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Bienvenue dans ce lieu virtuel qui porte le nom de l'ermitage de Charles de Foucauld à Tamarasset !

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 22:13

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (7)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Le voyage achevé, Charles de Foucauld rentre à Paris et adresse à la Société de Géographie son premier compte rendu écrit sur son "voyage d'exploration au Maroc". Quelque chose l'attire vers cette Afrique du Nord qu'il vient à peine de quitter. Dès l'été 1884, il s'installe à Alger et commence à mettre au point ses notes de voyages.

     En 1885, c'est la gloire. Le Secrétaire général de la Société de Géographie de Paris le qualifie publiquement de "voyageur d'un très grand avenir " tandis que cette société savante lui décerne une médaille d'or sur le rapport de l'explorateur Duveyrier. (Rapport Duveyrier présenté à la Société de Géographie de Paris le 26 avril 1885). Celui-ci précise que Foucauld double pour le moins la longueur des itinéraires soigneusement levés au Maroc, nous apporte les altitudes de deux cols du Haut-Atlas, permet de déterminer sur la carte la direction de cette chaîne, révèle l'existence de montagnes parallèles. Par son itinéraire, il reporte d'un degré plein vers l'Ouest le tracé du Dra.

     Il reprend, en les perfectionnant, 690 kilomètres de travaux se ses devanciers. Il ajoute, à partir de Meknès, 2 250 kilomètres nouveaux, détermine 45 longitudes, 40 latitudes et 3 000 altitudes. Ces " renseignements très nombreux, très précis, renouvellent littéralement la connaissance géographique et politique presque tout entière du Maroc ".

     Foucauld rapporte la volumineuse matière d'un gros in-quarto de 500 pages, paru en 1888, réédité dans le même format en 1934, puis en 1939 en un in-octavo de 430 pages, tous aujourd'hui épuisés. C'est la un beau succès de librairie !

     Cet ouvrage " ... a fait l'admiration des géographes et des savants et facilité plus tard notre pénétration dans l'Empire Chérifien " (R.P. Gorrée, Sur les traces de Charles de Foucauld, Arthaud, Grenoble et Paris, 1936).

     Entre autres, voici ce qu'en pense le géographe de l'Algérie et du Sahara, Emile-Félix Gautier : " Le livre de Foucauld reste encore aujourd'hui la source principale de renseignements sur le " bled es siba ". Et c'est un livre très bien fait, précis, documenté, clair ".

     Tout récemment, le jeune géographe marocain Joly écrit, à propos des explorateurs ayant parcouru le Maroc : " ... et surtout le Français Charles de Foucauld qui rapporta de ses périlleux voyages dans la région présaharienne et dans l'Atlas la plus pénétrante moisson de documents. "

     Aujourd'hui (NdLT : début 1952), à soixante-dix ans de distance, quand on lit attentivement ce gros volume, on ne sait ce qu'on doit le plus admirer : l'endurance physique, le courage, l'énergie ardente, l'austérité du voyageur ou la science de l'auteur.

 

     (à suivre)

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 22:13

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (8)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Ses descriptions accrochent l’attention du lecteur, bien qu’elles procèdent de deux méthodes totalement différentes. Tantôt très simplement, au hasard de ses étapes quotidiennes, Foucauld glane des renseignements les plus divers, sur l’allure du relief, la nature du sol, la couleur des roches, les principales essences végétales, les voyageurs rencontrés, les villages traversés, les villes ou les campements où il s’arrête. Tantôt, notre explorateur brosse en artiste des tableaux pittoresques et vivants, esquissés à grands traits aussi nets et précis que ses dessins (R.P. Gorrée, Sur les traces de Charles de Foucauld). Un certain sentiment de sympathie pour la nature lui fait sentir la beauté des paysages qui s’offrent à lui.

     Analyse par touches, synthèse régionales ne se limitent pas au milieu physique, elles gagnent le milieu humain, sociologique et psychologique. Chez Foucauld, la géographie est bien – selon une définition récente – la science qui étudie les combinaisons des éléments physiques, biologiques et humains à la surface de la terre… disons du Maroc. Science descriptive, elle s’attaque à la complexité des paysages en décomposant leurs divers éléments dans un milieu bien localisé, qui est presque toujours une région naturelle ; il nous décrit l’extension, la répartition et l’association des faits minutieusement observés.

     Ce sont là les buts et les principes de la géographie moderne telle que les a esquissés, plus tard, le géographe français Vidal de la Blache dans son enseignement à la Sorbonne depuis 1889 et dans ses ouvrages. En précurseur, à propos du Maroc, Foucauld se donne les mêmes buts, suit les mêmes principes et emploie les mêmes méthodes : représentation cartographique, analyse des combinaisons, idée d’évolution.

     Ces remarques prouvent que Foucauld n’a pas une vision métaphysique du paysage, mais bien plutôt une vision géographique et ce n’est que le côté pittoresque et artistique de l’âpre beauté de la nature africaine qui lui fait admirer l’œuvre de Dieu. Et surtout, jamais il ne sépare l’homme de la nature, ses agglomérations, ses habitations, des ressources alimentaires et hydrauliques, ses mœurs, ses coutumes, son organisation sociale et politique ; sa langue, son costume, sa psychologie.

 

     (à suivre)

 

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 21:50

L'oeuvre scientifique de charles de Foucauld (6)

 

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Le trajet s'effectue à dos de mulet, sans hâte, par étapes journalières de 30 à 40 kilomètres. Foucauld et Mardochée voyagent, le plus souvent, sous une escorte de un à trois hommes auxquels ils ont versé la zelata. Au départ du gîte d'étape, ou en cours de route, de pauvres israélites, des Marocains musulmans grossissent leur rang. C'est la chevauchée familière où l'on devise négligemment, où l'on pousse la curiosité, plutôt bienveillante, de s'enquérir d'où l'on vient, où l'on va, pourquoi on voyage. Chemin faisant, Foucauld pose des questions, comment s'appelle ce djebel, que cultivent les gens du pays, avec qui font-ils du commerce, que pensent-ils du Sultan ? Il répond volontiers aux questions qu'on lui pose pour obtenir, en retour, les renseignements qu'il sollicite. Il marche souvent à part, soit en tête de la caravane, soit à l'arrière pour mieux cacher ce qu'il fait.

     Un cahier de cinq centimètres carrés, dissimulé dans le creux de sa main, il prend des notes avec un crayon long de deux centimètres (Foucauld, Itinéraire au Maroc in Bulletin de la Société de Géographie de Paris. 1887). Avec quelle ténacité, quel esprit curieux, quelle précision, il consigne et dessine ce qu'il voit à droite, à gauche, à l'horizon, les changements de direction, accompagnés de visée à la boussole, les accidents de terrain avec leur hauteur altimétrique, l'heure et la minute de chaque observation. Il a eu la chance de n'être jamais découvert ; dans le cas contraire, c'était la dénonciation et la mort.

 

     Arrivé à l'étape, il s'arrête de préférence dans un village, il loge chez ses " cousins ", les Israélites, tenus par le devoir d'hospitalité de recevoir les voyageurs. Il couche parfois à même le sol, à proximité d'un campemant, d'un oued, d'un puits, rarement dans un fondouk, quelquefois dans une synagogue, à Mogador dans un hôtel israélite. Il apprécie d'avoir une chambre à part où il déchiffre ses calepins dont l'écriture tremblée décèle le balancement du mulet. Il s'applique la nuit à recopier ses précieuses notes à la lueur d'une bougie.

     Pour relever ses observations astronomiques, cela est plus difficile (Ibid.). Rarement en rase campagne, il profite de l'heure de la prière et se cache, à l'écart, derrière un buisson, un rocher, un pli de terrain. Dans les villages, Mardochée fait le guet et Foucauld se faufile sur une terrasse à l'heure lourde de la sieste, quand tout le monde somnole, mais il doit souvent interrompre ses visées au sextant.

     La plupart de ses observations ont lieu la nuit, mais les nuits d'Afrique sont claires et il ne peut passer inaperçu. Alors, il faut toujours mentir, raconter les fables les plus invraisemblables. Tour à tour, le sextant protège contre le choléra, révèle les péchés des juifs, avertit des dangers de la route.

 

     (à suivre)

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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 20:06

L'oeuvre scientifique de Charles de Foucauld (5)

 

     (Voir introduction de cette série au 8 décembre 2011)

 

     Comme le dit le Général Daugan, " il n'échappe à la mort que grâce à sa rare énergie morale et à sa vigueur physique".

     A Mrimima, sur la rive droite de l'oued Dra, le bruit se répand qu'il est chrétien et chargé d'or, deux bandes de pillards l'attendent dans la montagne. Son départ est remis pendant dix-sept jours. Il ne peut reprendre sa route que grâce à l'intervention de son ami El Hadj bou Rhin qui, prévenu, vient le chercher avec une escorte armée (Foucauld, Reconnaissance, page 165).

     Ici la famine, mauvaise conseillère, augmente l'insécurité et personne ne veut l'accompagner jusqu'au Dra. Là, la guerre qui vient d'éclater entre un village et une fraction de tribu, retarde sa marche dans la région du Dra, d'ordinaire de passage facile. Ici, il doit faire un détour par le désert ; ailleurs, il doit marcher de nuit (Ibid., pages 201 et 205), une autre fois - bien que ce soit en bled el makhzen - le Sultan autorise les Aït ou Afella (Ibid., page 237) à percevoir un droit de péage : ils en profitent pour faire payer le voyageur à deux reprises, au passge d'un col et dans la plaine.

     Sur le versant septentrional de l'Anti-Atlas, en sécurité à l'étape, son hôte ne lui cache pas qu'il l'aurait pillé sans pitié s'il l'avait rencontré sur la route (Ibid., page 205). Entre Tissint et Mogador, le seul vestige humain rencontré certain jour est une dizaine de tombes échelonnées par groupes de deux ou trois, sur le bord du sentier. Elles rappellent chacune un pillage et marquent l'endroit où ont péri des voyageurs (Ibid., page 173), moins heureux que Foucauld.

     De fait, il est attaqué, à plusieurs reprises. Dans l'Anti-Atlas, une petite caravane essaye de soudoyer les gens de sa modeste escorte qui, honnêtes, rejettent le marché, malgré les injures. En route vers la frontière algérienne, le 12 mai 1884, dans la vallée de la Moulouya, deux de ses trois Marocains d'escorte le jettent à bas de sa monture, fouillent ses habits et son maigre bagage. Les voleurs lui laissent sa mule, ses notes, ses instruments, c'est l'essentuiel, mais durant un jour et demi, il les entend discuter de sa vie ou de sa mort (Ibid., page 105). Seules, la médiocrité de la prise, sa patience et l'honnêteté inébranlable d'un de ses guides lui sauvent la vie. A deux pas du but, il a bien cru ne pas achever son périple.

 

     Malgré les obstacles accumulés, pendant onze mois, il parcourt ce pays où l'insécurité règne en maîtresse, trop heureux d'avoir réalisé son projet, fut-ce avec cinq mois de retard. Il a suivi, à peu près, l'itinéraire qu'il s'est tracé. Du nord au sud-ouest, il a traversé le Maroc, de Tanger à l'oued Dra, à la limite du Sahara marocain, - après avoir visité Tetouan et Chechaouen, dans le Rif, Fès, Taza, Sefrou et Meknès, franchi le Moyen-Atlas, escaladé les 2 634 mètres du Haut-Atlas au Tizi n'Telouet, gravi l'Anti-Atlas, circulé dans la vallée du Dra et le Bani, atteint le Sahara marocain, parcouru la vallée du Sous. Il revient ensuite du Sud au Nord/Nord-Est et du Dra à Oudjda par les oasis du Todra, l'Anti-Atlas, le Haut-Atlas par le Tizi n'Telremt à 2 182 mètres et la vallée de la Moulouya.

     Autant que possible, il a fixé son choix sur les chemins peu fréquentés, très difficiles, traversant de préférence les régions complètement inexplorées. Il fait preuve d'une ténacité inébranlable pour poursuivre sa route, malgré les obstacles de toute nature. Le sentiment de la peur lui semble étranger et il ne s'occupe jamais du danger, sauf peut-être pour le rechercher. Il risque sa vie, son argent, sa santé " mais à aucun prix, il ne veut revenir sans voir vu ce qu'il a dit qu'il verrait, sans être allé où il a dit qu'il irait " (Bazin, Charles de Foucauld, page 54).

 

     (à suivre)

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 23:29

L'oeuvre scientifique de Charles de Foucauld (4)

 

Voir l'introduction concernant ce texte à la date du 8 décembre, début de publication de cette article.

 

     Foucauld a éprouvé du dépit à perdre 52 jours par an, pour respecter le sabbat israélite et jouer son personnage. " Il n'a rien - dit-il - éprouvé de plus dur : on veut se mettre en route, on ne peut pas ; on est en voyage, il faut s'arrêter. " (Foucauld, Reconnaissance, page 14). Encore s'il pouvait profiter de ce retard pour rédiger ses notes, mais il est défendu d'écrire et cela lui est presque toujours impossible ; au risque d'être découvert comme chrétien.

     Pour une raison religieuse analogue, le respect du Rhamadan (sic) par son escorte musulmane, il est retenu un mois à Fès : il fallait soit attendre, soit se résigner à suivre la route ordinaire (Ibid., page 19). Bien qu'il lui en coûte, il s'y résout et en profite pour faire deux excursions : l'une à Taza, l'autre à Sefrou.

     Parvenu à la moitié du voyage, à Tissint, le 9 janvier 1884, il se heurte à une difficulté d'argent : il doit se rendre à Mogador, car par suite de vols successifs et de nombreuses " zelata ", il lui faut attendre pendant 45 jours l'arrivée de France des fonds nécessaires à la poursuite de son expédition. Il est vrai qu'il met ce temps à profit pour rédiger ses notes, travaille sans arrêt et ne sort qu'une fois par jour pour aller déjeuner chez le chancelier du consulat de France (Ibid., page 113).

     D'autres aventures, plus graves, l'attendent. Chaque fois qu'il séjourne longtemps dans un lieu habité, il est menacé d'être reconnu comme Européen. La première fois, les marabouts de Bou el Djab le font espionner par les juifs du lieu qui surveillent ses moindres démarches, mettent le nez sur son calepin dès qu'il écrit, se jettent sur son thermomètre dès qu'il le touche. Ils rapportent aux musulmans que Foucauld est un astronome, qu'il passe ses nuits à regarder les étoiles et, choses plus graves, qu'il ne parle pas leur langage, qu'il n'écrit pas leur écriture, qu'il ne va pas à la synagogue et qu'ils le suspectent d'être chrétien (R. Bazin, Charles de Foucauld, page 83). Notre explorateur y gagne l'amitié de Sidi Edris qui, plein de prévenances, l'accompagne à Kasba Beni Mellal.

    La deuxième fois, à Tissint, à peine arrivé, il est l'objet de la plus vive curiosité, les Hadj lui font bon accueil et se doutent qu'il est chrétien, mais se taisent, comprenant les dangers que court Foucauld (Bazin, loc. cit., page 67). Il se confie à l'un d'eux, le Hadj bou Rhin, qui devient son ami, le tire d'embarras à Mrimima et l'accompagne à Mogador, au péril de sa vie.

     Enfin, à Debdou, près du terme du voyage, une distraction faillit avoir de dangereuses conséquences. En faisant sa toilette, il oublie qu'un " vrai " juif marocain ne se lave jamais la barbe. Il s'en aperçoit à l'effori de ses compagnons de chambre et leur demande de ne pas le trahir. Les israélites de Debdou surent garder le secret.

     Il lui arrive d'autres mésaventures : à Tétouan, malgré une attente de dix jours, Foucauld et Mardochée ne parviennent pas à trouver un guide pour traverser les tribus insoumises, célèbres par leurs brigandages (Foucauld, Reconnaissance, page 5). Notre voyageur doit abandonner son projet de gagner Fès directement, pour se contenter du chemin ordinaire.

     Il se risque dans la dangereuse région des Zemmour, à l'Ouest de Meknès, où il n'y a plus d'anaïa ni de zelata, mais où tout ce qui passe est pillé. Son pauvre équipage et un appel aux marabouts de Bou el Djab lui facilitent le passage.

 

     (à suivre)

 

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 22:40

L'oeuvre scientifique de Charles de Foucauld (3)

 

Voir introduction à la date d'avant hier, début de publication de cette article.

 

 

     Le Maroc était encore, dans la première moitié du XIXème siècle, une " terra incognita " malgré le voyageur espagnol Badia y  Leblich, subventionné par le gouvernement français de 1803 à 1806, et le Français René Caillé qui alla, en 1828, de Tombouctou à Fez. Dans la seconde moitié du même siècle, l'exploration du Maroc s'étend, notamment par les itinéraires de l'Allemand Rohlfs en 1862, de l'Autrichien Oscar Lenz en 1878, de l'Anglais Colville et de sa jeune femme en 1881.

     En 1883, la circulation est très difficile au Maroc. Notre voyageur n'a pas compté plus de cinq ou six ponts dans tout son voyage, et c'est à gué qu'il traverse les cours d'eau. Point de routes : on ne dispose " que d'un très grand nombre de pistes " (Foucauld, Reconnaissance, page 3), tracées par le pas des hommes et des bêtes. " Elles s'enchevêtrent les unes dans les autres, en formant des labyrinthes où l'on se perd vite, à moins d'avoir une profonde connaissance du pays... "

     D'après notre explorateur, " le Maroc se divise en deux parties : l'une soumise au Sultan d'une manière effective (bled el makhzen)... " (Ibid., page XV), où la circulation est sûre le jour, même pour les Européens, mais cesse de l'être pour tout le monde " ... au crépuscule, au moment où les maraudeurs se mettent en campagne " (Ibid., page 2).

    Dans l'autre partie, quatre ou cinq fois plus vaste, peuplée de tribus insoumises ou indépendantes (bled es siba), personne ne voyage en sécurité. Pour circuler, "... il faut demander à un membre d'une tribu de nous accorder son anaïa - sa protection - et de nous faire parvenir en sûreté à tel endroit que l'on désigne ; il s'y engage moyennant un prix qu'on débat avec lui, la " zelata "... On passe, de la sorte, de main en main, jusqu'à l'arrivée au terme du voyage " (Ibid., page 7), en payant, chaque fois, une somme d'autant plus élevée que la région est moins sûre. Ainsi Foucauld paye 60 francs-or pour parcourir 20 kilomètres à travers la terrible tribu des Riata, entre Taza et Fès (Ibid., page 36). Encore risque-t-on d'être pillé, égorgé, chemin faisant, par l'escorte même qui a promis de vous défendre.

 

     Pendant les onze mois que dure sa " reconnaissance ", Foucauld se heutre à toutes sortes de difficultés, mais rien ne le rebute : il applique dignement la fière devise de ses aïeux " Jamais Arrière ". Jamais il n'aura la velléité d'abandonner et il écrira même de Mogador, à sa soeur Marie : " Je te supplie de me laisser continuer mon voyage ". Pourtant, il a l'esprit de famille et la solitude lui pèse : " au point de vue moral, c'est bien triste, toujours seul, jamais une personne amie, jamais un chrétien à qui parler. "

     Il va d'Oran à Tlemcen, puis de là à Marnia, en diligence. Là, les premières difficultés l'attendent. Il cherche " en vain le moyen de pénétrer dans le Rif " et doit se rendre par mer à Tanger par Nemours et Gibraltar : c'est l'abandon, à regret, de l'exploration du Rif oriental.

     En fait, le voyage commence vraiment à Tanger, le 20 juin 1883 et il rencontrera bien d'autres obstacles, qu'il a souvent omis volontairement de raconter dans la " Reconnaissance au Maroc ".

 

     (à suivre)

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 20:40

L'oeuvre scientifique de Charles de Foucauld (2)

 

 

Voir introduction à la date d'hier, début de publication de cette article.

 

   

  Mac Carthy conseille au jeune voyageur de se déguiser en israélite pour parcourir le Maroc, là où d'autres explorateurs ont échoué ou éprouvé des difficultés sous le costume musulman. D'avance, Foucauld accepte l'inconvénient de jouer un personnage méprisé : les avanies, les injures, les jets de pierres, les marches pieds nus dans les villes et quelquefois les jardins, les promiscuités répugnantes, les conversations libres que lui attireront ce déguisement. En revanche, il lui permettra de passer inaperçu, d'être toléré, de gagner plus de liberté d'étude et d'observation, de glaner plus de renseignements sincères sur les régions traversées (Cf. Ch. de Foucauld, Reconnaissance au Maroc, Avant-propos). Comme l'explorateur Duveyrier l'écrit, en 1887 : " Le voile qui abrite le juif pendant sa prière a servi à cacher le baromètre et le sextant de M. de Foucauld " (Rapport Duveyrier à la Société de Géographie de Paris in Reconn. p. VIII).

     E. F. Gautier, géographe et explorateur, l'a compris : " Pour choisir ce déguisement, il fallait avoir, dès ce temps-là, au sortir de l'adolescence, le goût de l'humilité, une façon de sentir qui présageait le moine, une résignation à la pouillerie et à la crasse, une recherche de la solitude à l'abri d'un masque. " (E. F. Gautier, Un siècle de colonisation, page 147)

     C'est à peu près ce qu'écrivait, dès 1885, Duveyrier : " ... il a tenu jusqu'au bout bien plus qu'un voeu de pauvreté et de misère "... et a fait preuve d' "bune véritable abnégation ascétique. "

     C'est Mac Carthy également qui lui procure son guide, israélite marocain authentique, Mardochée (cf. R. Bazin, op. cit., pp. 30-43) dont la vie antérieure a été un véritable roman. Malgré ses gros défauts, il fut précieux par son état de rabbin, sa connaissance du pays et des gens, dans les relations avec les juifs et les musulmans, l'organisation des escortes, la recherche de la nourriture et du logis quotidien. Sa trop grande prudence, sa mauvaise volonté, son caractère douillet, son désir de faire échouer la trop longue randonnée, sa paresse accrue par l'isolement et les difficultés du voyage, ne l'empêchent pas d'avoir pris une part matérielle importante au succès de l'entreprise.

     Ainsi pourvu, Foucauld part d'Oran, sans aide du gouvernement, à ses frais personnels - limités par le conseil judiciaire que lui ont valu ses folles prodigalités de Sétif - sans tente, sans lit, presque sans bagages, mais embarassé de boussoles, chronomètres, baromètres de poche, thermomètres, sextant, niveau à huile, pour les observations météorologiques et géodésiques;.

      (à suivre)

 

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 21:41

L'oeuvre scientifique de Charles de Foucauld (1)

 

     Le numéro 25 des Cahiers Charles de Foucauld, premier numéro de l'année 1952, livrait à ses lecteurs un long article intitulé "L'oeuvre scientifique de Charles de Foucauld" et signé par Robert TINTHOIN, archiviste en chef du département d'Oran, Directeur et conservateur du Musée Demaeght. Soixante ans après, il n'est pas inutile de relire ce travail pour se remémorer cet aspect non négligeable de l'héritage que nous laisse le Bienheureux. Sa publication ici prendra plusieurs jours.

 

 

     Nous avons trop souvent calomnié le XIXème siècle et , Français, épris d'esprit critique, nous avons été portés à minimiser le rôle de notre pays pendant cette période.

     Parvenus à la moitié du XXème (NdLT : rappelons que cette article est de 1952), il nous est pourtant facile de juger, avec impartialité, l'oeuvre de la France au siècle précédent. Notre métropole s'est accrue d'un vaste territoire colonial et nous avons été servis dans tous les domaines par une équipe de valeur.

     Nous ne vanterons pjamais assez la profonde originalité, l'initiative créatrice, le génie de nos hommes d'action et de coeur : un Ferdinand de Lesseps, coupeur d'isthmes, résolvant avec le canal de Suez un problème géographique millénaire ; un Brazza, libérateur d'esclaves, créant seul et sans moyen matériel un empire noir ; des Gallieni, des Mangin, des Lyautey, âmes de chefs et manieurs de foules, sachant respecter les traditions indigènes ; un Laperrine, indépendant et désintéressé, conquérant et administrateur au Sahara, pionnier de l'aviation au désert ; un Foucauld, explorateur et moine, etc.

     Quelle fortune pour une collectivité nationale d'avoir vu naître des génies si divers, capables d'enrichir son patrimoine intellectuel, colonial, politique et...religieux.

 

     Le Vicomte Charles de Foucauld, jeune lieutenant du 4ème chasseurs d'Afrique, âgé de 24 ans, vient de donner sa démission de l'armée, après avoir combattu l'agitateur Bou Amama dans le Sud-Oranais.

     Lettré, artiste et sceptique, ce jeune officier, sorti de Saint-Cyr et de Saulmur depuis quatre ans à peine, a appris une géographie qui était alors plus attachée à la topographie et à la sèche nomenclature de l'époque qu'à l'observation méthodique faisant naître les descriptions précises et vivantes. Attiré par l'originalité du Maghreb et de ses habitants, aguerri par les fatigues du troupier qu'il a partagées sous le dur climat du Sud-Oranais, l'ancien " fêtard " de Sétif - le mot est de son ami Laperrine - se fixe à Alger où il prépare un grand voyage au Maroc.

     Il choisit ce dernier pays, poussé par la curiosité du découvreur, son goût naturel pour l'imprévu, la difficulté et le danger, l'attirance de l'âpre nature africaine, le secret désir de voir s'ajouter la Maroc - féodal et décadent - à l'Algérie - pacifiée après cinquante ans de présence française - et à la Tunisie - placée depuis deux ans, en 1881, sous notre protectorat. Il est l'un des artisans de ce merveilleux triptyque français du Maghreb que nous envie l'étranger.

     Bien qu'il ait eu - jusqu'à l'insurrection de Bou Amama - une réputation justifiée de légéreté, de facilité et de plaisir, il prépare minutieusement et laborieusement cette exploration pendant plus de quinze mois. Ce qui dénote une décision mûrement réfléchie chez un jeune homme habitué jusqu'ici aux coups de tête. Il se livre (dit Rene Bazin, in Charles de Foucauld, 1921, p. 17) " avec ardeur  à l'étude de la langue arabe, de l'hébreu, des coutumes juives et des sciences utiles à la réalisation de son projet... sous la direction du géographe Mac Carthy " conservateur de la bibliothèque nationale d'Alger, et de son adjoint la biologiste Maupas. Il lit " les ouvrages des anciens géographes " arabes et les récits de voyages des grands explorateuirs contemporains. Le reste du temps, Foucauld apprend à se servir du sextant sur un bateau de l'Etat, dans le port d'Alger : il se prépare ainsi aux levées geodésiques."

 

(à suivre)

 

 

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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 23:26

Souvenirs de Marie de Bondy à la fin de sa vie,

à propos de son cousin, dans des lettres écrites à Soeur Marie-Charles

 

Il est intéressant de voir affirmer à la fin de sa vie comment Marie de Bondy considérait les liens qu’elle avait avec son cousin. Elle avait aussi très fort le sentiment qu’il projetait sur elle une sainteté, une perfection qu’elle n’estimait pas avoir.

 

1930 : « Vous me trouverez peut-être bien indiscrète mais le père était pour moi comme un jeune frère et me tenait au courant de ses espérances, de ses désirs, tout ce qui touche à son souvenir me touche profondément ; veuillez donc excuser mon indiscrétion, Madame et ne me refusez pas le service d’une petite prière. »

 

1930 : « C’est bien le jour où il est parti pour la Trappe, que mon cher cousin a fait son sacrifice, mais que d’années sont passées avant qu’il ait trouvé sa vraie voie » 

 

1930 : « Votre lettre me prouve que vous vous faites de telles illusions sur moi que je suis obligée de vous ramener à la vérité. On peut être la cousine d’un cousin dont on admire la sainteté mais hélas ! sans l’imiter ; je suis très âgée, très infirme, je m’efforce de me résigner, c’est extrêmement loin de l’héroïsme ; si vos épreuves diminuent c’est que le cher Père a certainement pour vous qui voulez faire son œuvre une prédilection toute particulière ; il tenait tant à cette œuvre ! que Dieu ne lui a pas permis de réaliser de son vivant. Vous me demandez comment il est parti : très peu de personne savaient que c’était un départ définitif, il laissait croire qu’il allait faire un voyage. A son arrivée à la Trappe, il m’a écrit qu’il n’avait cessé de pleurer depuis son départ de Paris ! Cela prouve bien que malgré son infini courage, la douleur se laisse voir et je ne puis douter qu’au dernier moment de votre sacrifice, il ne soit pas près de vous, vous encourageant, vous soutenant. …Ce n’est pas moi qui m’appelle Magdeleine, mais ma fille, (je m’appelle Marie). Charles avait une profonde affection pour mes enfants. »

 

1930 : « Mon cher cousin (il était pour moi un jeune frère) est, n’est-ce pas, un lien entre nous. »

 

1930 : « Mais votre bonheur complet sera lorsque vous suivrez la règle de mon cher cousin, je devrais plutôt dire de mon jeune frère, car c’est ainsi que je le considérais. »

 

1931 : « Priez pour moi, ma chère Sœur ; vous le voyez je ne suis pas courageuse et vaillante comme mon cher cousin le supposait ; on se fait tant d’illusions sur ceux qu’on aime depuis l’enfance ! »

 

1931 : « Merci de m’avoir envoyé l’image du Père ; puisque vous me demandez mon avis sincère, je vous dirai qu’elle ne me le rappelle pas beaucoup ; il n’y a malheureusement rien de bien satisfaisant de lui.

Je vous envoie une petite photo avec mon petit filleul[1] (qui est mort très jeune[2]), qui du moins donne bien la physionomie de Charles.

 

1933 : J’ai bien reçu votre lettre hier et j’aurais voulu y répondre tout de suite ; hélas ces dernières secousses ont encore atteint mes yeux et je n’arrive pas à la lire. Peut-être pourrai-je un peu plus tard mais il est un point qu’il faut établir parce que c’est la vérité. Je ne suis nullement une sainte ; le bon Dieu avait sans doute son dessein quand il a aveuglé votre cher père sur ces points. En ce moment, j’espère n’être pas révoltée mais je ne suis pas résignée non plus ; je ne réalise pas encore l’étendue de mon malheur ; je suis anéantie. Je suis mal assurée[3] ; il y a donc là aussi bien des difficultés à prévoir et je suis d’une lassitude indicible. Notre cher Charles parlait toujours de ce qu’il devait se convertir, il faut maintenant qu’il me convertisse et vous l’y aiderez, n’est-ce pas ?

M.B

 

« Merci pour les images. Tous les souvenirs que j’avais de Charles sont à peu près sauvés sauf, hélas, le petit cahier qu’il portait toujours sur lui et qu’il m’avait légué. Gardez le calice, il est à sa place chez vous mais si vous le pouvez demandez qu’il serve à une Messe dite pour moi. »

 

1934 : « Priez beaucoup pour moi ; demandez qu’on prie pour moi pour que je n’arrive pas les mains vides devant le bon Dieu. Charles vous a donné une idée absolument fausse de moi ; il me voyait avec son affection et si humble pour lui-même sans s’en douter ; il me croyait les vertus que lui il pratiquait ; je suis absolument sincère en vous le disant, comme je le suis aussi en vous redisant ma profonde affection. »



[1] il s’agit d’Abd Jesu

[2] Abd Jesus est mort en Tunisie (à Thibar en 1910) : donc, Marie le savait !

[3] Allusion aux conséquences de l'incendie du château de la Barre.

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 10:00

Lu sur le site de Patriarcat latin de Jérusalem :

 

Charles de Foucauld, la sainteté à Nazareth

 

     Aujourd’hui, la Terre Sainte fête le bienheureux Charles de Foucauld, béatifié en novembre 2005. Le 1er décembre est le jour où l’Eglise célèbre la mémoire du Bienheureux Charles de Foucauld. Nazareth fut un lieu qui le marqua profondément. Toute la vie de Charles de Foucauld a été modelée par le souvenir de Nazareth : une vie cachée.

 

     Le Bienheureux Charles de Jésus est mort le 1er Décembre 1916 dans le désert du Sahara à Tamanrasset. Après une jeunesse agitée, Charles de Foucauld se mit en quête de Dieu. Conseillé par un prêtre - l’abbé Huvelin - il fit un pèlerinage en Terre Sainte en 1888 qui lui révéla sa vocation : suivre Jésus dans sa vie de Nazareth. Jésus de Nazareth avait saisi le cœur de Charles de Foucaud en prenant conscience de sa vie quotidienne au travail, en famille et dans la prière. Après cet électrochoc de la foi, le bienheureux passa sept années à la Trappe d’abord à Notre-Dame des Neiges, puis à Akbès, en Syrie. Il vécut ensuite seul dans la prière et l’adoration près des Clarisses de Nazareth. Charles de Foucauld y vécut trois ans "caché" dans la célèbre ville de Galilée. Comme humble jardinier il confia alors : « Ma vocation est d'imiter le plus parfaitement possible notre Seigneur dans sa vie cachée de Nazareth. » (à l'abbé Huvelin - 26.04.1900) « Nazareth est partout où l'on travaille avec Jésus, dans l'humilité, la pauvreté et le silence. »

     C'est à Nazareth, justement, que la messe est célébrée en sa mémoire aujourd’hui à 16h chez les petites sœurs de Jésus. La messe sera présidée par Mgr Elias Chacour, évêque melkite de Galilée en présence de Mgr Giacinto-Boulos Marcuzzo, vicaire patriarcal pour Israël. Tous les trois ans, la messe change de lieu. Elle a lieu soit chez les clarisses, soit chez les petits frères de Jésus ou encore les petites sœurs de Jésus. Tous ces frères et sœurs de Nazareth sont liés à la personne de Charles de Foucauld et assisteront ensemble à l'Eucharistie.

     A Jérusalem, une messe byzantine sera célébrée à 18h par Mgr Mgr Joseph-Jules Zerey, vicaire patriarcal de l'Église melkite de Jérusalem chez les petites sœurs de Jésus, en vieille ville. Hier, mercredi 30 novembre, une heure d’adoration avait été organisée chez elles autour des textes de l’Ecriture (1ère épitre de St Jean) et des textes de Charles de Foucauld autour de cette véritable déclaration d'amour : « l'amour de Dieu et l'amour des hommes, c'est toute ma vie. »

 

     Christophe Lafontaine

 

(Source : www.lpj.org)

 

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