et surtout, la reprendre serait se jeter de nouveau dans ces interprétations de textes et d’esprit et de lettre, dans lesquelles on se noie, et qui portent de belles âmes à passer leur temps à penser à des riens au lieu de l’employer à aimer Dieu… »

      Dans une lettre du 22 janvier 1899 se lit une autre allusion : « … ne porter ni le nom, ni l’habit d’ermite tant que vous ne me donnerez pas l’ordre de faire les démarches à ce sujet ». Et de nouveau, à la fin de cette même lettre : « … concernant le nom d’ermite, et l’habit religieux que je ne porterai que quand vous jugerez le moment venu (si toutefois il vient jamais) ».

      (à suivre)

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 21:55

De la Trappe à Nazareth

 

Texte élaboré à partir d’une conférence donnée par

le Père René Voillaume aux Petites Sœurs de Jésus à Rome en mai 1987.

 

     L’histoire des habits de Charles de Foucauld est très significative et permet de suivre les différentes étapes de sa vie.

     Il a beaucoup aimé l’habit des Trappistes. C’était, à ses yeux, le signe de sa consécration à Dieu. Il est certain que cela lui a coûté de le quitter au début de 1897. C’est à ce moment-là et pour sa vie de serviteur à Nazareth, qu’il a choisi le vêtement que nous connaissons : une sorte de blouse qui était pour lui le signe de sa recherche de l’abjection. C’est pourquoi cet habit ne peut se définir ni comme habit laïc ni comme habit religieux. Ce n’était ni l’un ni l’autre.

     Tout le temps de son séjour en Terre Sainte, il tiendra à cet habit, malgré les propositions de la Mère abbesse de Jérusalem. On lit en effet dans les archives des Clarisses cette mention : « Notre Révérende Mère lui avait fait confectionner par une de nos sœurs, un costume convenable pour remplacer le misérable accoutrement qui le rendait ridicule et méprisable ; il ne le garda pas longtemps, le donna peu de jours après et supplia notre Mère de lui faire la charité d’une blouse bleue comme celle d’un simple ouvrier, ce qui lui fut accordé. Il y ajouta lui-même une collerette plissée, de même étoffe et cousue à grands points au fils blanc. »

     Dans une lettre à l’abbé Huvelin, le 15 octobre 1898, il évoque encore une autre proposition de la « bonne Abbesse » des Clarisses de Jérusalem : « - Nous voudrions vous faire, pour l’hiver et pour toujours, une tunique un peu longue, avec un capuchon, comme ce que portent ici les gens du pays, quelque chose qui à la fois ait quelque chose de plus recueilli, de plus religieux que votre pantalon et votre blouse de toile bleue, et qui pourtant ne soit de la couleur d’aucun ordre religieux. »

     Et Charles de répondre : « Comme je suis Français et non Syrien, ce sera toujours pour moi ou un déguisement, ce qui ne vaut rien (1) ou un vêtement religieux, vêtement d’ermite, si on veut, mais en fin vêtement religieux, que je ne puis porter qu’avec la permission de l’ordinaire (2)… La pauvreté n’y perdrait pas, mais l’abjection y perdrait : je ne « crierai pas si bien sur les toits » Jésus ouvrier à Nazareth, et je ne chanterai pas si bien ce beau poème de sa divine abjection. »

     La religieuse renvoie alors Charles de Foucauld à l’avis de son directeur, l’abbé Huvelin, sur cette question, comme sur celle qu’elle aborde alors longuement avec Charles : - Pourquoi n’êtes vous pas prêtre ?

     (à suivre)

  

     (1) En ce qui concerne sa situation à cette époque.

     (2) Ce terme canonique désigne ici l’évêque du diocèse.

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 21:00

De la conversion à la vie religieuse, quelques lettres à sa famille

 

Le 29 septembre 1889, Marie de Bondy connaît parfaitement la finalité de la démarche en cours de son cousin Charles de Foucauld, mais c’est seulement le 16 octobre que la soeur de Charles, Marie de Blic, aussi appelée Mimi, est informée d’une « perspective » de retraite, perspective confirmée par les lettres des 18, 24, 29 et 31 octobre ; et la tante Inès Moitessier, le 31 octobre. Après une ultime retraite en novembre chez les Pères jésuites de Clamart, c’est enfin la grande nouvelle, celle de l’entrée à la Trappe. Le 29 novembre, Charles écrit à son beau-frère :

« Je vais vous parler maintenant de votre autre frère, de moi ; je suis revenu hier de Clamart, et j’y ai pris enfin, en grande sécurité et en grande paix, d’après le conseil formel, entier et sans réserve du Père qui m’a dirigé, la résolution à laquelle je pense depuis si longtemps ; c’est celle d’entrer à la Trappe… c’est une chose arrêtée maintenant, j’y pensais depuis longtemps, j’ai été dans quatre monastères, avant ces deux dernières retraites, j’en avais fait deux autres, une à Pâques à Solesmes, une vers la Trinité à la Grande Trappe ; dans les quatre retraites on m’a dit que Dieu m’appelait et qu’il m’appelait à la Trappe. Mon âme m’attire vers le même lieu ; mon directeur est du même avis… C’est une chose décidée, et je vous l’annonce comme telle ; j’entrerai dans le monastère de Notre-Dame des Neiges où j’ai été il y a quelque temps… Quand ? ce n’est pas encore fixé, j’ai diverses choses à régler, j’ai surtout à aller vous dire adieu… Mais enfin cela ne sera jamais extrêmement long. En tous cas, j’irai passer quelques jours auprès de vous avant de partir.

« Ce que je vous dis, je l’ai dit aujourd’hui et hier soir à ma Tante [Ndlr : Inès Moitessier], à Catherine [de Flavigny, sa cousine], à Olivier de Bondy et à Marie de Bondy. Je ne le dirai absolument qu’à eux quatre, à vous [Raymond de Blic] et à Mimi ; en dehors de vous six, je ne le dirai à personne et même quand je partirai, j’annoncerai mon départ pour quelque voyage, sans dire en aucune façon que j’entre, ni que je pense le moins du monde entrer dans la vie religieuse.»

Puis, dans la lettre suivante, Charles dit à Raymond de Blic : « Vous me demandez, mon cher Raymond, comment ma tante a reçu ma communication et si elle m’a manifesté combien elle en prenait difficilement son parti… Oui, elle ne me l’a pas caché, elle ne m’a pas caché non plus la peine que ma détermination lui faisait… vous avez raison, je lui dois beaucoup. Je le sais mieux que personne, car elle m’a donné des preuves d’affection, de l’affection la plus tendre, innombrables. »

 

Ainsi se termine la retrospective que l'on peut faire des correspondances inter-familiales relatives à ce cheminement vers la Trappe. Le retour est-il suffisant pour bien faire sentir tout ce qu’il y a d’exceptionnel dans sa démarche de trois années de conversion ? Oui, sans doute, car il éclaire sans équivoque : d'abord l’importance qu’a eu pour lui l’accompagnement d’une famille unie, discrète et priante ; puis le rôle-clé assuré par l’abbé Huvelin, cet ami de la famille, qui a su comprendre et diriger avec fermeté le converti de 1886 jusqu’à son entrée dans la vie religieuse ; ensuite la place irremplaçable qu’a tenue Marie de Bondy, dans une exceptionnelle intimité spirituelle avec son cousin ; et enfin l’absolu de la conversion de Charles et de sa recherche pour une voie privilégiée vers le Seigneur.

 Michel de Suremain

(Source : Bulletin trimestriel des Amitiés Charles de Foucauld)

 

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 21:30

De la conversion à la vie religieuse, quelques lettres à sa famille

 

Il est à noter au sujet des lettres écrites par Charles de Foucauld à son beau-frère à l'automne 1889, qu'il en dit bien moins que ce que connaît Marie de Bondy. Car celle-ci, dès le 29 septembre, a été mise au courant de l’approche de la décision finale, dans une lettre qui relate une entrevue avec l’abbé Huvelin  : « Aujourd’hui, l’Abbé m’a dit bien des choses : nous avons cherché encore une fois pourquoi je voulais entrer dans la vie religieuse : - Pour tenir compagnie à Notre-Seigneur, autant que possible, dans ses peines. C’est être enseveli en Notre-Seigneur avec saint Paul, c’est dire elegi abjectus esse parce que Notre-Seigneur l’a été, c’est suivre l’exemple des solitaires qui se sont percé des grottes dans la montagne où Notre-Seigneur a jeûné pour jeûner toute leur vie à Ses pieds.

« Puis nous avons parcouru tous les ordres religieux. M. l’Abbé a d’abord écarté tous les ordres actifs sauf peut-être les Franciscains. Des trois ordres contemplatifs, il a écarté les Chartreux ; les Bénédictins m’attirent de moins en moins, et il a paru de plus en plus clair à M. l’Abbé comme à moi que c’était bien la Trappe qu’il fallait. M. l’Abbé ne renonce pas à Alexandrette que je ne cesse de désirer puisque les deux motifs de ma préférence ne peuvent cesser d’être. J’irai donc passer dix jours comme je vous l’ai dit à Notre-Dame des Neiges à la fois pour bien voir une dernière fois la vie des Trappistes et pour prendre tous les renseignements sur Alexandrette. À mon retour, M. l’Abbé décidera ; il m’a demandé si je désirais entrer au couvent bientôt et ne plus passer cet hiver à Paris ; je lui ai répondu que oui et il m’a dit qu’il ne me retiendrait pas ; puisque j’ai demandé à Notre-Seigneur pour mon lot de le suivre et de partager toutes ses tristesses, toute joie qui m’est propre est de trop, toute joie qui m’est propre contient un amour de moi et une tendance à oublier Ses douleurs, toute joie qui m’est propre doit être quittée le plus tôt possible, et vous savez ma chère cousine, que je n’en ai qu’une qui est de voir ceux que j’aime, c’est pour cela que je demande à vous quitter le plus tôt possible.

« Mais le bon Dieu est si bon et Il sait si bien mon extrême faiblesse qu’en me permettant de Le suivre séparé de ceux que j’aime, de corps du moins, non d’âme, car leur âme est dans son cœur, Il me fait voir avec une extrême clarté que le seul bien que je puisse leur faire est de Le suivre et d’obtenir à Ses pieds des grâces auxquelles ils auront leur juste part. »

 

C’est dans cette même lettre qu’on trouve un conseil fait à Charles par l’abbé Huvelin, et que d’aucuns pourraient trouver surprenant : « l’Abbé m’a dit de dire vaguement à Mimi [Ndlr : sa soeur Marie de Blic] lorsque je la verrai que je pensais à me consacrer à Dieu, sans lui dire de quelle manière ni que ce doit être si prochain, et en lui demandant le secret. J’aurais voulu que personne d’autre que vous ne le sut avant Olivier [Ndlr : le mari de sa cousine Marie de Bondy], je le demanderai à M. l’Abbé, je lui demanderai aussi ce qu’il faut faire pour ma tante et Catherine [Ndlr : la sœur aînée de Marie de Bondy, Catherine de Flavigny]. »

Et, plus loin : « Voici, ma cousine, le résultat de nos entretiens. Absolument rien de décidé, ni rien qui puisse l’être avant mon retour de Notre-Dame des Neiges ; mais il semble pourtant que les choses s’avancent ; espérons qu’en avançant, elles me conduiront où me veut le bon Dieu ». 

(à suivre)   

Michel de Suremain

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 21:38

De la conversion à la vie religieuse, quelques lettres à sa famille

 

Ainsi, la lettre écrite par Charles de Foucauld à sa cousine au début de septembre 1889 semble sans équivoque : Marie de Bondy connaît à présent la décision de Charles de se faire religieux et de se diriger vers la Trappe.

Mais dans le même temps, la soeur de Charles de Foucauld, Marie de Blic (surnommée Mimi) et son mari Raymond, vus à Echalot (1) début octobre par Charles semblent ne pas être mis au courant, ou en tous les cas ne connaître qu’une démarche encore incertaine vers un don total à Dieu ; témoins en sont les lettres suivantes :

16 octobre 1889 (à sa sœur Mimi) : « Pour moi, je continue ma vie paisible sans changement ; j’irai peut-être faire une retraite de quelques jours dans une maison religieuse pour me recueillir un peu. Mais, en tous cas, ce sera une très courte absence ».

18 octobre 1889 (à Raymond de Blic) : « Je me décide à partir ce soir pour faire une petite retraite, je resterai huit jours absent. Je vais faire cette retraite au couvent de Notre-Dame des Neiges (Ardèche) ; j’ai pu avoir des recommandations pour ce couvent-là ; c’est ce qui m’a décidé à faire une retraite là, plutôt qu’ailleurs ; c’est une maison de trappistes. Je reviendrai à Paris dans huit ou neuf jours ».

24 octobre 1889 (à Raymond de Blic) : « Je suis encore à Notre-Dame des Neiges jusqu’à mardi. Je n’ai rien de nouveau à vous dire pour moi, une retraite ne peut être que le calme même ».

29 octobre 1889 (à Raymond de Blic) : « Ma retraite est près de se terminer. Merci de vos affectueuses pensées, merci de vos prières ; j’en ai en effet bien besoin ; je viens d’avoir ici huit à dix jours de bonne et complète solitude ; c’est bien nécessaire de se mettre en face et aux pieds du Seigneur afin qu’Il daigne faire connaître sa volonté. Cette volonté, quelle sera-t-elle ? Je l’ignore aussi complètement que quand nous en causions. Prions pour que le la connaisse et que je la fasse ».

31 octobre 1889 (à Raymond de Blic) : « Mon séjour à Notre-Dame des Neiges s’est tranquillement terminé ; j’en suis toujours au même point, puisqu’il ne s’agissait que de me recueillir quelques temps. Ma tante et mes deux cousines, avec Olivier [de Bondy, mari de sa cousine Marie] savent seuls que j’y ai été, il était impossible de le leur cacher ; mais pour eux cela a été une retraite comme en font les gens du monde souvent. Mes autres projets, ou plutôt mes autres pensées ne sont connues que de vous et de Mimi » [ndlr : c’est nous qui soulignons ; car cela semble néanmoins être le signe d'une certaine primeur que Charles réserve à son beau-frère et à sa soeur].  

(à suivre)   

Michel de Suremain

 

(1) Propriété de famille des Blic, en Côte d'Or, à 35 kilomètres au nord de Dijon.

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 21:33

De la conversion à la vie religieuse, quelques lettres à sa famille

 

Début 1889, on peut se poser la question : que savait exactement Marie de Bondy des projets de Charles de Foucauld ? Et tante Inès Moitessier ? Certes, il est impossible de penser que les uns ou les autres aient pu rester dans l’ignorance d’une transformation difficile à cacher ; mais à quel niveau situer cette connaissance ? Il faut se garder d’une extrapolation trop hâtive qui serait contredite par les documents épistolaires, suffisants pour se faire une opinion : Charles de Foucauld est resté jusqu’au bout un homme secret, d’une grande pudeur dans tout ce qui concernait son cheminement spirituel. Il n’est pas moins certain que ce cheminement a été connu, et probablement soutenu dès 1888 par Marie de Bondy, avec laquelle Charles a établi une véritable intimité spirituelle telle que nous la découvrons dans la première des lettres en dépôt à la Postulation. Cette lettre est datée du 16 septembre 1889 ; Charles revient d’un séjour dans le Berry chez les Bondy :

« Que vous dirai-je, ma chère cousine, j’ai tant de choses à vous dire que je ne sais par où commencer. Je commencerai par ce qui me touche le plus en ce moment, par ce qui me remplit davantage. En lisant votre lettre, ce matin, Monsieur l’Abbé (1) m’a dit que vous étiez triste ; comme je voudrais pouvoir vous écrire une lettre bien affectueuse, non pas pour diminuer tant soit peu votre tristesse, j’en suis par trop incapable, mais au moins pour vous montrer un peu de sympathie et pour vous faire voir que, quels que soient vos ennuis, j’en souffre et je voudrais en souffrir infiniment plus. En vous disant cela, j’espère ne pas être indiscret, ma chère cousine, Notre-Seigneur nous permet de souffrir de ses peines, vous ne me défendrez pas ce qu’il nous permet, moi qui, tout indigne que je suis, vous suis dévoué avec un si grand respect. Et j’y ai bien quelque droit, à souffrir de votre tristesse, car les Berrichons n’avaient pas tort et ils m’ont fait plus de plaisir qu’ils ne pensaient en me disant votre enfant. Ne le suis-je pas, moi pour qui vous avez été constamment si bonne depuis vingt ans : il y a vingt ans maintenant que vous m’écriviez et que je vous écris : avez-vous jamais cessé d’être bonne pour moi, et pourtant quelles raisons vous aviez de me laisser de côté !

« Quand à Saumur je me suis fait arrêter à Tours par des gendarmes, ma tante m’a fait du mal avec de bonnes intentions, mais vous, vous m’avez écrit une lettre qui m’a fait du bien, qui m’a ému à un âge où j’étais difficile à émouvoir et a contribué plus qu’autre chose à me faire revenir à ma tante. En revenant du Maroc je ne valais pas mieux que quelques années avant et mon premier séjour à Alger n’avait été plein que de mal, vous avez été si bienveillante au Tuquet que je me suis repris à voir et à respecter le bien oublié depuis dix ans. Aussi l’année qui a suivi a-t-elle été une année moins mauvaise un peu que les précédentes, mais pourtant l’automne suivant j’avais besoin d’être sauvé de ce mariage et vous m’avez sauvé (2). Et depuis quel bien ai-je reçu que je n’aie reçu de vous ? Qui m’a ramené au bon Dieu ? Qui m’a donné à Monsieur l’Abbé ? Le premier livre religieux que j’ai relu, vous me l’aviez donné, c’est vous qui m’avez conduit à la Trappe ; vous m’avez fait connaître par son image sur votre table le Cœur de Notre-Seigneur.

« (…) Monsieur l’Abbé m’a dit (...) d’aller à Notre-Dame des Neiges passer dix jours et de revenir à Paris. À Notre-Dame des Neiges j’aurai deux choses à faire : me rendre compte complètement de la vie de la Trappe et prendre les plus complètes informations sur Alexandrette (3). Monsieur l’Abbé reste effrayé du petit nombre de religieux d’Alexandrette, mais n’y renonce pas encore cependant. Je serai donc à Paris vers le 17 octobre, au-delà tout reste dans le vague le plus absolu. Je renonce, ma chère cousine, à vous remercier. »

 

(à suivre)

 

Michel de Suremain

(1) Il s'agit de l'abbé Henri Huvelin, vicaire à Saint-Augustin (Paris) et père spirituel de Charles depuis la conversion de ce dernier en octobre 1886.

(2) Charles de Foucauld évoque encore ici ses fiançailles avec Mademoiselle Marie-Marguerite Titre, à Alger, en mai 1885, rompu dans l'été sous la pression de sa famille. Il reste encore à expliquer pourquoi, humainement, il fallait que sa famille « sauve » Charles de ce projet de mariage. Les quelques informations disponibles en font une affaire de conventions sociales (et l'on sait comme elles comptaient dans la bourgeoisie de la fin du XIXe siècle) et de dot (idem - la jeune fille, convertie du protestantisme au catholicisme, avait été de ce fait déshéritée par sa famille protestante). Il semble que Charles, étant donné les mesures judiciaires précédentes prises  à son égard par sa famille à cause de ses années de désordre, n'était pas en mesure de résister à la pression familiale contre son projet, et que cet épisode soit - même si cela n'est pas avoué - la cause de sa maladie de l'été 1885. LT

(3) Fondation en Syrie (aujourd'hui en Turquie) de l'abbaye de Notre-Dame des Neiges, dans laquelle Charles de Foucauld a tout de suite envisagé d'être envoyé après son entrée à la Trappe, pour y vivre une vie plus pauvre et cachée.

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Published by Laurent Touchagues - dans Textes sur le Bx
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