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Bienvenue dans ce lieu virtuel qui porte le nom de l'ermitage de Charles de Foucauld à Tamarasset !

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3 mars 2007 6 03 /03 /mars /2007 22:28

Témoignage de l’abbé Gérard Wackenheim

(auteur de « Charles de Foucauld enfant », Libreria Coello, 2002) 

 

   Quand j’ai été nommé curé de Wissembourg, en 1986, j’ai pensé que je devais mettre à profit ma situation pour combler une lacune dans les biographies de Charles de Foucauld. En effet, celles-ci ne disent pas grand-chose sur ses douze premières années passées en Alsace, et pratiquement rien sur sa petite enfance à Wissembourg. Or tel est, pour tout être humain, le temps où se forme sa personnalité profonde. Je voulais savoir ce qui s’était passé dans le cas de Charles de Foucauld. En commençant mes recherches, je n’avais pas d’autre intention que celle-là. 

 

   Qu’ai je trouvé ? J’ai d’abord rencontré une famille qui, du côté maternel surtout, était enracinée depuis des générations en Alsace et dans l’Est de la France. Un milieu familial qui, par ailleurs, portait la double marque du patriotisme et de la foi catholique. Charles de Foucauld n’oubliera pas ses origines alsaciennes. Il sera patriote, et sa foi catholique prendra, par moments, des couleurs nationales.

 

   Dans cette famille, on vivait des relations très affectueuses que n’altéraient ni le temps, ni les aléas de l’existence. Charles a été un petit garçon choyé par les siens et chargé d’attentes de leur part. Il leur restera très attaché comme il se montrera d’une grande fidélité en amitié. Ce cœur profondément affectueux et fidèle était préparé pour comprendre et vivre la religion chrétienne comme un amour et à s’attacher avec passion à son « bien-aimé Frère et Seigneur Jésus », cherchant à Le suivre comme « modèle unique » par une imitation toujours plus exacte.

 

   Les attentions que recevaient le petit Charles de la part de son entourage étaient sans doute d’autant plus empressées que les malheurs ne lui furent pas épargnés. Son enfance a été très tôt marquée par la souffrance. Rappelons la mort des deux parents dans la même année ainsi que la maladie et la douleur morale qui l’avaient précédée, les déménagements de la guerre de 1870, l’exode et la perte de la province natale. Je pense que toutes ces ruptures ont contribué à détacher Charles de Foucauld des modèles de la société bourgeoise : souci de la fortune, carrière et mariage conformes aux normes sociales. Tout en s’appuyant sur l’affection de la famille qui lui restait et en cherchant à répondre à ses attentes, il empruntera des chemins nouveaux.

 

   On connaît la personnalité de Charles de Foucauld par ses faits et gestes, ses écrits et son abondante correspondance. Ses premières années, mieux connues, permettent peut-être d’en préciser les traits, de les relier et de les pondérer entre eux.

 

   [Source : L’Église en Alsace – Hors série n° 5]
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Published by Laurent Touchagues - dans Textes sur le Bx
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10 décembre 2006 7 10 /12 /décembre /2006 23:28

   Un travail de recherche fut réalisé, en 1951, au scolasticat d'Eastview, et repris en 1978 par le Père Pierre Delétoile, décédé en 1995, sur Les Pères Blancs, témoins de la vie missionnaire de Charles de Foucauld. Il cite abondamment les Chroniques Trimestrielles de 1903 à 1907, le Petit Écho de 1913 à 1922, les Rapports Annuels de 1905 à 1912, les Missions Catholiques de 1917 et 1918, les Missions d'Afrique de 1918-1919 [note de LT : sources dont sont tirées les citations de cette série « Charles de Foucauld et les Pères Blancs »]. Si l'on y parle peu de son passé ni de son séjour à Nazareth, on admire le saint religieux et l'apôtre hors du commun.

   À la nouvelle de son assassinat, les Pères de Ouargla notent : « Les auteurs de ce crime abominable voulaient s'emparer de celui qui, par son incontestable influence, empêchait les Hoggars de se soulever contre la France. La consigne était de remettre le Père vivant entre les mains du grand chef des Snoussis ; mais l'arrivée d'une de nos patrouilles dérangea les plans, et fit terminer le raid d'une manière sanglante ».

   Répondant en 1921 au Père Voillard, René Bazin disait : « Il me semble que nos contemporains ne distingueront pas entre Charles de Foucauld et vos frères. Il a été leur compagnon, leur ami, leur obligé. On peut dire qu'il est leur modèle. Par là, il servira la cause de la conversion des musulmans. [note de LT : c’est moi qui souligne] Ses prières vous vaudront d'être un jour appelés au secours par ceux-là qui vous ont si peu compris jusqu'à présent. Nul ne sait tout ce qu'un saint peut faire pour continuer, invisible, les travaux commencés par lui. I1 préparera le bien que vous accomplirez. »

   

Philippe Thiriez, Père Blanc

ancien vicaire général du diocèse Laghouat, Sahara

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8 décembre 2006 5 08 /12 /décembre /2006 22:17

   Lediaire [des Pères Blancs] note au 8 décembre 1906 : « Le Père de Foucauld (Charles de Jésus) qui a fait successivement des conférences au Noviciat de Sainte-Marie, au Sanatorium, aux Frères, parle aujourd'hui du Maroc aux Pères de la Maison-Mère. Conférence fort intéressante où paraissent tour à tour et la compétence de l'ancien officier et l'humilité du religieux. »

   Puis en 1909 : « Il nous donna les plus intéressants détails sur toute la région qu'il habite, désormais ouverte à l'influence française. Le chef des Touareg Hoggar, Moussa, a fixé sa maison à Tamanrasset même, auprès du Père de Foucauld. Il a auprès de lui, comme khodja ou secrétaire, l'homme qui connaît le mieux la langue tamacheq. Le Père profite de cette circonstance pour faire de cette langue l'étude la plus sérieuse. Chaque jour, ce khodja aide le cher Père à terminer des dictionnaires ou à traduire en tamacheq divers passages de l'Ancien ou du Nouveau testament. Daigne Notre Seigneur permettre qu'un jour nos confrères viennent profiter de ces travaux qui leur donneront de suite les moyens d'agir sur ces pauvres populations : c'est là le grand dessein et l'ardente prière du cher solitaire. »

   Il parlera en 1911 de « tous les Pères Blancs à l'ombre desquels (il) vit depuis dix ans ! » et qu'il aimerait voir prendre sa suite. Il note cependant en 1905 dans son carnet (Carnets de Beni Abbès, page 169) les réticences des autorités militaires à ce sujet « car 1) ils ont donné des ennuis presque partout ; 2) ils sont souvent maladroits et se mêlent de ce qui ne les regarde pas ; 3) les enfants qui fréquentent leurs écoles sont d'ordinaire pires que les autres ! On ne sait s'il partage ce point de vue ou s'en sert pour décider les Sœurs Blanches à venir les premières. ». Celles-ci, installées à Laghouat dès 1872 avec un prêtre d'Alger, puis à Ghardaïa où elles sont en 1904 une quinzaine, en charge des hôpitaux civil et militaire, le reçoivent et l'écoutent avec dévotion. Leur supérieure canadienne, Mère Augustine, fut la dirigée du Frère Charles.

   (à suivre)

 

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7 décembre 2006 4 07 /12 /décembre /2006 21:49

   Les Pères de Ghardaïa notent : « Les desseins du Frère Charles de Jésus étaient de venir prendre, durant quelques semaines, le repos physique et surtout moral, dont il sentait si fort le besoin après une existence si opposée aux désirs de son âme assoiffée de silence et de recueillement. Il venait aussi rendre compte au Chef de Mission des résultats de son voyage et prendre ses ordres pour l'avenir avec une humilité touchante. Il fut résolu qu'il resterait à Ghardaïa au moins jusqu'à Noël. Pendant les premiers jours, il se joignit à la Communauté avec la plus grande simplicité et de la manière la plus aimable, nous intéressant beaucoup, tant par tout ce qu'il nous racontait de son récent voyage et des Touareg que par les souvenirs plus anciens de son voyage au Maroc. Puis, à partir de l'Avent, il demanda à entrer en retraite, et jusqu'à Noël nous ne le vîmes plus guère sortir de sa chambre que pour aller passer de longues heures à la chapelle. »

 

   Il aurait aimé trouver un compagnon chez les Pères Blancs. Ceux auxquels il songeait, le Père Pierre Richard et le Père Camille de Chatouville, ne purent se libérer. Quant au Frère Gilles (Michel Goyat), il le renvoya au bout de trois mois, le jugeant inapte à sa mission.

 

   C'est finalement à Maison-Carrée qu'il séjourna le plus souvent : dix jours en septembre 1901, douze en novembre 1906 (pour y prendre le Frère Gilles) et, à l'aller et au retour, lors de ses trois séjours en France : en 1909 (13 au 16 février; 8 au 11 mars), en 1911 (11 au 16 février; 16 au 19 mars) et en 1913, accompagné d'un Touareg (7 au 10 juin ; 29 septembre au 2 octobre). Il venait alors de Tamanrasset par El-Goléa (où étaient les Pères Richard, Ohrand et Foca) et prenait à Ghardaia la diligence puis l'autobus pour Alger, sauf en 1911, où il passa par Beni-Abbès et Béchar d'où il prit le train pour Perregaux et Alger.

   D'abord intimidé en 1901 par ces vieilles barbes, il s'y sentit vite chez lui. Il était heureux, quand c'était possible, de voir ses correspondants : Mgr Livinhac et Mgr Guérin, les Père Marchal et Voillard (celui-ci devint en 1911 son conseiller, après la mort de l'abbé Huvelin en juillet 1910), et de bons amis parmi lesquels les PPère Michel, Duchêne, Mercui, ou le Père Ludovic Girault qui sollicita son ami René Bazin en 1917 de rédiger la biographie de l'ermite. C'est l'imprimerie de Maison-Carrée qui publia dès 1918 « Le Père Charles de Jésus, vicomte de Foucauld » et en 1927 les Articles du Procès de l'Ordinaire.

  

   (à suivre)

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7 décembre 2006 4 07 /12 /décembre /2006 00:56

   par  Philippe Thiriez, Père Blanc

   ancien vicaire général du diocèse Laghouat, Sahara

 

   L'acte de décès du Père de Foucauld, transcrit en mai 1917 par le Capitaine de la Roche porte mention « du nommé de Foucauld Charles, profession de Père Blanc, né en 1858 à Strasbourg, décédé vers le 1° décembre 1916 et inhumé à Tamanghasset ». Pourtant dans une lettre du 8 mars 1908 à sa sœur Marie de Blic, évoquant le cher et vénéré Mgr Guérin, il précise : « n'est pas mon directeur et je ne suis pas Père Blanc; il est évêque du diocèse où je me trouve et me comble de bontés. »

 

   Charles de Foucauld ne connaissait pas les Pères Blancs avant de débarquer à Alger le 10 septembre 1901. Tout juste ordonné, il avait proposé ses services à l'évêque du Sahara , par l'entremise de Mgr Livinhac, sans savoir qui devait remplacer Mgr Hacquart, noyé à Ségou le 4 avril. En compagnie du prieur de la Trappe de Staouéli, c'est le tout jeune préfet apostolique, Charles Guérin, 29 ans, qui vint l'accueillir au bateau. Il devait mourir du typhus avant lui, le 19 mars 1910, à 38 ans. C'est le Père Henri Bardou, alors supérieur à Ouargla, qui occupera ce poste de janvier 1911 à 1916. Lui et Frère Charles se rencontrèrent en 1913 à Tilremt, entre Ghardaia et Laghouat, dans un bordj qui existe encore. Après lui, c'est Mgr Gustave Nouet qui fera le transfert à El Goléa en 1929 des restes de Frère Charles.

   Après les massacres de deux caravanes, celle des Pères Blancs en 1876 et celle de la mission Flatters en 1881, les trois postes de Ghardaia, Ouargla et El Goléa avaient été réoccupés en 1884. Ce sont les diaires de ces postes qui nous parlent avec émotion des passages de l'ermite.

   Pendant son séjour à Beni-Abbès (1901-1904), il fut logé à Maison-Carrée, lors de son arrivée, reçut à la Pentecôte 1903 la visite de son évêque (et du P.Vellard, son photographe) et fit retraite durant six semaines (11 novembre au 26 décembre 1904) chez les Pères de Ghardaïa (les Pères David, Lasonnery et Perrier qu'il édifia par son austérité et sa vie de prière).

   Mgr Guérin évoque sa visite de Pentecôte : « I1 nous fut bien doux de vivre quelques jours dans l'intimité de ce vrai prêtre qui possède si parfaitement l'esprit de Jésus. Non moins doux de constater la gloire que retire Jésus de la sainteté de son humble ministre : auprès des Européens, officiers et soldats, comme auprès des indigènes, nous n'avons saisi qu'un même écho de respectueuse admiration et de religieuse vénération pour le cher et pauvre solitaire qui, par son oubli de lui-même, son inépuisable générosité et aussi sa très constante amabilité gagne du premier coup tous les cœurs. »

 

   (à suivre)

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26 novembre 2006 7 26 /11 /novembre /2006 21:34

     La béatification, le 13 novembre (2005), du P. Charles de Foucauld est l'occasion de faire mémoire des relations qu'il a entretenues avec le Sacré-Cœur de Montmartre à Paris. On sait que les Oblats ont été les premiers chapelains de la basilique, dont le cardinal Guibert fut le très actif promoteur. Le P. Rey y est arrivé en 1876 accompagné notamment du P. Alfred Yenveux. La communauté des Oblats fut obligée de quitter Montmartre en 1903 à cause des lois françaises interdisant et dissolvant les congrégations religieuses. Le diocèse de Paris prit alors la responsabilité directe de l'œuvre.

 

     Voici ce qu'écrit le P. Jacques Benoist dans son ouvrage très documenté « Le Sacré-Cœur de Montmartre. De 1870 à nos jours » :  « Au lendemain de sa conversion, dans l'immense campagne de consécrations de 1889, (campagne lancée par le P. Voirin ; cette année-là, le sanctuaire accueillit cinq cent mille consécrations dont celles de cent mille familles), le vicomte de Foucauld s'est lui aussi consacré au Cœur de Jésus le 6 juin dans sa paroisse, Saint-Augustin, les formulaires remplis par chacun des fidèles étant reliés et remis en un volume au Sacré-Cœur le 21 juin.

 

     La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus s'amplifie avec l'approfondissement de sa vocation. Le 16 mai 1900, il écrit à l'abbé Huvelin et l'entretient de sa demande à « l'évêque de Montmartre » (joli titre pour le cardinal-archevêque de Paris qui montre son attachement bien connu pour le sanctuaire national), Mgr Richard, de porter l'habit d'ermite du Sacré-Cœur. Le frère Charles veut bien être seul mais ne veut pas rester isolé : le 8 mai 1902, il fait enregistrer à Montmartre le règlement de la confrérie du Sacré-Cœur (poste de Beni-Abbès – Afrique du Nord) dont l'agrégation à l'Archiconfrérie du Vœu national porte le n°619 sur les registres.

 

     Mais cette confrérie ne lui suffit pas. Il veut faire partie de la section sacerdotale fondée par le P. Yenveux. Dans le Bulletin du 21 août 1902, il y a une lettre d'un « ardent missionnaire de l'Afrique » à la date du 16 avril 1902 : « J'ai reçu les imprimés concernant les Prêtres-Apôtres du Sacré-Cœur… ». Quelques mois plus tard on publie « l'Acte de consécration de la mission du Sahara français au Sacré-Cœur de Jésus, fait en la fête de Saint-Joseph… le 19 mars 1902, à Ghardaïa du Mzab ». Mais les contacts ne s'arrêtent pas là. Le F. Charles de Jésus, missionnaire de Beni-Abbès, Sahara Oranais, le 18 décembre 1902, écrit à nouveau. Sa lettre est publiée par deux fois. Il y clame toute sa tristesse de voir ce grand pays et tous ses habitants dans les ténèbres et encore privés de la lumière qui a resplendi à Noël. Dans ses carnets tenus à Beni-Abbès, le 8 janvier 1903, il écrit encore :

 

     « Reçu, hier, une lettre importante de M. l'abbé Yenveux, des chapelains de Montmartre. Il annonce le congrès des Prêtres-Apôtres le 14 janvier et se propose d'y parler en faveur du Maroc. Il me demande aujourd'hui une dépêche et une lettre… Commencement des relations avec Montmartre au sujet de Marguerite… Je mets, autant que cela est possible, l'évangélisation du Maroc et le Maroc lui-même sous la protection de la bienheureuse Marguerite-Marie, la donnant, dans la mesure où je peux au Maroc, comme patronne… »

 

     Pour ce congrès annoncé, le frère Charles envoie au P. Yenveux un appel de sept pages en faveur de la conversion du Maroc par la prière et la pénitence, par la venue de missionnaires et de religieuses. Par ailleurs il tient à participer à la souscription d'un « ex-voto de gratitude… à Montmartre… pour l'installation du Saint Sacrement à Tamanrasset en date du 8 septembre 1905 ». Enfin, dès qu'il est à Paris, il monte passer une nuit d'adoration à la basilique en entraînant Louis Massignon et l'abbé Huvelin. Il faudrait encore préciser la date d'un ultime pèlerinage au Sacré-Cœur de Montmartre. Cette douzaine de contacts autour de 1900 (et il y en a peut-être d'autres à découvrir) entre le P. de Foucauld et la basilique éclairent et cette personnalité exceptionnelle et ce sanctuaire pas tout à fait comme les autres. »

      Auteur : Michel Courvoisier, OMI, dans Information OMI, n° 449, décembre 2005 sur le site http://www.omiworld.org

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25 novembre 2006 6 25 /11 /novembre /2006 16:30

Cinquième partie du témoignage de Madeleine Delbrêl :

                                                   La dernière place

     « Le Christ a tellement pris la dernière place que jamais personne n’a pu la lui ravir. »

     C’est sur cette parole de l’abbé Huvelin « inviolablement gravée dans l’âme » du Père de Foucauld que nous terminerons cette évocation.

     Il a compris avec tout son être – et il nous aide à le comprendre – que la vraie intimité du Christ se trouve si nous le rejoignons à la place qui est la sienne : la dernière. Il nous a aidés à perdre la foi au prestige et à acquérir la foi en notre propre disparition. Il a purifié notre idée de témoignage de tout ce qu’elle pouvait comporter de tendance « au panneau réclame » selon la phrase d’un prêtre qui l’a bien compris. Il nous a enseigné que, si certains de nous sont appelés à tenir, dans l’esprit du Christ, les leviers des choses temporelles ou des responsabilités bienfaisantes, d’autres sont appelés à s’enfouir dans la dernière place, avec le Christ, pour le simple but de la partager avec lui. En tête du Modèle Unique, ce tout petit livre où sont seules inscrites des phrases de l’Évangile, le Père de Foucauld a placé l’image de la Sainte Face : le Christ des outrages, des dérisions, des abandonnements et des échecs. C’est la dernière des dernières places. Sicut Deus dilexit nos, est-il écrit en exergue. « Ainsi Dieu veut que nous l‘aimions », répond toute la vie de Charles de Jésus.

     Madeleine Delbrêl

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14 novembre 2006 2 14 /11 /novembre /2006 23:15

Quatrième partie du témoignage de Madeleine Delbrêl :

                                        Crier l’Évangile par la vie

« Demande-toi en toute chose : “Qu’aurait fait Notre-Seigneur ?” et fais-le. C’est ta seule règle, mais c’est ta règle absolue. »

Charles de Foucauld est vraiment, en plein XXème siècle, un contemporain réel de Jésus de Nazareth. Il le suit dans une imitation rustique et minutieuse. Il le contemple en s’installant délibérément au milieu des apôtres « entre la sainte Vierge et sainte Madeleine ». Il veut devenir un des familiers du Maître, il se mêle à leur vie, il écoute, de toutes ses oreilles, les enseignements du Seigneur, passant au crible toutes ses paroles pour obéir jusqu’au dernier point. C’est cette imitation jamais satisfaite qui le conduira jusqu’au sacerdoce.

À le regarder, lui, Charles de Foucauld, on apprend cette obéissance d’enfant au message évangélique, cette obéissance confiante qui ne demande pas d’explications, qui obéit, non à cause de ce qui est ordonné, mais à cause de celui qui ordonne.

L’Évangile est pour lui le tout de son apostolat visible. Il donne à ses frères une édition en images de cet Évangile, pensant que ces images de vie sont le meilleur acheminement de la grâce. A le voir incarner en lui chaque ligne de la « bonne nouvelle » nous avons compris que ce dont les hommes ont besoin c’est de lire et de regarder à la fois. Les Apôtres prêchaient et vivaient leur message, et tout leur message : la béatitude de la pauvreté comme le reste. N’est-ce pas de la dissociation de la prédication et de la vie, de la parole et de l’exemple que vient notre manque de contagion ?

De cette vie évangélique s’est dégagée pour nous aussi toute la force de la simplicité. Elle nous a montré comme possible un état d’esprit humain et chrétien où l’on se trouve, comme de plain-pied, avec tout être qu’on rencontre. Le père de Foucauld a ressuscité pour nous la figure fraternelle à tous de Jésus en Palestine, accueillant dans son cœur, au gré des routes, les ouvriers et les savants, les Juifs et les étrangers, les malades et les enfants, si simple qu’il était lisible à tous.

Il nous enseigne que, à côté d’apostolats nécessaires où l’apôtre doit se revêtir du milieu qu’il doit évangéliser et presque l’épouser, il y a un autre apostolat qui demande une simplification de tout l’être, un rejet de tout l’acquis antérieur, de tout notre moi social, une pauvreté un peu vertigineuse. Cette sorte de pauvreté évangélique ou apostolique rend totalement agile pour rejoindre sur n’importe quel terrain n’importe lequel de nos frères sans qu’aucun bagage inné ou acquis nous empêche de courir vers lui. A côté de l’apostolat spécialisé, il pose la question du tout à tous.

Lui qui, au cœur du désert, enfoui dans les populations musulmanes, fut l’ami de tout passant, soldat, savant, médecin, lui qui sut se mêler dans une proximité si profonde aux « tournées » d’un Laperrine, il nous hisse au-dessus des compartiments sociaux, au-dessus des groupes humains pour que, lisibles à tous, nous devenions comme un message universel.  

(à suivre)

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13 novembre 2006 1 13 /11 /novembre /2006 23:39

Troisième partie du témoignage de Madeleine Delbrêl :

Le cœur planté d’une croix  

 

       Le cœur planté de la croix nous a appris que cette charité totale n’est possible qu’au prix de tout ce qui paraît négatif et qui est pour ainsi dire son envers : pauvreté, obéissance, pureté, humilité…, tout ce négatif qui « rend libre pour l’amour ». Au prix aussi de ce que l’on pourrait appeler du négatif et qui est du positif et du meilleur, la croix, volontaire participation à la passion du Seigneur, qu’elle soit douleur du corps ou d’âme, qu’elle soit souffrance ou humiliation, ou selon le mot de Charles de Foucauld, abjection voulue. Dans ce domaine, le cœur planté de la croix nous apprend aussi que toutes les raisons de la raison valent peu devant les raisons du cœur.

Cette croix, elle est vraiment l’axe de son cœur, le pivot solide autour duquel son amour universel va s’ordonner. Le message que nous avons reçu de lui, c’est la nécessité de cet axe. Sans lui, notre charité restera indéfiniment anémique, inachevée, mutilée. La charité qui ne porte pas la croix en elle, bute sans cesse sur d’autres croix, elle trébuche, elle rampe. La charité qui est branchée sur la croix a comme d’avance enjambé l’obstacle.

« Iesus-Caritas » est-il écrit au-dessus et au-dessous de ce cœur et de cette croix. C’est que l’amour sans souffrance reste notre amour à nous ; l’amour sauveur, l’amour de Jésus est un amour qui souffre et c’est par la souffrance que, à travers le bien sensible, il accomplit la rédemption. Le cœur planté d’une croix est un cœur qui va plus loin que la souffrance qui vient seule, plus loin que la souffrance liée à tout ce qui est pauvreté, humilité, obéissance ; il va jusqu’à la souffrance voulue.

« Quand on peut souffrir et aimer, on peut beaucoup, on peut le plus qu’on puisse en ce monde. » Ces mots sont du Père de Foucauld, il les a écrits le 1er décembre 1916, le jour de sa mort. Ils sont une réponse à ce qui, dans notre temps, parle encore du scandale de la croix et rougit d’un christianisme où il faut souffrir et être compté pour peu de chose.

(à suivre)

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12 novembre 2006 7 12 /11 /novembre /2006 23:37

Suite du témoignage de Madeleine Delbrêl :

Le frère universel

Le père de Foucauld nous apparaît comme enraciné au carrefour de la charité. Il ne refuse aucune des démarches de l’amour. Il soude dans sa vie ces deux extrêmes de l’amour : le proche prochain et le monde entier.

 « Être un tendre frère » dit-il souvent ; et ce mot tendre revient sans cesse tout chargé d’humaine sollicitude ; être un « sauveur » dit-il aussi, et ce mot pèse de tout un poids de rédemption.

Il s’installe délibérément en vie de famille, véritablement vécue, avec tout être humain qu’il rencontre. Et cette vie de famille sera le signe nécessaire d’une autre vie de famille, sans cesse approfondie et de jour et de nuit avec tous les hommes de la terre.

Vivre cette double vie de famille, ce sera n’avoir pour clôture que des pierres posées sur le sable ; ce sera écouter beaucoup et ce sera parler un peu ; ce sera donner sa ration de nourriture ou une leçon de tricot ; emmener un chef touareg en France et s’enfoncer jusqu’à Tamanrasset ; faire collection de poésies locales et soigner ; vivre seul au milieu des musulmans et mourir tué par eux. Ce sera donner à chacun ce dont il a besoin parce que Jésus est essentiellement celui qui donne et que Charles de Jésus agit avec lui et comme lui. Ce sera ne pas avoir de programme comportant ce que l’on peut et ce que l’on ne peut pas faire ; ce sera être pour chacun ce que serait son « tendre frère ». Ce sera voir dans les pécheurs des « frères insensés » et leur garder la meilleure chaleur de notre cœur. Et tout en se livrant avec une générosité sans reprise à ces hommes qui l’entourent, ne pas se laisser annexer par eux. Savoir qu’à travers eux, la charité fuse et explose dans le monde, prépare la grâce.

« Seigneur, faites que tous les humains aillent au ciel » projette-t-il d’apprendre comme première prière aux catéchumènes qu’il n’aura jamais. Toutes les prières, toutes les pénitences de règle des Petits Frères du Sacré-Cœur sont prévues aux intentions du Souverain Pontife, c’est-à-dire à la taille même du monde.

Du père de Foucauld nous avons appris que, si pour se donner au monde entier il faut accepter de rompre toute amarre pour se laisser « mettre au large », il n’est pas nécessaire que ce large soit contenu entre les murs d’un monastère. Il peut tenir dans une clôture de pierres sèches posées à même le sable ; il peut tenir dans une caravane africaine ; il peut tenir dans une de nos maisons, dans un de nos ateliers, dans un escalier qu’on monte, dans un autobus qu’on prend ; le large, on le trouve en acceptant l’étroite, l’incessante clôture de l’amour du proche prochain. Donner à chacun de ceux que l’on approche le tout d’une charité parfaite, se laisser enchaîner par cette incessante et dévorante dépendance, vivre comme naturellement le Sermon sur la montagne, c’est la porte du large, porte étroite qui débouche sur l’universelle charité.

Il nous appris à être parfaitement contents d’être posés à un carrefour de vie, prêts à aimer qui passe et à travers lui tout ce qui, dans le monde, est souffrant, perdu ou enténébré.

 

Il nous a expliqué que dans sa magnifique gratuité réside la souveraine efficience et que consentir à ne rien voir de ce que l’on fait, mais à aimer quand même et toujours, c’est le meilleur chemin pour sauver à coup sûr quelqu’un, quelque part sur la terre.

(à suivre)

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