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Bienvenue dans ce lieu virtuel qui porte le nom de l'ermitage de Charles de Foucauld à Tamarasset !

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 21:12

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (14)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Foucauld décrit avec amour ce balcon d'où il domine tout l'Atakor n Ahaggar, la Koudia des Arabes. « Je suis absolument seul au haut d'un mont... nœud orographique du pays... le regard embrasse le massif de l'Ahaggar (Gorrée, Sur les traces de Charles de Foucauld, page 273). La vue est plus belle qu'on ne peut le dire ni l'imaginer. Rien ne peut donner une idée de la forêt de pics et d'aiguilles rocheuses qu'on a à ses pieds : c'est une merveille. On ne peut le voir sans penser à Dieu ; j'ai peine à détacher mes yeux de cette vue admirable, dont la beauté et l'impression d'infini rapprochent tant du Créateur ; en même temps sa solitude et son aspect sauvage montrent combien on est seul avec Lui et combien on n'est qu'une goutte d'eau dans la mer » (ibid., page 274).
     Cette description imagée rappelle celles de la « Reconnaissance au Maroc », mais cette fois il ne s'agit plus de géographie, mais de mysticisme.
     Qu'il soit installé à Beni-Abbès, Tamanrasset ou à l'Asekrem, il quitte périodiquement ces lieux pour partir en tournées selon l'occasion : le passage de ses anciens camarades Laperrine et Motylinski, d'une mission militaire ou scientifique.
     On compte qu'il a passé près de quatre ans en voyages et qu'il a parcouru alors plus de 12.000 kilomètres, en partie à pied. En transposant une parole de Bugeaud, on peut dire que l'ermite du Hoggar « s'est fait nomade pour atteindre les nomades », à travers le Touat, l'Ahnet, l'Ahaggar, le Gourara, le Tanezrouft et jusqu'au Tassili nord de l'Adrar. Les trois plus longues randonnées ont duré chacune un an environ, deux en 1904 et 1905, de compagnie avec Laperrine pour « apprivoiser les Touareg », la troisième avec Motylinski en 1906.
     Ses autres déplacements et ses séjours ont pour objet « de causer, de donner des médicaments, des aumônes, l'hospitalité du campement, se montrer le frère du touareg, leur répéter que nous sommes frères en Dieu » (Gorrée, Sur les traces de Charles de Foucauld, page 195). Il y a loin des étapes de l'explorateur du Maroc, uniquement préoccupé d'observer la nature et les hommes qui l'entourent pour accroître le domaine de nos connaissances géographiques.
     S'il accepte ces voyages lointains dans le Sahara, c'est pour voir beaucoup d'indigènes, les secourir, « faire tomber leur défiance, disparaître leurs préjugés contre nous, nous faire connaître, estimer, aimer d'eux, leur prouver que nous les aimons, établir la fraternité entre eux et nous... » (Gorrée, Sur les traces de Charles de Foucauld, page 195).
     Il ne s'agit plus, dans son esprit, d'étudier le pays. Dès juin 1904, il écrit : « De géographie, d’exploration, je ne fais pas l’ombre… » (ibid.). Cependant il rédige, dans son diaire – son journal – une longue note, résumé de l’expérience de ces cinq premiers mois du voyage de 1904, sous le titre : « Observations sur les voyages des missionnaires dans le Sahara » (ibid., page 193 + NdLT, voir Carnets de Beni-Abbès, pages 114 à 138). Il nous a laissé peu de choses sur le relief, mais une carte manuscrite de l’Ahaggar avec limites de 21 régions et d’intéressantes notes de topographie locale.

 

     En outre, on lui doit les premières observations météorologiques relevées à Tamanrasset pour le compte de l’Institut d’Alger. « Pendant vingt ans, les observations du Père de Foucauld ont été les seuls documents sérieux que l’on possédât sur le climat du Hoggar. Même aujourd’hui, l’exploit météorologique que constituent les observations de l’Asekrem – à 2.800 mètres d’altitude – n’a pas été renouvelé. » (Jean Coulomb, Bulletin de l’Enseignement public au Maroc, Janvier-Mars 1941, cité par le R.P. Coudray).

 

     (à suivre)

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 19:55

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (13)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Avec la ténacité de l’explorateur du Maroc, Foucauld a mûri son projet, l’a réalisé, s’y est tenu et, le soir, au clair de lune, bien souvent au milieu de prières ferventes, il a dû se souvenir de la « Leïla el kedr » qu’il n’avait fait qu’entrevoir en 1884, à l’oasis de Tanzida. Il le reconnaît presque, quand il écrit, dès son arrivée : « comme climat, langue, mœurs, Beni-Abbès ressemble absolument à Tissint, Tatta, Akka » (Gorrée, Sur les traces de Charles de Foucauld, page 152).

     Foucauld, l'explorateur du Sud algéro-tunisien de 1885, connaît bien également le Sahara algéro-marocain et, dès juillet 1902, il confie à son ami Laperrine le projet de se fixer au Hoggar ; celui-ci l'approuve. De fait, le combat de Tit, du 7 mai 1902, a soumis le pays à la France.

     En février 1904, Laperrine, entièrement gagné au projet du Père, retrouve « ... Foucauld, reparti à méhara et en rehala (mais) avec le bâton du pèlerin... Mis face à face avec la vie aventureuse, le Foucauld du Maroc se retrouve, il regrette son sextant » (R.P. Gorrée, Sur les traces de Charles de Foucauld, page 190).
                                                                                 *
                                                                               *  *
Le Père vit au Sahara du 28 octobre 1901 - date de son installation à Beni-Abbès - jusqu'à sa mort, le 1er décembre 1916, à Tamanrasset. Compte tenu de quatre absences, l'une pour aller chez les Pères Blancs à Maison-Carrée en 1906 et les trois autres pour aller en France, on calcule qu'il a 14 années de présence effective dans ce pays.
     Il se fixe près de trois ans et demi à Beni-Abbès, de 1901 à 1905, en deux périodes inégales séparées par sa première tournée d'apprivoisement des Touareg. Dès août 1905, il est décidé à s'établir en pays targui, récemment pacifié. Le 13 août, grâce à son ami Laperrine, il peut acheter un lopin de terre à Tamanrasset et s'y installe à 650 kilomètres d'In Salah. Il a choisi sa nouvelle résidence au cœur de la plus forte tribu nomade du pays. Il y vivra neuf années de sa vie en cinq séjours échelonnés du 13 août 1905 à sa mort, « à 300 mètres d'un village de 100 habitants, dans un large cirque entouré de montagnes ». La poste y passe tous les quinze jours et lui assure, par le courrier, la liaison avec le monde, avec sa famille, ses amis et ses correspondants. Il s'est installé sur « le grand chemin entre l'Algérie et l'Aïr, entre In Salah et Zinder » parce qu'il y « vient des caravanes du Damergou, de l'Aïr, du Niger... «  (ibid., page 273).
     Dès mai 1910, il se fit construire un deuxième ermitage à 50 ou 60 kilomètres de Tamanrasset, en plein cœur de l'Ahaggar, au point le plus central de massif montagneux... sur un plateau élevé, d'environ 500 mètres de diamètre, l'Asekrem à 2.804 mètres d'altitude. Il choisit ce point parce que « les tentes occupées par les femmes, les enfants et les vieillards n'en sortent jamais » et qu'il peut y « prendre contact avec d'autres tribus » (ibid., page 264) qu'il ne voit pas à Tamanrasset. Il appelle pompeusement son nouvel ermitage une « maison de campagne » et projette d'y passer tous les étés ; de fait, il n'y séjournera que près de 6 mois du 6 juillet au 15 décembre 1911.

 

     (à suivre)

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 21:45

La description du Maroc par Elisée Reclus en 1886 (4 et fin)

  

 

     Cet article, dont la publication a commencé ici le 22 décembre, a été écrit par Guy Basset, petit-fils du savant éditeur des travaux linguistiques de Charles de Foucauld, Administrateur des Amitiés Charles de Foucauld, et publié en 2007 dans le Bulletin trimestriel des Amitiés.

  

     Des deux informateurs sur le Maroc, Foucauld est donc de loin le plus utilisé et cité. Ces références à Foucauld s'étalent tout au long de la description physique du Maroc par Elisée Reclus, mais elles ne reprennent pas l'itinéraire suivi par Foucauld. Cet hommage appuyé d'un homme dont les origines comme les convictions sociales et religieuses se situaient très loin de Foucauld méritait d'être relevé.

     Reclus soulignait ainsi l'importance du voyage du vicomte de Foucauld et préparait la réception de son ouvrage Reconnaissance au Maroc qui paraîtra non l'année suivante mais l'année d'encore après.

     Dans cette description du Maroc sont aussi notamment présentes, parmi d'autres, des références à  :

          -> Duveyrier (p. 664, 678, 688, 763, 769),

          -> O. Mac- Carthy : ses notes manuscrites (p. 658) et sa carte géographique du sud oranais et des

                parties limitrophes du Maroc datée de  1881 (p. 773),

          -> Henry de Castries à propos des Almohades (1) (p. 748, p. 755, p. 765, p. 769),

          -> Mardochée, signalé à propos des pierres écrites comportant des inscriptions en caractères

                tifinar – avec en note une note une référence à une publication d'Henri Duveyrier dans le Bulletin

                de la Société de géographie d'avril 1876.

 

     Ces quatre personnes sont des relations de Charles de Foucauld. Les deux premières sont explicitement mentionnées dans l'Introduction de Reconnaissance au Maroc où Foucauld les remercie pour les conseils et encouragements avant le voyage.

 

     Foucauld avait consulté, à la bibliothèque d'Alger, pendant la préparation de son voyage, les cartes établies par de Castries et il lui rendit explicitement hommage pour sa carte de la vallée du Drâa. Dans une lettre à la Société de géographie il déclare en effet : « Par bonheur, j'avais l'excellent travail de M. le capitaine de Castries : il m'a permis de me conduire avec la plus grande précision dans toute la portion du bassin du Drâa que j'ai parcourue. Jamais on ne vit gens plus ébahis que les Draoua quand je leur lisais sur cette carte, village par village, le chemin par lequel je voulais passer. » (2) Au fil des années les relations de Charles de Foucauld avec Henry de Castries prendront une tournure très amicale, et Foucauld ira même jusqu'à faire don à Henry de Castries de son manuscrit. (3)

 

     Enfin, Mardochée était déjà connu à la Société de géographie. Dans son rapport à la séance générale du 24 avril 1885 sur le voyage du vicomte de Foucauld, Henri Duveyrier le présente ainsi : « Celui-là même dont vous connaissez déjà l'histoire et les travaux, a été le compagnon constant du vicomte de Foucauld » et il ajoute : « Le rabbin Mardochée n'est pas toujours un auxiliaire agréable et commode. » (4)

      Il faut cependant préciser que si l'utilisation par Elisée Reclus des renseignements recueillis par Foucauld se fait en 1886, donc avant la publication de Reconnaissance au Maroc, elle se fait malgré tout après la reconnaissance officielle de l'intérêt de l'exploration. En effet, c'est lors de cette séance d'avril 1885 – donc l'année précédant la publication de Reclus, que Foucauld reçut la Médaille d'or de la Société pour ses «levés topographiques au Maroc. »

 

     Au moment de la parution du dernier tome  - tome XIX de cette Nouvelle géographie universelle, consacré à l'Amérique du Nord -, en 1894, Élisée Reclus, revenant sur une oeuvre qui a duré vingt ans redit sa dette collective envers tous ceux qui l'ont aidé : « Ma bonne volonté et mon labeur consciencieux n'aurait pas suffi dans cette  entreprise si des collaborateurs dévoués ne m'avaient soutenu de leurs richesses et de leurs conseils. Mon premier sentiment est donc celui de la gratitude. Je l'adresse à tous les amis qui m'ont aidé directement ou indirectement, par notes, lectures, correspondances, corrections, encouragements ou critiques » (5). 

     Guy BASSET


(1) Référence à un article du Bulletin de la Société de géographie de 1880.
(2) Comptes rendus de la Société de géographie 1884 (séance du 20 juin), p. 374, cité par Jacques de Dampierre, in Charles de Foucauld, Lettres à Henry de Castries, Paris, Grasset, 1938, p. 26.
(3) Cf. Charles de Foucauld, Lettres à Henry de Castries, p. 41

(4) Publié dans : Vicomte Charles de Foucauld, Reconnaissance au Maroc, Journal de voyage conforme à l'édition de 1888 et augmenté de fragments inédits rédigés par l'auteur pour son cousin François de Bondy, Paris, Société d'éditions géographiques, maritimes et coloniales, 1939, p. 13.

(5) Op. cit. , Tome XIX, p. 794.

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 23:16

La description du Maroc par Elisée Reclus en 1886 (3)

  

     Cet article, dont la publication a commencé ici le 22 décembre, a été écrit par Guy Basset, petit-fils du savant éditeur des travaux linguistiques de Charles de Foucauld, Administrateur des Amitiés Charles de Foucauld, et publié en 2007 dans le Bulletin trimestriel des Amitiés. 

 

     La description du Maroc que fait Elisée Reclus en 1886, et qui constitue son chapitre IV, s'ouvre par un rappel des voyageurs au Maroc signalant qu'ils ne « sauraient pénétrer sans déguisement dans les contrées occupées par les tribus indépendantes, et ces contrées comprennent à peu près les cinq sixièmes du pays ». Une carte récapitule des itinéraires des principaux explorateurs du Maroc et le trajet de Foucauld y est tracé (carte n°124, p. 655) faisant bien apparaître son originalité. Élisée Reclus commente : « M. de Foucauld déguisé en juif, a fait dans l'intérieur du Maroc un voyage beaucoup plus complet ; il a franchi l'Atlas sur plusieurs points, reconnu le premier la chaîne du Bani, déterminé plus de quarante positions astronomiques et rapporté trois mille chiffres d'altitudes. Mais le réseau détaillé de ses itinéraires, ses cartes spéciales et l'exposé de ses recherches n'ont pas encore été publiées. Il importe que ces documents voient le jour, car nul voyage n'a plus fait pour nous révéler cette contrée mystérieuse » (p.656-657). Comment mieux résumer sous forme synthétique l'importance et l'apport de l'exploration du Maroc par Foucauld ?

 

     Au fil du texte le nom de Foucauld apparaîtra  avec référence fréquente en note à l'  « ouvrage manuscrit » de Foucauld :

     -> description du Djebel Aïachin dans l'Atlas (p. 657),

     -> l'absence de passage au sud des cols qui contournent la face septentrionale de l'Aïachin (p. 659),

     -> description du grès de Bani (p. 665),

     -> les monts de Beni Hassan «  ressemblant par la forme à des rochers de Gibraltar juxtaposés sur un

           piédestal commun (p. 668),

     -> la description des femmes berbères avec « des yeux superbes, très expressifs, et dans leur jeunesse

          une physionomie rieuse et une grâce extrême dans leurs mouvements » (p. 688),

     -> les Riata en fez et Tlemcen (p. 691),

     -> une notation sur l'invocation à l'assistance de la « Vierge Marie » lors d'accouchements difficiles (p.

           695),

     -> l'hospitalité des hadji de la tribu des Ben-Hassan, voisine de Tétouan (p. 696),

     -> la coutume de la confédération berbère des Aït ou Afella de prélever « par bête et par Juif » en

          échange de l'autorisation de passer  (p. 701),

     -> la description de la ville de Debdou sur la rive de la Moulouya reconnaît explicitement sa dette à

          l'égard de Foucauld (p. 702), « c'est le seul endroit au Maroc dont la population soit israélite en

          majorité. Les trois quarts de ses habitants sont des juifs qui se livrent au commerce, principalement

          avec l'Algérie. »

     -> mention à propos de Fez (p. 717),

     -> description de Sefrou (p. 725),

     -> la population juive de Demnata (p. 755),

     -> la vallée du haut Drâa avec des constructions plus élégantes « ornées de terrasses et de tourelles

          garnies de balustrades, décorées de moulures » (p. 754),

     -> Tissent, ville où l'on trouve des Marocains « instruits, maîtres de la lecture et de l'écriture » (p. 756),

           la foire de Soul-el-Moulouk (p. 758),

     -> l'oasis de Figuig où les habitants s'imaginent, « n'ayant aucune idée des fictions diplomatiques, (...)

          que si les français ne se sont pas emparés de l'oasis ennemie, c'est que pareil exploit leur était

           impossible » (p. 765).

     (à suivre)

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 22:33

La description du Maroc par Elisée Reclus en 1886 (2)

  

     Cet article, dont la publication a commencé ici le 22 décembre, a été écrit par Guy Basset, petit-fils du savant éditeur des travaux linguistiques de Charles de Foucauld, Administrateur des Amitiés Charles de Foucauld, et publié en 2007 dans le Bulletin trimestriel des Amitiés.

  

     Le nombre d'informateurs directs cités par Élisée Reclus pour chacun des pays est donc très différent : trois pour la Tunisie, huit pour l'Algérie et simplement deux pour le Maroc.

     En ce qui concerne l'Algérie plusieurs des personnalités citées sont des noms connus (Mac-Carthy, Foureau...) et certains même connus directement par Charles de Foucauld (Mac-Carthy, Titre).

 

     Pour l'Égypte, traitée précédemment, Élisée Reclus s'était appuyé sur une connaissance personnelle du terrain et sur le grand orientaliste Gaston Maspero. Pour les pays d'Afrique du Nord, Reclus déclare disposer aussi d'informations directes grâce à un voyage qu'il a effectué lui-même en Tunisie en 1883 et grâce aux relations nouées par l'intermédiaire de sa fille qui avait fondé en Algérie, avec son époux, une communauté anarchiste à Tenzout. « Cette connaissance directe est sensible dans certaines descriptions », note Claude Liauzu (1). De plus, les descriptions de l'Égypte et de la Tunisie paraissent peu de temps après l'occupation de ces pays. La couverture du tome XI porte en effet la date de 1886. Le Maroc, par contre, est un cas à part puisque Reclus ne s'y est pas rendu et qu’il n’est pas occupé à cette date, ce qui fait que la référence à Foucauld va prendre une place privilégiée. Reste alors à tenter de dégager la part de l'un et l'autre des informateurs du Maroc.

     Washington-Serruys était membre de la Société royale belge de géographie, fondée en 1876, et avait été drogman (interprète) de la légation belge de Constantinople. Il est ainsi l'auteur d'un livre sur l'arabe moderne étudié dans les journaux et les pièces officielles, et s'est intéressé aux relations commerciales. Il est cité explicitement en note par Élisée Reclus à propos des échanges commerciaux du Maroc, soit sous forme d'une synthèse, d'un récapitulatif des relations commerciales avec la France ou de l'état de la flotte du Maroc (p. 774), soit pour des informations plus précises portant sur les ports de Tétouan (p. 708), de Casablanca en 1883 (p. 733), de Mazagran (p. 736), d'Asfi (p. 737), de Mogador (p. 743). Les données sont récentes, puisqu'il est précisé qu'elles datent de 1883, soit peu de temps avant la parution du fascicule. C'est la seule valeur ajoutée visible de Washington-Serruys et il ne m'a pas été possible de retrouver d'autres implications de sa part au Maroc.

     Quant à l’apport de Charles de Foucauld, il importe d’abord de relever que son exploration au Maroc est tout à fait récente. Réalisée entre le 20 juin 1883, jour de son arrivée à Tanger, et le 21 mai 1884 (2), elle a donné lieu à un premier compte rendu publié dans le Bulletin de la Société de géographie du premier trimestre 1887 (incluant une carte du voyage), puis à la parution du volume Reconnaissance au Maroc en février 1888. Or, sans indication de mois, le tome XI de Reclus L'Afrique septentrionale porte comme seule indication de date l'année 1886, c'est-à-dire postérieurement au rapport de Duveyrier sur le voyage de Foucauld et antérieurement à toute publication de Foucauld. Pourquoi donc Foucauld se trouve-t-il cité ? L'explication s'en trouve dans la lettre chaleureuse de remerciements qu'Elisée Reclus lui envoie le 23 février 1888 après la réception de l'exemplaire de Reconnaissance au Maroc : « Grâce à votre amabilité, j'en connaissais déjà tout le prix, puisque vous m'aviez permis de le consulter en manuscrit » (3).

 

      (à suivre)


(1) Claude Liauzu, « Les sociétés musulmanes dans l'oeuvre d'Élisée Reclus », Hérodote, n°117, 2ème trimestre 2005, p. 125.

(2) Dates indiquées dans le « Rapport fait à la Société de géographie de Paris dans la séance générale du 24 avril 1885 par Henri Duveyrier », Reconnaissance au Maroc, journal de route, Paris, Société d'éditions géographiques, maritimes et coloniales, 1939, p. 13 et 21

(3) Cité dans le Bulletin trimestriel des Amitiés Charles de Foucauld, n° 89, janvier 1988, p. 15.

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 22:35

La description du Maroc par Elisée Reclus en 1886 (1)

  

    Cet article, dont la publication a commencé ici le 22 décembre, a été écrit par Guy Basset, petit-fils du savant éditeur des travaux linguistiques de Charles de Foucauld, Administrateur des Amitiés Charles de Foucauld, et publié en 2007 dans le Bulletin trimestriel des Amitiés. 

 

     Le géographe Elisée Reclus (1830-1905) a fait paraître par fascicules chez Hachette à partir de 1876 une  Nouvelle Géographie Universelle. En 1892 il recevra même la grande Médaille d'or de la Société de géographie de Paris (« à titre exceptionnel pour services rendus à la Société ») pour cet ouvrage qui, au demeurant, ne comporte pas moins de 17.293 pages et 4.290 cartes. Cette publication a suscité l'admiration de beaucoup de personnes en raison de l'étendue et de l'exactitude des informations données et des descriptions faites. Elle est également appréciée pour la qualité de son style littéraire et est souvent considérée comme une tentative de fonder scientifiquement la géographie. Dans cet ouvrage, Elisée Reclus dont l'autorité scientifique ne fait aucun doute, y utilise les résultats de l'exploration au Maroc que vient de faire le vicomte de Foucauld, « amateur éclairé » !

 

     Elisée (ou plutôt Jean Jacques Elisée) Reclus, fils d'un pasteur protestant, fit d'abord ses études dans sa ville natale, Sainte-Foy-la-Grande, avant de les terminer en Allemagne. Très jeune, il manifesta un tempérament républicain, indépendant et il fut contraint de s'exiler après le coup d'Etat de 1851. Il en profita pour voyager. A partir de 1859 il collabora d'abord à la Revue des Deux Mondes, puis à la revue Le Tour du Monde et à d'autres revues géographiques, ainsi qu'aux célèbres guides touristiques Jouanne. Engagé dans les rangs de la Garde Nationale pendant le siège de Paris, il participa à la Commune, ce qui entraîna sa condamnation à la déportation, peine qui fut commuée en bannissement. Il vécut alors dans plusieurs pays européens, revint en France, et termina sa vie en Belgique où il fut, à partir de 1892, titulaire de la chaire de Géographie comparée de l'Université de Bruxelles. Il décéda en Belgique le 4 juillet 1905. Autorité reconnue dans le domaine géographique et auteur de nombreux ouvrages dans ce domaine, il a toujours manifesté ainsi que certains autres membres de sa famille une proximité certaine par rapport aux mouvements anarchistes.

 

     Après cinq volumes sur la géographie de l'Europe, puis quatre volumes sur la géographie de l'Asie, deux tomes de sa Nouvelle Géographie Universelle sont consacrés à la géographie de l'Afrique septentrionale : les tomes X et XI. La deuxième partie couvre la Tripolitaine, la Tunisie, l'Algérie, le Maroc et le Sahara.

     Le Maroc est décrit de la page 653 à la page 783 de la 62ème série de livraison (livraisons 617 à 626).

     Après le glossaire géographique de l'Afrique septentrionale, comprenant des mots arabes, des mots berbères et des mots tibbou (région saharienne), et juste avant l'index alphabétique qui précéde les tables des cartes et des gravures positionnées avant la table des matières, une page de huit lignes précise : « A cette place je ne puis que citer les noms des personnes qui m'ont aidé dans la rédaction de ce volume par leur conversation, par l'envoi de notes ou par la correction des épreuves ; mais si le témoignage de ma reconnaissance se traduit par une simple élaboration de noms, chacun de mes collaborateurs n'est pas moins assuré de mes sentiments de profonde gratitude. Comme pour les volumes précédents, j'ai eu l'aide constante de MM. Metchnikov, Ernest Desjardins, Perron, Senso, Schiffer, Polguère ». Avant de remercier M. Giffault d'avoir revu l'index, Élisée Reclus ajoute, après les six premiers noms cités, d'autres plus spécifiques au volume. « Pour la Tunisie, MM. Montels, Delmas et Cailla; pour l'Algérie, MM. Mac-Carthy, Titre, Sabatier, G. Rolland, Foureau, Niel, Lambert, Bouvin; pour le Maroc, MM. De Foucauld et Washington Serruys ont été mes principaux informateurs ».

 

     (à suivre)

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 22:22

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (12)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     De retour à Paris, en février 1886, il s’y installe, s’enferme dans une vie de travail, met au point son ouvrage sur l’exploration du Maroc qui paraît en janvier 1888. Peu soucieux de la gloire que lui procure ce travail, il vit déjà, dans son appartement de Paris, une vie de prière et de mortification. Tout au plus, écrit-il le 24 mai 1888 à Émile Maupas : « Je m’occupe toujours vaguement de pays musulmans avec l’intention d’y voyager encore, lisant de l’arabe et étudiant en gros les contrées du Levant ; mais je n’ai aucun projet fixe et ne pense pas quitter la France cette année. »

 

     Coup de théâtre, fin novembre 1888, Charles de Foucauld s’embarque pour la Terre sainte et est de retour à Paris en mars 1889. Sans doute a-t-il rencontré le Seigneur à Emmaüs (1), car le pèlerin de Terre Sainte se replie en retraites, et devient trappiste à Notre-Dame des Neiges de 1890 à 1897.

De 1897 à 1900, il chemine à nouveau, mais en pèlerin pauvre et à pied en Terre Sainte, va à Rome en 1900, retourne à Notre-Dame des Neiges où, le 9 juin 1901, il est ordonné prêtre.

C’en est fait, Foucauld est perdu pour la science, pour l’exploration, pour l’Afrique…

 

     Non pas, ses souvenirs du Maroc le hantent. Le 23 juin, il écrit : « Le silence du cloître n’est pas celui de l’oubli… » (Lettre à Henry de Castries) et il pense à fonder une exploitation agricole trappiste, un petit ermitage, sur la frontière marocaine « entre Aïn Sefra et le Touat » (ibid.) d’autant plus que son ancien camarade Laperrine est nommé commandant supérieur des Oasis sahariennes, le 6 juillet 1901.

     Foucauld ne sera plus explorateur, ni géographe ; il est moine … mais il n’est pas perdu pour l’Afrique. Son projet est arrêté, il sollicite la permission de vivre sur les confins sud-ouest du Maroc, dans le diocèse du Sahara. On l’appellera dorénavant « Foucauld l’Africain ».

     Le 10 septembre 1901, le Père de Foucauld débarque à Alger encore une fois. Le 28 octobre, il arrive à Béni Abbès, dans une oasis importante du Sahara, à la frontière marocaine. C’est alors un ksar de 130 feux, peuplé de Chleuhs et d’Harratins, au milieu d’une forêt compacte de 6 à 7 000 palmiers. Ce qui ne gâte pas les choses pour un homme qui est resté artiste : « On y a une vue admirable sur la vallée de la Saoura, ses deux coudes, le Hamada, l’oasis, le ksar. On domine tout et c’est charmant… on a des horizons presque immenses… (qui) se perdent dans ce beau ciel du Sahara qui fait penser à l’infini et à Dieu – qui est plus grand – Allah Akbar ! » (Gorrée, Sur les traces de Charles de Foucauld, page 152).

 

     (1) NdLT : l’auteur omet de mentionner ici que Charles de Foucauld est revenu à la foi catholique à la fin du mois d’octobre 1886, dans l’Église Saint-Augustin à Paris, et dit avoir entendu immédiatement l’appel à la consécration totale à Dieu.

 

     (à suivre)

 

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 13:59

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (11)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Nous l’avons déjà dit, Foucauld a été pris par l’Afrique du Nord. La relation de son voyage au Maroc, terminée et recopiée depuis la fin de juillet 1885, notre explorateur décide de compléter ses connaissances par une étude comparée des divers types d’oasis et de chotts de l’Afrique du Nord. Le but même de cette nouvelle étude est bien géographique, rien n’est aussi suggestif que la comparaison  - elle permet de poser des problèmes, de s’efforcer de les résoudre et met sur la voie d’explications fructueuses.

     Foucauld a l’intention de traverser le Sud algérien et tunisien de l’Ouest à l’Est. C’est un beau périple en vue. Il n’est plus officier, il sera donc explorateur. Sa vocation semble fixée.

De cette belle randonnée, il ne nous reste que trois carnets de route contenant 134 croquis de l’auteur avec légendes. Ces dernières, relevées par le R.P. Gorrée, nous donnent l’itinéraire exact de notre voyageur. Le 15 septembre 1885, il débarque à nouveau à Alger, se procure deux chameaux, deux chevaux, un domestique arabe et part une deuxième fois en expédition.

     Le 22 septembre, il passe à Tiaret, traverse le Djebel Amour, atteint Laghouat, pénètre dans la région des dayas, puis dans celle des chebkha et le Mzab, arrive à Ghardaïa et Metlili, continue son voyage à travers les oasis constantinoises en compagnie du Commandant supérieur du Cercle de Ghardaïa, pénètre dans la région des gantra et celle des feidj, aperçoit les dunes du grand Erg occidental, El Goléa où il rencontre son camarade Motylinski, interprète militaire « un des hommes sachant le mieux l’arabe et le berbère qu’il y ait alors en Algérie », remonte vers le Nord, arrive à Ouargla où il met largement à contribution les connaissances étendues de son ami pour s’instruire sur la grande cité saharienne et son oasis et la visiter en détail avec lui. Il continue, guidé par un mokhazeni, vers Touggourt, poursuit seul avec son domestique arabe, par les oasis de Guemar et de Tarzout, traverse la région du Souf, visite El Oued au milieu des dunes du Grand Erg occidental, atteint l’importante palmeraie tunisienne de Nefta, passe à Tozeur sur le chott el Djerid, Gafsa, visite les ruines romaines et arrive, en janvier 1886, à Gabès, d’où il s’embarque pour la France.

     En quatre mois, il a parcouru plus de 1 600 kilomètres de dunes sableuses, d’hamada pierreuse, de fleuves fossiles, de dépressions salées, à travers un pays désolé avant d’atteindre l’eau saumâtre d’un puits ou mieux encore, le paradis terrestre d’une palmeraie.

      Étrange voyage dont nous n’avons aucune relation scientifique – ce qui est bien regrettable – mais où l’on sait qu’il aimait chevaucher seul, à deux journées de son domestique indigène, mangeant ce qu’il avait dans ses poches. Il semble hanté par le besoin de solitude et d’ascétisme, plus encore que par le souci de la recherche scientifique. Périple de dilettante ou plutôt repli sur soi-même, face à la triste grandeur du Sud.

 

     (à suivre)

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 22:14

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (9)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Dans le détail, tout cela conduit à des notations curieuses. Sa « Reconnaissance au Maroc » est une véritable encyclopédie géographique de ce pays à la fin du XIXème siècle. Il est difficile de l’ignorer pour le lecteur qui veut, par comparaison, juger l’œuvre réalisée depuis par la France.

Foucauld s’attache surtout à la description du relief, à l’extension précise des régions naturelles, à l’étude des sites urbains, des agglomérations et à la géographie politique.

     L’étude de l’Atlas marocain, auquel il consacre quelques pages de synthèse, est d’autant plus nouvelle pour l’époque qu’elle apporte des observations inédites sur le Moyen-Atlas, l’Anti-Atlas et les chaînes secondaires.

     La détermination des régions naturelles marocaines est un exemple du genre chez Foucauld. Fondée sur l’observation des contrastes locaux de relief, de végétation et d’habitat, elle commence souvent par l’étude du nom de la région et aboutit toujours à des limites précises.

     L’étude des centres urbains est particulièrement poussée. Illustrée souvent par un plan sommaire, elle passe en revue tour à tour : le site naturel, les fortifications, les maisons, les monuments, les jardins et vergers, le marché, le commerce local, l’organisation politique. Dans les agglomérations marocaines, il nous décrit les maisons en pisé ou en briques couvertes de chaume ou de tuiles de Chechaouen dans le Rif, les maisons moitié en pierre, moitié en briques, mais peintes de couleur brun rouge et couvertes en terrasses de Taza, les maisons de pisé ou de terre sèche du misérable hameau de Tlata, les demeures riches de Bou el Djab en pierres grossièrement cimentées avec portails, arcades et pourtours de fenêtres, le tout blanchi intérieurement et extérieurement, les « tirremt » ou greniers collectifs villageois du versant septentrional du Haut-Atlas, les « agadirs » ou greniers collectifs tribaux du versant occidental du Haut-Atlas et du Dra, les tentes des Zaïan et des Zemmour, les ksour des oasis sahariennes.

     Il fait également ce que nous appelons de la géographie botanique, il s’efforce de noter l’extension de telle formation végétale : les nouara hebila du Préfif, les oliviers et lentisques associés sur les premières pentes des montagnes telliennes, les jujubiers sauvages des plaines soumises au climat méditerranéenne, les gommiers du Dra, les arganiers du Sous, les graminées des steppes du Sud du Dra. Il note : l’état de la végétation en rapport avec la saison : le thym seule plante des parties incultes de la plaine au Sud de l’Atlas, en été ; la relation entre les plantes et la nature du sol comme le « taçouout » limité aux rochers des pentes septentrionales de l’Atlas et des falaises atlantiques.

     Il nous donne de précieux renseignements sur le commerce de la ville de Fès, lé décadence du commerce de Tazenakht en liaison avec la sécheresse qui y sévit depuis quatre ans, la ruine du commerce soudanais par caravanes à Tissint, par suite de la création de Tindouf en 1850.

     Déjà ethnographe, il décrit minutieusement la race et la langue, les costumes, les armes, l’alimentation, le mœurs et coutumes des Marocains avec des notations précieuses sur leur extension géographique. Les études psychologiques des musulmans t des juifs marocains sont particulièrement pénétrantes et modérées.

     Il ne néglige pas la géographie politique, si diverse alors dans ses formes au Maroc : tribus soumises du maghzen, tribus dissidentes de la rébellion, villes indépendantes, villes soumises à l’autorité mi-spirituelle mi-temporelle d’un marabout local, pays indépendant du Nord du Haut-Atlas, pays indépendant au Sud du Haut-Atlas, oasis de Chleuhs et d’Haratins tributaires des arabes Ida ou Blal.

     On trouve même, chez ce futur linguiste, d’intéressantes et brèves notes sur la toponymie ou science des noms de lieux, sur le pays Zemmour ou « Doukkala » du Gharb et le haut-Atlas occidental.

  

     (à suivre)

 

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 22:14

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (10)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Comment expliquer l’allure de précurseur que l’on remarque dans la partie géographique de la « Reconnaissance au Maroc ». Par Mac Carthy ou par ses lectures personnelles en allemand – lorrain,  Foucauld avait appris l’allemand et avait obtenu de bonnes notes en cette matière à Saint-Cyr : 12 en 1ère année, 13 en 2ème année (R.P. Gorrée, Sur les traces de Charles de Foucauld, pages 32 et 33) – il a connu certainement les trois grands ouvrages fondamentaux de la géographie moderne : l’explication de la carte géologique de France par Dufrénoy et Élie de Beaumont en 1841, le « Cosmos » de l’Allemand Alexandre de Humbolt paru en 1845-1851, la « Géographie universelle comparée » du professeur allemand Karl Ritter, parue de 1817 à 1858. Son ami Émile Maupas connaissait la « Géographie des plantes » de Candolle, parue en 1855 en latin.

     Mac Carthy et Maupas l’ont initié aux théories de ces savants tendant à saisir les rapports de l’homme avec le sol et l’influence des conditions naturelles sur le développement des sociétés humaines.

*

*  *

     Au retour de ce long voyage, inconsciemment son esprit est troublé par les invocations du muezzin clamées cinq fois par jour du haut des minarets du Maroc, par les prosternations des musulmans et les psaumes des israélites – tous d’une foi religieuse intense – par les appels à Dieu mêlés à la conversation familière. À son corps défendant, il ressent tout cela si intensément qu’il pense, un moment, à se convertir à l’islamisme  (NdLT : Bazin, Charles de Foucauld, édition de 2003, page 105 : « De retour en Algérie, il avait même dit à quelques-uns de ses amis : « J’ai songé à me faire musulman ». Propos de sensibilité, que la raison n’avait pas ratifié. Au premier examen, il lui était apparu, comme il en a fait la confidence à l’un de ses intimes amis – Henry de Castries – que la religion de Mahomet ne pouvait être la véritable, « étant trop matérielle ». Mais l’inquiétude demeurait. Bénie soit-elle ! »). Ce périple à travers le Maroc, la solitude, la contemplation d’une nature dépouillée, sauvage, primitive, sont certainement à la base de sa conversion future.

     On trouve l‘écho de cette évolution psychique dans sa « Reconnaissance au Maroc », où il écrit, avec le style de Chateaubriand et de Fromentin, à propos de Tanzida : « … J’arrive ainsi jusqu’au ksar : il m’apparaît tout entier avec ses maisons de pisé blanc, étagées au pied de la paroi luisante de la montagne, dont les roches polies miroitent par cette belle nuit. La lune qui brille au milieu d’un ciel sans nuages, jette une clarté douce ; l’air est tiède, pas un souffle ne l’agite. En ce calme profond, au milieu de cette nature féerique, j’atteins mon premier gîte au Sahara. On comprend, dans le recueillement de nuits semblables, cette croyance des Arabes à une nuit mystérieuse, leïla el kedr, dans laquelle le ciel s’entr’ouvre, les anges descendent sur la terre, les eaux de la mer deviennent douces et tout ce qu’il y a d’inanité dans la nature s’incline pour adorer son Créateur » (Foucauld, Reconnaissance au Maroc, page 116).

 

     (à suivre)

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