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Bienvenue dans ce lieu virtuel qui porte le nom de l'ermitage de Charles de Foucauld à Tamarasset !

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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 10:34

Frère Charles à Jérusalem

 

     Depuis le 4 mars 1897, Charles de Foucauld est à Nazareth, où il a été agréé le 10, par Mère Saint-Michel, comme domestique du monastère Sainte-Claire. Après une grande année de vie régulière et calme, va commencer à partir de juillet 1898, une période de déplacements et de dificultés diverses. Le R. P. Philippe Thiriez, Père Blanc, puisant aux meilleures sources du Procès de béatification, raconte ainsi le premier voyage de Frère Charles à Jérusalem :

 

     " La Mère Elisabeth du Calvaire, Abbesse (des Clarisses) de Jérusalem, voulait juger par elle-même de cet homme qui vivait à l'ombre des Clarisses de Nazareth, craignant qu'elles ne se fassent illusion. On trouva donc un prétexte pour le lui envoyer, avec une lettre. Frère Charles se mit en route le 7 juillet (1898), seul, à pied, refusant toute monture, toute provision, déclarant qu'il voulait mendier en chemin comme un pauvre.

     " Les Soeurs tourières lui indiquèrent vaguement la route : - il y a çà et là des poteaux télégraphiques. Cela me suffit, dit-il. il fit en deux jours un trajet qui en demandait quatre. De mauvaises sandales lui blessaient les pieds. Comme il arriva à la nuit tombée, il ne voulut pas déranger la communauté et passa le reste de la nuit, assis par terre, près du mur de clôture.

     " Frère Charles fut reçu le lendemain par la R. Mère Elisabeth du Calvaire, qui, après quelques instants d'entretien avec lui, comprit à qui elle avait à faire.

     " Elle voulait s'assurer que nous (les Clarisses de Nazareth) n'étions pas " dupes " d'une de ces têtes extravagantes qui ne sont pas rares dans le monde. Le cas était tout autre : l'humilité profonde, l'obéissance parfaite, la mortification extrême, l'amour intense de la réelle pauvreté, du mépris, de l'humiliation, vertus pratiquées vraiment et constamment par le Frère Charles, tout en lui fit répéter par la R. Mère Elisabeth du Calvaire à ses filles, ce que notre Mère (Mère Saint-Michel) nous avait dit du serviteur de Dieu : " Nazareth ne s'est pas trompé, nous avons un saint dans la maison ".

 

(Charles de Foucauld à Nazareth, 1897-1900, Soeurs Clarisses de Nazareth, 1994, pages 49-50)

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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 08:57

Tutelle, curatelle, émancipation, mainlevée :

pour Charles de Foucauld, de quoi s'agit-il ?

 

     " Est-il utile de rappeler aux lecteurs du Bulletin des Amitiés, par un article consacré à « la précision », toute l’importance des notions de tutelle, de curatelle, d’émancipation, de contrôle judiciaire qui s’introduisirent brutalement dans le vie de Charles de Foucauld  et de sa sœur Marie à la suite de la disparition en 1864, à quelques mois d’intervalle, de leur père et de leur mère ? Oui, sans doute, car toutes ces procédures légales, orientées vers la protection des personnes et des biens des deux orphelins, très jeunes mineurs, ne pouvaient que marquer durablement leur vie matérielle et familiale. Il n’est pas question de faire un cours de droit civil, mais seulement de préciser leurs incidences profondes et nombreuses sur les diverses périodes de leur vie et tout particulièrement sur celles de Charles de Foucauld, jusqu’à sa conversion et son entrée à la Trappe.

    

      " En 1864 donc, Charles de Foucauld a 6 ans, sa sœur 3ans et demi ; c’est le colonel de Morlet, leur aïeul direct, qui recueille de droit la tutelle de ses petits-enfants. Á ses côtés, un Conseil de famille, composé de parents et d’amis, sous la présidence d’un juge de paix, et un subrogé tuteur, pour une « tutelle » qui est une charge obligatoire et gratuite de veiller à l’administration des personnes et des biens (ils sont héritiers indivis de leurs parents !) de ces enfants, en un mot d’assumer à leur profit la responsabilité des parents naturels. Cette période de tutelle sera sans histoire jusqu’en 1878, date de la mort du colonel de Morlet, leur tuteur ; et il est inutile d’entrer dans le détail.

    

      " Mais, en 1878, (...) "

  

 

     Découvrez la suite de cette importante mise au point historique dans le Bulletin trimestriel des Amitiés Charles de Foucauld à paraître au mois de juillet prochain.

     Amitiés Charles de Foucauld - 56 rue du Val d'Or - 9150 SURESNES - Abonnement annuel : 30 €

 


Rappel : consulter l'appel lancé par le Postulateur, au 22 mai dans ces pages.

Les besoins financiers de la Cause sont encore de 3 670 € pour cette année. Merci de votre don.


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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 18:30

Charles de Foucauld et Lourdes

 

 

      Venant de passer quelques jours à Lourdes, c'est en action de grâces pour ce merveilleux pélerinage que je mets par écrit ces quelques réflexions.

    Comment ne pas être intrigué, au sortir des sanctuaires par la Porte Saint-Joseph, par l'enseigne d'un magasin qui fait presque face à cette porte : " Au Père de Foucauld " ? même si cette boutique dispose, ce qui justifie son enseigne, d'un rayon spécifique consacré à Charles de Foucauld : images, photos, affiches, cartes postales, revues, feuillets, emblêmes du Coeur et de la Croix, bustes sculptées de notre Bienheureux, etc.

    Quels liens établir entre Lourdes et Charles de Foucauld ?

    On peut commencer par une date : 1858. C'est entre le 11 février et le 16 juillet 1858 que l'Immaculée Conception est apparue à sainte Bernadette Soubirous. Le 15 septembre de cette même année naissait Charles de Foucauld. Il a donc été donné à la France, à l'Eglise et au monde, en 1958, comme " Lourdes ".

    On peut poursuivre par une autre date : 1958. C'est l'année de la consécration de la basilique souterraine de Lourdes, dédiée à saint Pie X. Pour le centenaire des apparitions, donc, et pour le centenaire de la naissance de Charles.

    Ce qui est frappant dans cette basilique, à l'architecture unique au monde, est qu'elle est souterraine et de forme ellipsoïdale. L'évêque bâtisseur à qui l'on doit l'audace prophétique de cette basilique, Mgr Pierre-Marie Théas, voyait dans sa forme l'évocation d'un poisson, symbole chrétien primitif. Mais je préfère y voir un autre symbole, celui de la graine semée en terre : le grain de blé qui donnera le pain eucharistique, cette semence qui doit mourir pour produire beaucoup de fruit.

    Et ce symbole est précisément un symbole très prisé de Charles de Foucauld qui savait s'appuyer sur cette image puisée dans l'Evangile selon saint Jean pour expliquer sa vie en un raccourci saisissant.

    Quand l'édifice est comble, il illustre tellement le mystère eucharistique : rien ne se voit de l'extérieur, et pourtant un événement d'ordre éternel se déroule au sein de la terre, pour le salut du monde. En prière dans cette basilique souterraine, je pensais aux méditations de Foucauld sur ce sujet. Non loin de son corps raidi par la mort à la porte du bordj le 1er décembre 1916, se trouvait, également comme le grain de blé jeté à terre, la lunule contenant le Saint-Sacrement que frère Charles adorait chaque jour durant de longues heures.

    Lourdes est un lieu marial hautement eucharistique, quotidiennement irrigué par le culte eucharistique. Que ce soit dans les basiliques dont celle-ci, dédiée au pape saint Pie X qui a voulu rendre le sacrement de l'Eucharistie plus régulièrement accessible, notamment aux enfants, ou sur l'esplanade chaque après-midi, ou encore dans les multiples chapelles du sanctuaire au long des nombreuses messes quotidiennes. Un culte eucharistique tout aussi fortement présent dans la contemplation et l'action foucauldienne

    C'est pourquoi, lors de sa venue à Lourdes le dimanche 14 septembre 2008, Benoît XVI a tenu à intégrer à sa méditation pendant la procession eucharistique sur la prairie, celle de Charles de Foucauld d'où est tirée la " prière d"abandon ", intégralement citée par le pape, avec ces mots d'introduction : " Le Père de Foucauld nous livre la prière de l'intime de son cœur, une prière adressée à notre Père, mais qu'avec Jésus nous pouvons en toute vérité faire nôtre devant la Sainte Hostie ".  La méditation de Charles de Foucauld reprise publiquement à Lourdes même, et par le Vicaire du Christ !
    Il me semble également, mais je ne veux pas allonger ces réflexions davantage, que le " Qui vous écoute m'écoute " évangélique tellement cité par Charles de Foucauld le rend proche de la voyante de Lourdes, de même que je trouve une frappante fraternité de pensée entre Charles et Bernadette dans la réaction de cette dernière, au moment de la guerre de 1870 :  " Les Prussiens sont à nos portes ; est-ce qu’ils ne vous inspirent pas quelque frayeur ? ”, lui demandait-on. “ Non ”. “ Il n’y aurait donc rien à craindre ? ”. “ Je ne crains que les mauvais catholiques ”. “ Ne craignez-vous rien d'autre ? ”. “ Non, rien ”». LT

 


RAPPEL : RELIRE L'APPEL DU POSTULATEUR, AU 22 MAI DANS CES PAGES.

IL LUI FAUT ENCORE 4 700 € D'ICI LA FIN DE L'ANNEE POUR COUVRIR LES BESOINS DE SON ACTION.


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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 21:19

Charles de Foucauld et le martyre

 

Frère Pierre-Marie Delfieux, fondateur des Fraternités Monastiques de Jérusalem, a mis par écrit dans le numéro 118 de Sources Vives, daté de novembre 2004 (1), sous le titre : « Frère Charles, un vrai martyr », ses réflexions sur le sujet. 

Après une introduction sous forme de composition de lieu, il aborde son thème central de la manière suivante :

 

     « Sans doute n’en finira-t-on jamais de se demander si le Père Charles de Foucauld est mort martyr, et beaucoup, même parmi ses proches, ses amis, s’évertuent à le nier. Mais la question est-elle bien posée ? Qu’est-ce qu’un martyr en effet ?

 

     « Le martyr n’est pas d’abord celui que l’on tue ; mais celui qui témoigne de sa foi, au jour le jour. Il n’est pas d’abord celui que l’on assassine ; mais celui qui donne sa vie, avec amour, au long des jours. Celui qui témoigne, s’il le faut, jusqu’à risquer qu’un jour on lui ôte la vie, en conséquence de sa foi et par suite de sa fidélité d’espérance et d’amour. « Le martyr n’est rien d’autre qu’un imitateur du Christ », dit au IVe siècle saint Victrice de Rouen. Et Origène précise de son côté : « Il y a des hommes connus de Dieu seul qui sont déjà pour lui des martyrs au témoignage de leur conscience, parce qu’ils sont prêts, si on le leur demande, à répandre leur sang pour le nom de Jésus Christ ». C’est peu de dire que frère Charles s’y était préparé. Et le mystique allemand Jean Tauler, au XIVe siècle, ajoute : « Certains subissent le martyre une bonne fois par le glaive ; d’autres connaissent le martyre qui les couronne de l’intérieur » (page 104-105)

  

L’article se poursuit ensuite sur huit pages en trois parties :

  • Martyr de la charité jusqu’à l’ultime don de soi ;
  • Martyr de la foi jusqu’au plus total dépouillement ;
  • Martyr dans l’offrande de sa vie jusqu’à la mort.

 Trois parties que Frère Pierre-Marie juge suffisamment éclairantes pour conclure : « On ne saurait mieux dire pourquoi on peut considérer frère Charles comme un martyr ». LT

 

(1) Sources Vives, n° 118 Charles de Foucauld, 176 pages -13 rue des Barres, 75004 Paris


RAPPEL :

Voir le message APPEL DU POSTULATEUR, au 22 mai dans ces pages.

Il reste encore 4 800 € à financer cette année pour la Cause. Merci d'avance pour votre don.


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11 octobre 2007 4 11 /10 /octobre /2007 21:35

                         (fin de l'article de Jean-François Six, des 29 septembre et 1er octobre)

Duveyrier a-t-il répondu à cette lettre de Foucauld qui a dû lui parvenir autour de la fin mars 1892 ? Nous ne le savons pas. Duveyrier était miné par les accusations qui n’avaient cessé envers lui avec les massacres de la mission Flatters et d’autres meurtres perpétrés par les Touareg ; il connaissait aussi des déceptions sentimentales ; en 1891, le projet d’une mission d’exploration au Bornou avait avorté ; son suicide survient le 25 avril 1892. Comment Foucauld l’a-t-il appris ? On sait que Duveyrier avait désigné son ami, Charles Maunoir – avec qui Foucauld avait pris le repas chez Duveyrier en 1888, on s’en souvient – comme légataire universel ; celui-ci, dans les papiers de Duveyrier, avait retrouvé les lettres de Foucauld et lui avait écrit à Akbès pour lui demander ce qu ’il fallait en faire ; Foucauld lui avait répondu en lui demandant de les brûler ; Maunoir les avait gardées. Dans la lettre qu’il lui avait écrite, le 22 février, Foucauld remerciait Duveyrier pour « la fraternelle affection » qu’il lui avait toujours témoignée, affection qui lui est « très douce », dit-il. A la fin de sa lettre, il écrivait, parlant des réactions de sa famille à son départ en religion : « Maintenant tous les miens ont pris leur parti de me savoir ici parce qu’ils croient que c’est la vocation de Dieu qui m’a appelé ». « Prenez votre parti avec eux, cher ami à qui j’écris une lettre si fraternelle » conclut Foucauld à son interlocuteur qui, lui, ne croit pas en Dieu ni à cette  vocation-là. Cette lettre a-t-elle fait un choc sur Duveyrier ? Casajus l’avance, lui qui parle, de la part de Duveyrier envers Foucauld, d’ « une affection douloureuse » et qui termine l’introduction de son livre en disant : « Quand en février 1890, Foucauld quitta le siècle et se retira à la Trappe, je crois bien que Duveyrier ne fut pas loin de se sentir abandonné. Le 25 avril 1892, lui aussi quitta le siècle. Et le monde. » (p.40)

Par la suite, Foucauld ne parle jamais, dans ses écrits, de son ami Duveyrier ni de son suicide. Il  aurait pu, par exemple, rappeler son souvenir dans sa lettre, le 4 mai 1903 à Mgr Livinhac quand il lui écrit de « Duveyrier » : on a donné à ce village, qui était alors le terminus du chemin de fer, le nom de son ami. Rien. Etait-ce parce que ce souvenir lui était trop douloureux ? Reste que Foucauld a été « d’une certaine manière, son disciple et son continuateur par ses travaux et ses engagements dans le monde touareg. »[1]

*

*    *

Ce que nous voudrions souligner d’abord, c’est que la rencontre entre les deux hommes s’est faite par la médiation de la science dont ils étaient l’un et l’autre profondément marqués. Incroyants tous deux quand s’établissent leurs premières relations, imprégnés l’un et l’autre – Duveyrier, certes, davantage que Foucauld, mais on ne peut ignorer ou atténuer combien Foucauld était de son siècle éperdu d’explorations en tous domaines – menés tous deux par l’idéal de la « production » scientifique et du « progrès » - termes que Foucauld ne cessera d’employer jusqu’à sa mort – ce lien scientifique entre eux ne cesse pas lorsque Foucauld se convertit. Et on a vu que, s’il se permet de proposer à Duveyrier de voir Huvelin, c’est que celui-ci est lui-même un scientifique connaissant « le prix de la science. »

Les saint-simoniens voyaient dans le chemin de fer l’invention qui allait relier les peuples, transformer leurs relations, apporter la paix dans le monde. C’est pour établir le tracé d’un chemin de fer qui unirait les pays au Nord et au Sud que la mission Flatters est envoyée au Sahara. Le projet fou, abandonné   après  l’échec  de   Flatters,   reprit  corps  en  1905   « à  la  grande satisfaction de Foucauld […] pour lui, le projet s’imposait et le chemin de fer devait constituer un puissant moyen de civilisation »[2] : idée saint-simonienne par excellence. Le Progrès a beaucoup perdu du prestige qu’il avait acquis au XIX° siècle avec les Saint-Simon et Comte en France, ou Spencer en Angleterre qui veulent d’ailleurs composer la nouvelle philosophie de l’histoire appelée, à leurs yeux, par l’avènement de la grande industrie. On est loin, aujourd’hui, de l’idée qu’avait exprimée Condorcet en 1793 dans son Esquisse des progrès de l’esprit humain, selon laquelle on passerait aisément, comme d’emblée, des progrès de la connaissance au progrès de la civilisation ; loin de la conviction de Saint-Simon, certain que la politique va devenir, sur cette base, une « science positive », et amener la paix universelle entre des sociétés organisées en vue de « la production des choses utiles ». Mais ces idées avaient beaucoup marqué le jeune Foucauld entre 16 et 28 ans, entre 1874 et 1886, avaient fait de lui un adepte de la science comme Renan, un agnostique comme le positiviste Littré. Converti, Foucauld ne rompt aucunement avec la science , ses perspectives et ses méthodes ; il lui restera fidèle jusqu’à sa mort, menant une œuvre scientifique extraordinaire dont Duveyrier aurait été certainement fier.[3]

*

*    *

On voudrait aussi souligner la délicatesse de Foucauld dans son amitié avec Duveyrier. Il veut respecter son ami incroyant, ne pas le blesser ; il lui dit fortement qu’il comprend que Duveyrier ne peut comprendre la motivation de son entrée en religion et la paix qu’il connaît ; il se met à sa place : il a connu lui-même la même incroyance. Il ne cherche aucunement à le convertir ; tout en essayant de lui présenter sa foi, de lui parler de la Trinité, « mystère incompréhensible », de l’Incarnation, non pour le catéchiser mais pour lui donner la vraie raison de son entrée à la Trappe, qui est, en fin de compte, son amour  fou  envers  Jésus  et, dès lors, le  désir imprescriptible de L’imiter, de Lui ressembler. Les deux autres grands amis que Foucauld connaîtra dans sa vie, son ami d’enfance Tourdes, son ami du Sahara, Laperrine, sont l’un et l’autre chrétiens et lui survivront ; Duveyrier, est, lui, un « éloigné » de ce Jésus qu’il aime, un « éloigné » qui, plus est, se suicide, marque très douloureuse dans la vie de Foucauld, comparable sans doute à la souffrance qu’il avait connue, enfant, à la mort de son père en asile d’aliénés, ce père dont il ne parlera jamais non plus par la suite. La prière d’abandon qu’exprimera Foucauld face à un Christ abandonné par son Père s’inscrit aussi dans l’abandon qu’il a vécu face à son propre père et face à un frère aîné, morts tous deux dans la nuit.

Jean-François SIX


 

[1] Jean-Louis Triaud La Légende noire de la Sanûsiyya  (Paris, Ed. Maison des Sciences de l’homme, 1995, t.II, p.804)

[2] M. Serpette Foucauld au désert, Desclée De Brouwer, 1997, p.169 (voir pages 168-170 : Le Transsaharien).

[3] On peut se référer à la postface (par J.F.Six) du livre cité de M. Serpette, sur Foucauld et la science (pages 245 à 255).

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29 septembre 2007 6 29 /09 /septembre /2007 09:02

L'article qui commence ci-dessous, dû aux recherches et à la plume de Jean-François Six, a été publié dans le n° 167 - juillet 2007 - du Bulletin des Amitiés Charles de Foucauld. Il sera publié dans "La Frégate" en trois parties. Son titre est : "L'AMI HENRI DUVEYRIER".

On a peu parlé d’une exposition passionnante qui a été organisée, début 2007, à la Bibliothèque de l’Arsenal à Paris. Elle était consacrée aux saint-simoniens, à ces disciples de Henri de Saint-Simon qui avait fondé une sorte de religion, une utopie concrète, héritière des Lumières et de la Révolution, sœur aînée tant du socialisme que du libéralisme, zélatrice enthousiaste du Progrès, fervents de Fraternité : les saint-simoniens ont élaboré une Ligue internationale pour la paix et la liberté, ancêtre de l’ONU.

Ces fous de science et d’ingénierie cherchaient de grands espaces à défricher pour le bien commun et se sont beaucoup intéressés à l’Algérie. Et dans la vie quotidienne, ils prônaient l’égalité entre hommes et femmes ; ils s’appelaient « frères », avaient imaginé un gilet se boutonnant dans le dos – exposé à l’Arsenal -, un gilet impossible à fermer sans l’aide d’un autre « frère », signe de solidarité.

Si j’allais à cette exposition, c’était pour y retrouver quelqu’un, tout particulièrement, quelqu’un que j’avais rencontré il y a plus de cinquante ans, pour lequel j’avais toujours eu beaucoup de sympathie proche : Henri Duveyrier, un très grand ami de Charles de Foucauld… Il y était.

Un jour, peut-être, un(e) jeune chercheur(se) se lancera dans une thèse sur cette amitié entre les deux explorateurs. Une amitié profonde. Foucauld lui écrira le 2 octobre 1888 : « Votre amitié, la seule, en dehors de ma famille, que j’ai nouée depuis les trois ans que je suis à Paris, votre amitié est un de ces liens pleins de douceur qui font paraître la vie sous un jour plus serein à certaines heures ; elle m’en a déjà procuré de très heureuses. »

Comment s’étaient-ils connus ? C’est l’exploration qui les avait réunis. Parmi les grands projets que les saint-simoniens avaient tout particulièrement conçus, il y avait celui d’un chemin de fer reliant l’Algérie à l’Afrique noire à travers le Sahara.

En 1879, une Commission du Transsaharien qui comprenait Ferdinand de Lesseps est chargée d’en définir le tracé ; elle prend conseil de deux explorateurs. Le premier s’appelle Mardochée Aby Serour - le même qui accompagnera Foucauld au Maroc en 1883-84 ; il recommande d’établir le tracé à l’Ouest du Hoggar, une région plus sûre que l’Est du Hoggar. Le second, c’est Henri Duveyrier ; en mai 1859, celui-ci, à 19 ans, était parti seul vers le Hoggar ; une mission financée par les saint-simoniens de la première génération, dont Pereire ; il avait passé vingt-sept mois parmi les Touareg ; en 1864, un livre en avait été tiré : Les Touareg du Nord, qui lui avait valu la médaille d’or de la Société de Géographie de Paris ; en 1857 déjà, il avait convaincu son père, Charles Duveyrier, un « saint-simonien » éminent, disciple de Prosper Enfantin, de lui laisser faire un voyage aux confins du Sahara ; Henri avait atteint Laghouat sous la conduite d’un saint-simonien, Oscar Mac Carthy, qui aidera Foucauld à préparer son exploration au Maroc[1] ; Henri Duveyrier a rencontré à Laghouat un jeune Targui dont il a apprécié « la douceur » et il a désiré d’autant plus partir vers le Sud, vers le Hoggar, deux ans plus tard.

De Duveyrier, Casajus écrit (p.32) « Héritier […] de la candeur des saint-simoniens parmi lesquels il avait grandi, l’explorateur des pays touareg ne renoncerait jamais à voir dans la colonisation  une entreprise fraternelle. »

A la Commission du Transsaharien, Duveyrier, qui avait cultivé d’excellentes relations avec les Touareg, recommande  à l’inverse de Mac Carthy, le tracé oriental ; et c’est celui-ci qui fut choisi. En 1881, une mission, commandée par Flatters, un lieutenant-colonel peu discret, est donc envoyée pour étudier le terrain ; elle est attaqué le 16 février par les Touareg ; intense émotion en France à l’annonce du massacre ; le projet ferroviaire est abandonné [2]. Duveyrier est stupéfait de cet acte des Touareg : « Il les aimait, il n’avait qu’estime pour leur culture et même pour leur religion, mais il n’avait pas compris que ceux qui l’avaient envoyé auprès d’eux voudraient bientôt en faire des sujets et non des amis. »[3] Duveyrier, que l’opinion, en France, estime en bonne partie responsable, par ses conseils, du massacre de la mission Flatters, se met à chercher les raisons du revirement et de l’hostilité des Touareg. Il pense les trouver dans une confrérie musulmane, la Sanûsiyya, dont la propagande lui paraît extrêmement malveillante ; il enquête en 1883 dans plusieurs couvents de la confrérie et publie sur la confrérie une brochure alarmante.

Foucauld, aidé, pour préparer son exploration du Maroc, par Mac Carthy, accompagné, pour la réaliser, par Mardochée, termine celle-ci le 23 mai 1884, après onze mois de trajets. Il adresse aussitôt un premier compte-rendu à la Société de Géographie de Paris. A la réunion du 20 juin de celle-ci, Duveyrier et Charles Maunoir demandent l’admission de Foucauld parmi les membres de cette Société ; le 4 juillet, lui est délivré son diplôme d’admission. En janvier 1885, la Société de Géographie décide de lui décerner une médaille d’or.

C’est Duveyrier qui a été chargé de faire le rapport sur l’exploration réalisée par Foucauld ; il y écrira : « On ne sait ce qu’il faut le plus admirer, ou de ces résultats si beaux et si utiles, ou du dévouement, du courage et de l’abnégation ascétique grâce auxquels ce jeune officier les a obtenus. » Il ajoutera que l’explorateur avait fait là « et tenu jusqu’au bout bien plus qu’un vœu de pauvreté. » Et Duveyrier proposera à Foucauld de lire le manuscrit de Reconnaissance au Maroc : « Mon livre paraîtra dans quelques jours écrira-t-il le 24 janvier 1888 à Duveyrier. Dites-moi comment vous allez […] Laissez-moi vous assurer de ma très vive amitié, de mon grand désir de vous revoir et des pensées  de  reconnaissance  et d’affection qui me remplissent quand je songe à vous. » Foucauld est invité à déjeuner chez Duveyrier, à Sèvres, le 18 février.

Entre temps, fin octobre 1886, Foucauld s’est converti. Et Duveyrier n’y comprend rien ; il s’en inquiète : n’est-ce pas dû à une crise ? Il prévient son ami Charles Maunoir, qu’il a invité le 18 février 1888 en même temps que Foucauld, de cet état qui l’alarme : « J’éprouve une sincère affection à l’endroit de M. de Foucauld ; c’est une nature d’élite ; c’est, je le crains, un homme ou attaqué d’une maladie définitive, ou bien profondément atteint dans ses affections. Je me permets de vous écrire […] car il mérite d’être ménagé. » Le jeune converti lui a en effet écrit en lui disant qu’il faisait strictement carême : « Je vous enverrai le menu de ce que je prendrai. »

(à suivre)


[1] Le récit de ce voyage : Henri Duveyrier, Journal d’un voyage dans la province d’Alger, vient d’être publié aux Editions des Saints Calus, 2006, avec une longue introduction  passionnante de Dominique Casajus (cf. du même auteur, sur Duveyrier : Le destin d’un Saharien rebelle, Gradhiva, 33, 2002).

[2] D. Grévoz, Sahara 1830-1881. Les Mirages français et la Tragédie Flatters, Paris, l’Harmattan, 1989.

[3] Casajus, p.32.

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26 juin 2007 2 26 /06 /juin /2007 23:50

La construction du bordj de Tamanrasset

 

Il semble intéressant de revenir sur la question du « Bordj », ce bordj qui joua un si grand rôle dans la vie de Charles de Foucauld et qui fait encore l’objet de trop de commentaires erronés. Cette question devrait être bien connue… et pourtant, n’entendons-nous pas fréquemment, dans les présentations faites aux visiteurs du bordj, qu’ « il (Charles de Foucauld) le fit construire avec le concours de la main d’œuvre militaire… » ? Ce qui est faux, mais justifie pour beaucoup que l’on parle de compromission de Charles de Foucauld  avec la « Res militaris ». Or, les documents sont formellement clairs, il est bon de le rappeler une fois encore !

 

1er point : en 1915, quand Charles de Foucauld envisage cette construction, il n’y a pas de militaires à Tamanrasset. Les militaires, à effectifs toujours réduits par suite de la nomadisation habituelle du Groupe du Hoggar dans l’Adrar des Ifoghas ou dans l’erg Admer, à 3 ou 400 kilomètres au Sud ou à l’Est, résident à Fort-Motylinski, à 70 kilomètres de Tamanrasset. Les menaces contre les populations sont permanentes et réelles, elles proviennent des rezzous venant des confins marocains, ou des rebelles libyens de la confrérie des Senoussi (rappelons que l’Adrar des Ifoghas, soumis en été aux bénéfices de la mousson, est une zone de pâturages très connue des tribus « touareg »).

   2ème point : c’est le 9 juin 1915 qu’on voit apparaître dans le carnet de Charles de Foucauld la mention laconique : « Commencé château (sic) ». Charles vit seul à Tamanrasset, avec Paul son employé haratin, et la population est en grande partie dans les pâturages ; ne restent à Tamanrasset que les vieillards, les femmes et les enfants. Le début de ces travaux doit correspondre à la confection des briques, travail de longue haleine puisqu’il s’agit de modeler ces briques dans un mélange d’argile et de paille, séché au soleil.

3ème point : le 5 août, le lieutenant de la Roche, récent commandant du poste de Motylinski, passe à Tamanrasset en rejoignant le Groupe en Adrar, et note dans son journal de marche, page 176 : « Tamanghasset 8 h 30, R. P. de Foucauld ; le saint homme construit à ses frais une kasbah où les touareg pourront se réfugier en cas d’attaque. De qui ? Je l’ignore… toujours les mêmes histoires que j’écoute par respect, mais dont probablement je ne tiendrai pas compte. Pour le vénérable prêtre, le Hoggar se résume à une seule tribu, les Dag R’ali et encore, parmi eux, il n’y a qu’un homme digne d’intérêt, Ouksem » (NDLR : Ouksem, autochtone influent de Tamanrasset où  d’ailleurs il se fait construire une maison, et que Charles de Foucauld, depuis 1913, voit presque chaque jour). Cette déclaration montre bien le désintérêt du lieutenant de la Roche pour la construction du bordj.

 

4ème point : le 17 août, nouvelle mention laconique dans le diaire de Charles de Foucauld : « Commencé la construction en briques du château ». On n’a aucun détail sur le plan dudit château, ni son volume, ni son aspect extérieur ; bornons-nous à penser qu’il s’inspire des kasbah marocaines, bien connues de Charles. Aucune mention non plus sur la poursuite et l’achèvement des travaux ; mais notons qu’en mars-avril 1916, les événements inquiétants survenus à Djanet du fait des Senoussi ont dû faire accélérer les travaux et probablement déjà influencer Charles de Foucauld sur la destination du bordj (voir à ce sujet notre Bulletin Trimestriel n° 105 de janvier 1992, page 11).

 

5ème point : ce n’est que le vendredi 23 juin 1916, c’est à dire un an après le début des travaux, que la construction du bordj va connaître son épilogue : « Changé de domicile. Je m’installe sur la rive droite », mention que va expliciter une longue lettre à Laperrine, dans laquelle Charles de Foucauld explique les raisons de ce déménagement et le véritable pourquoi de cette construction qui, dans son projet primitif, n’était qu’« un petit refuge, une minuscule kasbah où la population de Tamanrasset put s’abriter au vas où des coureurs marocains viendraient jusqu’ici. »

Cette lettre, très intéressante, est à connaître parfaitement par tout pèlerin arrivant à Tamanrasset, et débutant son voyage par la visite du bordj, et le lecteur curieux se doit de se reporter à son texte intégral (Bulletin Trimestriel n° 105 de janvier 1992, pages 8 et 9). Elle authentifie toute la genèse de cette longue construction, qui ne doit rien à la main d’œuvre militaire, mais tout à la ténacité d’un homme seul, dont la mort, le 1er décembre 1916, infirmera le jugement du lieutenant de la Roche du 5 août 1915, cité plus haut.

 

Et c’est pour cela qu’il est bon de s’en tenir à la précision des dates, des faits et de la chronologie des événements.

 

 

Michel de Suremain, Président des Amitiés Charles de Foucauld

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25 juin 2007 1 25 /06 /juin /2007 21:37

La punition de 1881

 

 

On écrit, à propos de sa vie militaire dissipée, que Charles de Foucauld encourut en mars 1881 une punition très grave « pour indiscipline doublée d’inconduite notoire ». Ces mots, toujours cités entre guillemets, laissent entendre qu’ils sont ceux de l’autorité militaire mettant le sous-lieutenant en non-activité par retrait de son emploi au 4ème Hussards, alors en garnison à Sétif, en Algérie. 

 

Il est vrai que la punition qui fut infligée à Charles de Foucauld le 20 mars 1881 venait à la suite de son comportement qui manifestait à la fois une désobéissance, donc une indiscipline, et une conduite extérieure répréhensible. Depuis juillet 1880, où on lui avait reproché de « s’être promené en ville, étant de semaine, en tenue bourgeoise, avec une femme de mauvaise vie », il avait continué à manifester son intention de garder cette compagne. Ceci se passait à Pont-à-Mousson, mais cette obstination avait été renforcée, et devenait intolérable pour l’autorité, quand il fit venir cette personne jusqu’en Algérie au moment où son régiment, le 4ème Hussards, y avait été muté. Il persistait à vivre avec elle malgré les injonctions réitérées de son Colonel d’avoir à la quitter et malgré plusieurs punitions graves, dont la dernière fut de 30 jours de prison militaire qu’il effectua à Constantine en janvier 1881. Les mots utilisés : « pour indiscipline doublée d’inconduite notoire », employés pour caractériser la punition extrême du 20 mars, conviennent à la situation dans laquelle Foucauld s’était enfermé, mais, si l’on veut être précis, il ne faut pas les citer entre guillemets, comme étant les termes officiels du motif de la sanction.

La première fois qu’on trouve cette formule chez les biographes, c’est à la page 54 de l’ouvrage de Paul Lesourd La vraie figure du Père de Foucauld paru en 1933 chez Flammarion. René Bazin en 1921, après avoir décrit l’attitude inflexible de Foucauld, s’était contenté de cette conclusion : « se fait mettre par le ministre en non-activité temporaire » (p. 13). Paul Lesourd, comme d’ailleurs René Bazin, n’avaient pas eu accès aux documents militaires encore protégés ; ils n’ont eu sur ce point que des témoignages, celui en particulier d’un camarade proche de Charles de Foucauld, le duc de Fitz-James, sous-lieutenant lui aussi au 4ème Hussards et arrivé à Pont-à-Mousson quelques mois plus tôt. Pour décrire dans son livre la vie des joyeux sous-lieutenants du régiment, Paul Lesourd s’est servi des souvenirs rédigés par Fitz-James ; or c’est dans ces notes de Fitz-James qu’on trouve la formule si répandue et souvent recopiée désormais : « …Et Rapport au Ministre, qui met le S. Lieutenant en non activité, pour indiscipline doublée d’inconduite notoire. » Pour une telle vérification, les Archives de la Postulation possède un double de ces « Souvenirs du Duc de Fitz-James relatifs au Père de Foucauld » : on y constate que c’est là que Paul Lesourd a puisé, en citant textuellement ou en rapportant l’idée exprimée, pour ses pages 50-63, 74, 142-145, et passim pour les lettres de Foucauld à Fitz-James.

Les Rapports militaires – qui n’ont été mis en communication publique que beaucoup plus tard - signalent que cet officier a reçu l’ordre « d’avoir à se séparer de sa concubine » et insistent surtout sur le refus d’obtempérer exprimé par le sous-lieutenant. On peut lire le Rapport du Colonel de Poul du 14 février 1881 dans Lettres à un ami de lycée, Nouvelle Cité, 1982, p. 193-195. Même présentation dans le Rapport du général Osmont, Commandant le 19e Corps d’Armée au Ministre de la Guerre, daté du 22 février 1881, rendu public pour la première fois à l’Exposition sur Charles de Foucauld organisée par la Direction des Archives de France en 1958 (Catalogue n° 53) et dont voici les termes : « Mis en demeure par moi de faire connaître s’il était disposé à obéir à l’ordre qu’il avait reçu d’avoir à se séparer de sa concubine, M. de Foucauld a répondu par écrit qu’il était dans l’intention de la garder. Il importe, pour l’exemple, que cet acte d’indiscipline soit sévèrement puni. En conséquence, j’estime qu’il y a lieu de mettre en non-activité, par retrait d’emploi, l’officier dont il s’agit. » Quant au Rapport fait au Ministre de la Guerre le 7 mars 1881 par le Bureau de la Cavalerie (Catalogue, n° 54, qui reprend en commentaire la formule de Lesourd), il y est dit : « …D’après l’exposé ci-dessus, on estime qu’il importe dans l’intérêt de la discipline d’éloigner temporairement M. le sous-lieutenant de Foucauld des rangs de l’Armée. »

Conclusion : les mots « pour indiscipline doublée d’inconduite notoire » sont à citer comme commentaires d’auteur, mais n’appartiennent pas aux textes officiels

Si l’on veut, on peut aussi, en se plaçant du côté de l’intéressé, préférer cet aveu écrit, non sans bravade, à son ami Tourdes quelques mois plus tard : « Sfid, 2 octobre 1881, Mon vieux Gabriel, …J’ai, comme tu le sais, quitté le 4ème Hussards au mois d’avril (affaire de femme). J’avais d’ailleurs provoqué moi-même ma non-activité. Sétif était une vilaine garnison et le métier m’ennuyait. » (Lettres à un ami de lycée, p. 116). 

    Pierre Sourisseau, in Bulletin n° 166 des Amitiés Charles de Foucauld, avril 2007.

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23 mai 2007 3 23 /05 /mai /2007 00:47

 

Conclusion d'une médiation de Mgr Jean-Claude Boulanger, évêque de Sées, à propos du bienheureux Charles de Foucauld. Il s’agit d’un extrait d'une conférence prononcée dans le cadre d'un colloque à Lisieux le 6 mai 2005 sur le thème : « Devenir Saint dans la vie ordinaire »

"On ne comprend bien la vie d’un être humain qu’au moment de sa mort. Comme tous les hommes de communion à travers l’histoire, Frère Charles est mort, victime de la violence et de la haine à la suite de son Bien-aimé, Maître et Seigneur, Jésus de Nazareth. En ce 1er décembre 1916, 1er vendredi du mois, un corps est là, recroquevillé, raidi, à même le sol, les mains attachées derrière le dos. Frère Charles vient d’être tué d’une balle dans la tête, victime d’un groupe d’Islamistes qui venaient sans doute l’enlever pour le prendre en otage. Il est là, au pied du fortin à Tamanrasset qu’il avait fait construire pour protéger les habitants. La nuit tombe sur Tamanrasset. Non loin de ce corps raidi, à l’intérieur du fortin, à même le sol, au milieu de tas de papiers jetés pêle-mêle, il y a la lunule du Saint Sacrement que Frère Charles a tant adoré. Son Maître et Seigneur l’a rejoint jusque là. Non loin de là, à même le sable, les quatre Évangiles, la Parole de Dieu qu’il a tant méditée. Le courrier était prêt et dans l’une de ses lettres, il avait écrit : « Quand on peut souffrir et aimer, on peut beaucoup, on peut le plus qu’on puisse en ce monde … On trouve qu’on n’aime pas assez… comme c’est vrai. On n’aimera jamais assez ». Ce furent aussi les dernières paroles de l’abbé Huvelin. Frère Charles avait compris qu’il n’y a de Sainteté que dans une vie offerte par amour, jusqu’au bout de l’amour. Peu à peu, l’Esprit de Dieu l’avait conduit du « jamais arrière » au « tout est consommé ». Le vrai bonheur est d’aimer et d’être aimé de Dieu. Peu à peu, il était entré dans le bonheur de Dieu et il était devenu l’homme des Béatitudes.

 


"Comme le grain de blé jeté en terre, son corps avait été placé à même le sol, dans le fossé, autour du fortin avec les corps de trois musulmans. Parce qu’il s’était identifié peu à peu à Jésus de Nazareth, dans l’acte d’offrande de sa vie, il était devenu frère en humanité, au point que dans sa mort, il rejoint ses frères musulmans, gisant-là, côte à côte mystérieusement. Sa mort même n’a rien d’extraordinaire. C’est un fait divers, parmi tant d’autres. Il est là, abandonné dans l’effacement de ce qu’a voulu être sa vie, comme l’olive oubliée sur l’olivier après la cueillette. Et de manière peut être prophétique, l’amenokal Moussa Agg Amastan, chef des Touaregs, un musulman, écrira à la sœur de Charles : « Charles, le marabout, n’est pas mort pour vous autres seuls, il est mort pour nous tous. Que Dieu lui donne la miséricorde et nous nous rencontrions avec lui au paradis ! ». « Aimer, c’est se livrer comme Jésus sur la croix » avait écrit Frère Charles. Seuls ceux qui donnent leur vie à la suite de Jésus fécondent l’histoire. Le véritable missionnaire est le Saint. Mais il n’y a de Sainteté que dans l’offrande d’une pauvreté aimante. Frère Charles est un vrai témoin de Jésus de Nazareth pour notre temps."

 

 

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3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 09:09

Aimer comme Lui nous a aimés 

 

Hymne pour célébrer Charles de Foucauld

  

 

Aimer

Comme Lui nous a aimés,

Et par amour, choisir

La dernière place,

Être pauvre et serviteur,

Frère de Jésus. 

 

Chercher

Comme Lui la vie cachée,

Et par amour, partir

Où l’Esprit appelle,

N’être rien qu’un voyageur

Passant dans la nuit.

 

Prier

Longuement le Bien-Aimé,

Et par amour, s’ouvrir

Au plus grand silence,

Adorer Jésus Sauveur

Dans l’Eucharistie

 

Porter

L’Évangile aux affamés

Et par amour, cueillir

Tous les mots d’un peuple

Où le Verbe aussi demeure

Et germe sans bruit.

 

Donner

Jusqu’au bout sa vie donnée,

Et par amour, mourir

En offrant au Père

L’abandon jailli d’un cœur

Libre à l’infini. 

 

Frère David, En-Calcat

(Commission Francophone Cistercienne)

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