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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 22:11

De la conversion à la vie religieuse, quelques lettres à sa famille

 

Il serait vain, et certainement bien présomptueux, de vouloir aller trop loin dans l’analyse des années de recherche effectuées par Charles de Foucauld, et d’essayer d’en jauger les différentes manifestations. Ne se déroulent-elles pas au plus intime de l’être ? On doit se contenter d’en énumérer les grandes étapes et d’insister une fois encore sur trois données fondamentales : l’influence essentielle de la ré-insertion de Charles de Foucauld dans un milieu familial chaleureux et discret, un foyer équilibré, et profondément très religieux ; l’admiration qu’il porte à sa « grande sœur » Marie de Bondy, mère de famille de quatre enfants, vertueuse et compréhensive ; le rôle capital de l’abbé Huvelin.

Quelles sont donc ces étapes ?

 

Charles vit à Paris depuis février 1886, une vie studieuse et rangée ; il se rend fréquemment rue d’Anjou, où il est reçu comme un fils de la maison. En septembre, il fait une période de réserve dans son ancien régiment, le 4è chasseurs d’Afrique, qui est en garnison à Tunis. Il en revient fin septembre, et c’est à son retour que le mystérieux cheminement de la grâce fait son œuvre pour trouver son épilogue en l'église Saint-Augustin da Paris, dans la rencontre bien connue entre Charles de Foucauld etl’abbé Huvelin. La conversion est totale. Elle se confirmera tout au long de l’année 1887, véritable année de « maturation » dans laquelle les proches de Charles ne sont que des témoins étonnés. La vie de ce dernier est toute « lisse », entre le petit univers de la rue de Miromesnil, de la rue d’Anjou et de Saint-Augustin, et ses activités familiales, ses séjours chez les Blic, son amitié avec Duveyrier. Il ébauche encore des projets de voyage, qui tournent court ; il se préoccupe de la levée de son conseil judiciaire, des problèmes liés à la rédaction et à la parution de son livre sur le Maroc. Mais il est surtout en pleine démarche spirituelle, il l’exprimera un jour dans une lettre à son ami Henry de Castries :

« Dans les commencements, la foi eut bien des obstacles à vaincre ; moi qui avais tant douté, je ne crus pas tout en un jour ; tantôt les miracles de l’Évangile me paraissaient incroyables ; tantôt je voulais entremêler des passages du Coran dans mes prières. Mais la grâce divine et les conseils de mon confesseur dissipèrent ces nuages » (1).

C’est à la Toussaint de 1888 que, dans une lettre à son beau-frère Raymond de Blic, on trouve évocation d’un prochain voyage en terre Sainte, pour six semaines ; et en novembre ce projet a suffisamment pris corps pour qu’il écrive : « Je suis bien près de mon départ pour Jaffa ».

Le lundi 17 décembre 1888 il annonce à sa sœur Mimi (Mme Marie de Blic) son arrivée le samedi matin précédent à Jérusalem (2), et c’est le 7 janvier 1889 qu’il exprime pour la première fois sa joie de ce voyage : « C’est une grande grâce que je reçois, mon cher Raymond, de visiter les Lieux Saints ; longtemps j’avais éprouvé peu de désir de les voir, et je crois que vous partagiez mon sentiment. Que cela change une fois qu’on est ici ; on ne peut plus se détacher des lieux qu’on avait le moins souhaité voir ! Si jamais vous pouvez faire ce pèlerinage, faites-le ».  

(à suivre)  

Michel de Suremain

 

(1) Lettre du 14 août 1901, in "Lettres à Henry de Castries", Grasset, Paris, 1938, page 97.

(2) "Lettres à sa soeur Marie de Blic", Le Livre Ouvert, Mesnil-Saint-Loup, 2005, page 32.

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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 21:00

De la conversion à la vie religieuse, quelques lettres à sa famille

 

On n’insistera jamais assez sur l’influence capitale de son milieu familial sur Charles de Foucauld, en particulier l'influence de sa tante Inès Moitessier et celle de sa grande cousine Marie de Bondy. Une grande partie de la méditation du 8 novembre 1897 à Nazareth y est consacrée (1). Cette influence, pour Charles de Foucauld, est inséparable de la recherche angoissée de la vérité, et de la marche vers la vie religieuse.

 

À ce milieu familial, vint s’ajouter l’action de l’abbé Huvelin, ami de la famille, prêtre éminent, dont le renom de directeur de conscience dépassait largement le cadre de la paroisse Saint-Augustin. C’est à son sujet que Charles de Foucauld a pu écrire : « Vous m’aviez attiré à la vertu par la beauté d’une âme [celle de Marie de Bondy] en qui la vertu m’avait paru si belle qu’elle avait irrévocablement ravi mon cœur… Vous m’attirâtes à la vérité par la beauté de cette même âme : Vous me fîtes alors quatre grâces : la première fut de m’inspirer cette pensée : "puisque cette âme est si intelligente, la religion qu’elle croit si fermement ne saurait être une folie comme je le pense", la seconde fut de m’inspirer cette autre pensée : "puisque cette religion n’est pas une folie, peut-être la vérité qui n’est sur terre dans aucune autre ni dans aucun système philosophique est-elle là" ; la troisième fut de me dire : "étudions donc cette religion : prenons un professeur de religion catholique, un prêtre instruit, et voyons ce qu’il en est, et s’il faut croire ce qu’elle dit" ;  la quatrième fut la grâce incomparable de m’adresser pour avoir ces leçons de religion à Monsieur Huvelin… En me faisant entrer dans son confessionnal, un des derniers jours d’octobre, entre le 27 et le 30, je pense, vous m’avez donné tous les biens, mon Dieu… » (2).

 

De 1886 à 1890, la place tenue par l’abbé Huvelin se fit toujours plus précise, plus instante, plus irremplaçable. Elle verra son aboutissement dans l’entrée de Charles de Foucauld à la Trappe (3) et dans la définition de ce qui sera l’essence même de sa spiritualité, telle qu’il l’exprimera lui-même : « Ce tendre et croissant amour pour vous, mon Seigneur Jésus, ce goût de la prière, cette foi en votre Parole, ce sentiment profond du devoir de l’aumône, ce désir de vous imiter, cette parole de Monsieur Huvelin dans un sermon "Que vous aviez tellement pris la dernière place que jamais personne n’avait pu vous la ravir" si inviolablement gravée dans mon âme, cette soif de vous faire le plus grand sacrifice qu’il me fut possible de vous faire en quittant pour toujours une famille qui faisait tout mon bonheur et en allant bien loin d’elle vivre et mourir… » (4).   

(à suivre)   

Michel de Suremain



 

(1) Cette méditation se trouve aux pages 92 à 117 de « La dernière place », nouvelle cité, 1974 ; aux pages 74 à 84 des « Écrits spirituels de Charles de Foucauld, ermite au Sahara, apôtre des Touaregs » présentés par René Bazin, J. de Gigord, 1923 ; et aux pages 16 à 25  de « Charles de Foucauld, Lettres et Carnets », présenté par Jean-François Six et dont la dernière édition, au Seuil, date de février 1995.

(2) Méditation du 8 novembre 1897, « La dernière place », p. 105-106.

(3) Le 16 janvier 1890, Charles de Foucauld se présentait à l'Abbaye cistersienne de Notre-Dame des Neiges, située sur la commune de Saint-Laurent-les-Bains (Ardèche). Le 26 janvier, il y recevait l'habit des novices de choeur et le nom de Frère Marie-Albéric.

(4) Ibid., p. 107.

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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 21:10

De la conversion à la vie religieuse, quelques lettres à sa famille

 

 

     Il est important d’apprécier à sa juste valeur le cadre familial dans lequel s'est replongé Charles de Foucauld à son retour d'Algérie. Voici ce qu’il en dira dans ses Méditations : « Oh ! mon Dieu, comme vous aviez la main sur moi, et comme je la sentais peu ! Que Vous êtes bon ! (…) Et pendant que vous me gardiez ainsi, le temps se passait ; vous jugiez que le moment approchait de me faire rentrer au bercail… vous dénouâtes malgré moi toutes les liaisons mauvaises qui m’auraient tenu éloigné de vous… vous dénouâtes même tous les liens bons (1) qui m’eussent empêché de rentrer dans le sein de cette famille où vous vouliez me faire trouver le salut, et qui m’auraient empêché d’être un jour tout à vous… » et, plus loin : « Vous m’aviez ramené dans cette famille, objet de l’attachement passionné de mes jeunes années, de mon enfance… Vous m’y faisiez retrouver pour ces mêmes âmes l’admiration d’autrefois, et à elles vous inspiriez de me recevoir comme l’enfant prodigue à qui on ne faisait même pas sentir qu’il eût jamais abandonné le toit paternel, vous leur donniez pour moi la même bonté que j’eusse pu attendre si je n’avais jamais failli… Je me serrais de plus en plus contre cette famille bien aimée… j’y vivais dans un tel air de vertu que ma vie revenait à vue d’œil, c’était le printemps rendant la vie à la terre après l’hiver… » (2).

 

 

Quel mystérieux cheminement de la grâce, sous l’influence d’un foyer chaleureux, profondément religieux, dans lequel la tante Inès Moitessier, sa fille Marie de Bondy, par leur exemple, n’étaient qu’un révélateur, probablement d’ailleurs à leur insu ! Marie de Bondy, lors de l’enquête canonique diligentée par les autorités ecclésiastiques dans le cadre de l’ouverture du Procès de béatification, n’a-t-elle pas déclaré :

« Je ne me suis aperçu en rien de l’évolution proprement religieuse de Charles de Foucauld jusqu’au jour où il m’a dit incidemment : « Que vous êtes heureuse de croire ! Je cherche la lumière et je ne la trouve pas ». Je lui répondis : « Croyez-vous que ce soit un bon moyen de chercher tout seul ? », et il a vu l’abbé Huvelin qu’il avait déjà rencontré dans la famille. Cette scène se passait en octobre 1886 ; c’est tout ce que je fis pour sa conversion, dont je n’ai été qu’un instrument très indirect ; ce n’est que plus tard que le Serviteur de Dieu, dans une lettre, m’attribua à moi-même sa conversion, et il me dit que « les Élévations sur les Mystères » (3), dont je lui avais fait cadeau pour sa première communion (4), étaient un des premiers livres de religion qu’il ait lus à ce moment » (Summarium, Archives de la postulation).

 

(à suivre)

Michel de Suremain

 

(1) Il s’agit du projet de fiançailles avec Mademoiselle Titre.

(2) Méditation du 8/11/1897, « La dernière place, retraites en terre sainte », Nouvelle Cité, p. 102-105.

(3) Ouvrage de Bossuet.

(4) Le 28 avril 1872, en la cathédrale de Nancy. Charles de Foucauld a été d'ailleurs confirmé le même jour par Mgr Foulon, futur cardinal-archevêque de Lyon.

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 23:01

De la conversion à la vie religieuse, quelques lettres à sa famille

 

Si l’existence et la personnalité de Charles de Foucauld sont connues dans leurs grandes lignes, l’ignorance est quasi totale sur les détails, même importants, de sa vie. Bien des choses, par exemple, ont été écrites sur la longue période qui, de 1873 à 1886, est marquée par son abandon de la religion, les péripéties de sa vie militaire, sa démission de l’armée, son exploration du Maroc et son retour à Paris en 1886. Pourtant, évoquer sa perte de la foi, son retour à la religion, sa décision de vie religieuse, suscite de nombreuses questions, toujours très intéressantes, pour  comprendre ce cheminement. Il semble donc pertinent de lire quelques lettres à sa famille et de les rapprocher d’autres documents (1), pour suivre Charles de Foucauld dans cette démarche essentielle qui, de 1886 à 1889, va le conduire à sa décision d’entrer à la Trappe. Nous en donnerons de larges extraits pour permettre de mieux cerner les relations familiales qui sous-tendent cette période et situent Charles de Foucauld tant par rapport à sa cousine Marie de Bondy, fille d’Inés Moitessier, sœur de son père, que par rapport au ménage de sa sœur Marie et de son beau-frère Raymond de Blic.

  

À son retour du Maroc, en 1884, Charles va passer encore deux années à Alger pour y travailler au compte rendu de son expédition. On sait peu de chose sur cette période, si ce n’est deux événements majeurs : au printemps 1885, il ébauche le projet de fiançailles avec Mademoiselle Titre, la fille d’un officier géographe ami membre de la Société de géographie d’Alger (devant les réticences de sa famille, ce projet sera abandonné dans le courant de l’été) ; et, en septembre 1885, il fait un ultime voyage dans le Sud algéro-marocain pour y compléter certains enseignements de son expérience marocaine. Au retour de ce voyage, sans repasser par Alger, il vient s’installer à Paris, au n° 50 de la rue de Miromesnil, à deux pas de la rue d’Anjou où habitent son oncle et sa tante Moitessier et le ménage de sa cousine Marie de Bondy. Il vit seul et se consacre à la rédaction de son livre « Reconnaissance au Maroc » ; mais il a renoué avec sa famille et se rend fréquemment rue d’Anjou, où il est reçu chaleureusement et où il rencontre les nombreux habitués de ces foyers accueillants. Parmi ceux-ci, un homme exceptionnel, l’abbé Huvelin, vicaire de la paroisse Saint-Augustin.

      Cette proximité explique sans doute pourquoi, parallèlement aux nombreuses lettres connues échangées avec sa soeur Marie de Blic ou son mari Raymond, qui vivent en province, on ne dispose que de rares lettres écrites à Marie de Bondy, et encore tardivement, à partir de septembre 1889. On se trouve donc devant un « blanc » documentaire qui pourrait permettre toutes les interprétations. Ce déséquilibre littéraire reste pourtant très relatif, car il est comblé par les « Méditations » que Charles écrira en 1897, dans la solitude de son ermitage de Nazareth, véritable confession qui éclaire sans équivoque l’influence de sa famille dans son cheminement spirituel, et complète l’important courrier échangé avec Raymond et Marie de Blic. (à suivre)

 

Michel de Suremain, Président des Amitiés Charles de Foucauld

 


(1) Lettres et documents déjà publiés ou encore inédits, mais connus par la Postulation de la Cause de canonisation.

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 20:50

Au Maroc en suivant Foucauld

 

 

      Sous le titre "Au Maroc en suivant Foucauld", et sous la plume de J. Ladreit de Lacharriere, la Société d'Editions Géographiques Maritimes et Coloniales de Paris publiait en 1932 un ouvrage faisant revivre par le texte et l'illustration la "Reconnaissance" de Charles de Foucauld au Maroc.

      Une revue franciscaine mensuelle de l'époque, Le Maroc Catholique, en donnait une recension dans son numéro de juin 1932, pages 182-183, recension qui s'achevait par les considérations suivantes par lesquelles l'auteur (sans doute le Père Achille Léon o.f.m.) résumait l'attitude foucauldienne :

 

     Le Maroc a été, pour Foucauld, l'école du "devoir personnel". En retour, toute sa vie, il demeurera "à la disposition de ce sol", y ayant rencontré à côté de grandes occasions de souffrances de toutes sortes, "des âmes d'élite, franches, délicates, riches de dons spirituels et moraux", dignes d'attirer la "sympathie de son coeur".

      Il recommande de pratiquer le travail d'approche, "de se faire aimer, d'inspirer l'estime, la confiance, l'amitié", et, pour cela de "connaître suffisamment la population" ; de poursuivre "une oeuvre d'élévation morale, de modifier les idées des indigènes par l'exemple de notre vie ; de leur enseigner par un contact journalier, étroit, ce qu'on apprend dans la famille, se faire leur famille..."

      "Apprendre à connaître pour apprendre à aimer", dira Laperrine.

      Pour continuer une oeuvre de haute "civilisation pacifique, intellectuelle et morale" il n'est besoin que d'écouter Foucauld.

      "L'explorateur du Maroc, avec toute sa foi, sa charité, son expérience des âmes maghrébines, a tracé la règle du devoir de sympathie mutuelle pour tous les hommes de bonne volonté."

      Rechercher avec une longue patience et développer ce qui unit.

      Devoir tout de paix et d'estime réciproque.

 

      (Source : Le Maroc catholique, Rabat, Maroc, juin 1932)

 

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 19:50

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (19 et fin)

 

 

     (Avec cette dix-neuvième partie s'achève la publication sur ce site de l'article dont on peut lire l'introduction au 8 décembre 2011)

 

     Foucauld, homme du siècle et profane, survivra comme un savant, un précurseur et un pionnier. Cela ne nuit en rien à sa valeur spirituelle, mais complète la personnalité originale et exceptionnelle de celui à propos duquel le « mécréant » Gautier – le mot est de ce géographe lui-même – écrit : « la palme du martyre a couronné une existence à propos de laquelle le mot de saint vient naturellement aux lèvres. »

 

     Belle figure d’homme que cet officier, devenu explorateur remarquable, « assuré d’un grand avenir », parcourant le Maroc inconnu et les oasis sahariennes de Mogador à Gabès, précurseur en géographie !

      Il semble que la religion va priver l’humanité d’un de ses génies. Au contraire, elle le purifie au feu de l’humilité, du renoncement, de l’amour divin. Science et religion, une fois de plus, ne sont pas incompatibles, car pour l’amour de Dieu, cette fois, et non plus pour le seul goût de l’aventure et du danger, le Père de Foucauld se penche sur le peuple touareg, presqu’ignoré, l’aime, lui arrache les secrets de sa langue fossile. Et l’ermite du Sahara, qui a parcouru dans sa vie aventureuse quelques 30.000 kilomètres, nous laisse une œuvre linguistique des plus solides et une œuvre ethnographique encore inédite ! Foucauld l’Africain a bien mérité de Dieu et de la Science !

 

      Heureux pays, cette France, qui a vu naître, après un Père Marquet, explorateur du Canada, un Père de Foucauld explorateur de l’ensemble du Maghreb et jusqu’au cœur du Sahara. Puissions-nous trouver là une raison d’espérer, puisque la France conserve le renom de ses saints et de ses savants.

 

Robert Tinthoin

Archiviste en chef du département d’Oran

Directeur et Conservateur du Musée Demaeght

 

     (Source : Cahiers Charles de Foucauld, numéro du début de l'année 1952)

     (Les soulignements du texte sont de nous. LT)

 

 

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 00:00

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (18)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Cette enquête linguistique se trouve, de plus, être une mine de documents ethnographiques très précieux sur la vie, les mœurs, les objets utilisés pour la culture, l’habitat, l’alimentation, les usages ménagers, la parure, les armes, l’élevage, les distractions des Touareg. C’était là un côté peu connu de son œuvre, contenu dans son dictionnaire touareg- français complet, resté malheureusement à l’état manuscrit, mais que le R.P. Coudray nous a permis de consulter en partie.

De même qu’il a été un précurseur parmi les géographes par sa « Reconnaissance au Maroc », de même il a été un précurseur parmi les ethnographes. Son œuvre linguistique se double donc de l’étude de toutes les manifestations matérielles de l’activité des Touareg, en même temps que de leurs mœurs et coutumes.

     Écrit d’une écriture fine, moulée, les douze cahiers du dictionnaire sont bourrés de notes et illustrés de croquis du plus haut intérêt. Ce n’est pas un simple dictionnaire, mais une véritable encyclopédie.

     Singulière curiosité d’esprit qui nous renseigne sur la constitution et l’orientation de la tente dite « ehen », « l’imzad », le violon et le « ganga », petit tambour plat, tous deux utilisés dans les cours d’amour ou « ahâl », la coiffure des femmes de l’Ahaggar, le « tadabout », lit divan utilisé dans l’Aïr, mais rare dans l’Ahaggar, les « ened », artisans en bois et métaux, la toponymie, les plantes, les animaux, la parure, le costume et bien d’autres choses encore…

 

     De 1883 à 1916, les aptitudes scientifiques de Charles de Foucauld sont restées semblables à elles-mêmes. Esprit curieux, il l’est resté, s’intéressant intensément au milieu qui l’entoure. Cependant une évolution s’est dessinée, au cours des 33 dernières années de sa vie.

     L’officier devenu explorateur, puis ermite, a réduit son rayon d’action, étendu d’abord à l’ensemble de l’Afrique du Nord, surtout aux pays des steppes et du désert ; il s’est enfin limité au milieu local dans lequel il vit : l’Ahaggar, mais où il circule.

     Pendant quinze ans, Foucauld s’intéresse donc à une région naturelle, d’autant plus importante qu’elle était pour ainsi dire totalement inconnue avant lui, et dont il a contribué à faire connaître le nom même et à y attirer les chercheurs.

     Au Maroc, son attention est dispersée vers l’observation de tous les phénomènes géographiques : à la fois physiques et humains, sociologiques et ethnographiques.

     Dans l’Ahaggar, le moine – par suite de ses préoccupations religieuses – s’occupe plus de l’homme que du milieu dans lequel il vit. La géographie survit encore quand il note, dans ses lettres, le climat, le relief, les genres de vie, mais c’est surtout un ethnographe d’une extrême minutie ce que l’on pourrait montrer d’après la foule des notations réunies dans son dictionnaire touareg-français complet. Parallèlement, il continue à dessiner des vues panoramiques, mais s’attache surtout à des croquis ethnographiques de valeur.

 

(à suivre)

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 21:02

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (17)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Pour bien comprendre l’œuvre scientifique réalisée par Charles de Foucauld, il faut d’abord se rendre compte des conditions matérielles dans lesquelles il a travaillé. Foucauld a étudié sous une température maxima de 52 degrés à l’ombre, pendant un été pénible durant six mois par an, au rythme de 11 à 12 heures par jour, la nuit à la clarté vacillante d’une bougie, sur une table étroite et bancale. Ce travail de brouillon et de mise au point manuscrite suppose une information étendue, de tous les instants, auprès de tous les Touareg qu’il a rencontrés et visités ou qui sont venus le voir. Que de conversations, que de mots enregistrés ! Sa rédaction définitive est la surcharge d’un nombre considérable de notes intéressant les synonymes, les antonymes, la grammaire, la diversité des sens propres ou figurés. Il s’agit, en somme, d’un véritable héroïsme scientifique. L‘ascète du Hoggar n’est pas seulement un contemplatif, il donne une large part à l’étude et fait œuvre de savant en linguistique. En deux mots, Foucauld est le bénédictin du désert.

 

     René Basset, bon juge en la matière, écrit que « la pièce maîtresse de ces travaux linguistiques en est assurément le dictionnaire touareg-français abrégé, avec le tableau des conjugaisons et le dictionnaire abrégé des noms propres. Viennent ensuite les poésies, puis les notes pour servir à un essai de grammaire et les textes en prose augmentés des proverbes et des énigmes. » Il ajoute : « Foucauld n’a pas seulement envisagé une enquête partielle, mais a voulu une enquête générale. » « Il a réalisé une œuvre scientifique de haute valeur et cela sans vouloir être un savant », ce qui est un paradoxe (Cité par Coudray, Charles de Foucauld, 1949, page 37).

 

     Motylinski l’avait bien prévu, au cours de sa mission de 1906 : « Pour faire le dictionnaire du dialecte de ce pays, il faudrait passer vingt ans, en parler la langue comme sa langue maternelle et en composer le vocabulaire sans le secours d’aucun informateur » (Dictionnaire abrégé Touareg-Français (dialecte Ahaggar) publié par René Basset – Tome I – Avertissement, pages 1 et 2).

 

     (à suivre)

 

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 23:52

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (16)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     En 1904, quand Foucauld a décidé de s’établir en pays targui, il profite de sa tournée d’apprivoisement des Touareg, en compagnie de Laperrine, pour apprendre la langue parlée par environ 100.000 individus. On lui dit que « le lieu le meilleur pour étudier « le tamahak ou tamachèq est Akabli, où tous les habitants le parlent et où il y a sans cesse des caravanes » (Gorrée, Sur les traces de Charles de Foucauld, page 222). Avec sa décision et sa ténacité habituelles, il résout de s’y rendre pour étudier « de toutes ses forces ».

     Une quinzaine de jours après, le commandant Laperrine écrit : « Foucauld travaille ferme le touareg à In Salah… il a épluché, à fond, mes archives… il comprend très bien que tout rêve doit être précédé de la connaissance de la langue » (ibid., page 189). Arrivé à Akabli, dans la Tidikelt, le Père commence aussitôt à prendre des leçons de tamahaq avec un homme du pays Settaf, qui a longtemps voyagé chez les Touareg.

     Foucauld poursuivra son effort jusqu’à sa mort. « Ma résolution – écrit-il en janvier 1906 – est de travailler de toutes mes  forces et de plus en plus aux travaux de lexique et de grammaire, destinés à faciliter l’œuvre de ceux qui me suivront » (Gorrée, Sur les traces de Charles de Foucauld, page 213).

     Le 30 mars 1907, « sous sa tente étroite, Foucauld travaille jusqu’à une heure avancée de la nuit, à la lueur d’une bougie, tandis qu’au dehors le vent fait rage et que les  gouttes de pluie crépitent sur l’étoffe tendue… » (ibid., page 222).

     Lorsque son temps n’est pas pris par les causeries avec les Touareg, il étudie leur langue, profite de ses tournées et de la présence de beaucoup de Touareg pour faire connaissance avec eux et recueillir des documents.

     Du 1er octobre 1907 au 1er janvier 1908, il travaille de façon effective, durant 60 jours, en compagnie d’un Touareg, connaissant à la fois l’arabe et le tamahaq. Ils révisent en semble son lexique (ibid., page 231-233).

     Enfin le 9 octobre 1910, cet ouvrage est achevé, mais en janvier 1913, il prévoit qu’il lui reste au moins trois ans de travail à faire seul : copie et corrections ; il envoie le premier bon pour imprimer. Il souligne, par humilité, que ses études ne seront publiées ni par lui ni sous son nom, mais par Basset, berbérisant et doyen de la Faculté des Lettres d’Alger, sous le nom de leur ami commun Motylinski, mort en 1907 (ibid., page 284).

     Le 27 février 1914, il achève son premier dictionnaire et le 8 mai il commence la rédaction du dictionnaire touareg-français développé. En juin, il travaille tous les jours à cet ouvrage et ne sort presque jamais. Le 31 juillet il en est à la page 385 (ibid., page 300), puis à la page 550 au 31 août, en juin 1915 à la lettre Z, enfin, le 2 août ce deuxième dictionnaire est prêt à être imprimé (ibid., page 310) (NdLT : il ne le sera qu’en 1951, par l’Imprimerie Nationale, à Paris !) et il se met déjà à la copie pour l’impression des 575 poésies qu’il a recueillies. Le 1er décembre 1916 – le jour de sa mort – il indique qu’il «  achevé, pour l’impression, des Poésies et Proverbes » ; la grammaire « l’effraie d’avance » (ibid., page 327-328). Son travail restera inachevé.

 

     (à suivre)

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 22:36

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (15)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Nous possédons un court journal de voyage entrepris de mars à septembre 1904. Foucauld nous donne, pour par jour, l’itinéraire suivi et, chemin faisant, quelques détails géographiques sur les Taïtoq, les Iforas et les Hoggar, sur la disposition et le débit des principaux puits, l’état des villages, une courte description des régions naturelles, des tribus, des Touareg rencontrés. C’est une mise au point géographique de l’Ahaggar.

     Les renseignements concernant la géographie humaine sont plus nombreux, car ils permettent de mieux connaître ces gens de l’Ahaggar, parmi lesquels l’ermite vite et voudrait attirer des savants, des prêtres, des civils.

 

     Dans ses lettres, dans son rapport adressé de Tamanrasset à M. Hours (R.P. Coudray, Charles de Foucauld, page 40 + NdLT : il s’agit de la lettre du 9 janvier 1912, in Correspondances lyonnaises, Karthala, pages75 à 89), Foucauld étudie l’origine historique de la race et de la langue des Touareg, leur type anthropologique, leurs mœurs, leur genre de vie, toute une foule de renseignements épars et fort curieux. Dans sa correspondance et dans ses conversations avec des hôtes de passage, il fait preuve d’une culture et d’une information très étendues – bien qu’il s’en défende toujours avec beaucoup d’humilité. Il observe, lit, pense, établit des comparaisons, aboutit à des déductions.

     L’œuvre scientifique principale de l’ermite du Hoggar concerne l’étude de la langue des Touareg. Dès 1904 et pendant toute sa vie saharienne, « une grande partie de son temps, presque tout celui qui n’est pas employé à marcher et à prier, est occupé à étudier la langue » (Gorrée, Sur les traces de Charles de Foucauld, page 189).

     « Les populations de cette région, comme celle du Maroc  parlent moins l’arabe que le berbère, vieille langue du nord de l’Afrique et de la Palestine, celle que parlaient les Carthaginois, celle de sainte Monique… langue qu’aimait saint Augustin parce que c’était celle de sa mère… J’e l »’avais apprise autrefois – écrit-il – au Maroc et avec Motylinski à El Goléa en 1885 – et oubliée, st m’y remets un peu pour pouvoir causer avec tout le monde » (ibid., page 191).

     La question linguistique l’a toujours intéressé. Au Maroc ; il a essayé, en vain, au cours de son exploration, de découvrir des « kanouna » écrits en berbère ancien (Foucauld, Reconnaissance au Maroc, page 128).

 

     (à suivre)

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Published by Laurent Touchagues - dans Textes sur le Bx
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